La question du jour :

Faut-il une primaire à gauche pour la présidentielle 2022 ?




Faut-il une primaire à gauche pour la présidentielle 2022 ?
Anne Hidalgo, la candidate PS à la présidentielle, propose une primaire à gauche.

publié le jeudi 09 décembre 2021 à 07h00

Anne Hidalgo, la candidate du PS, créditée de 3% à 7% des intentions de vote, souhaite une candidature unique de la gauche, mais elle fait quasiment l'unanimité contre elle. 

Engluée dans les sondages, Anne Hidalgo propose l'organisation d'une primaire pour désigner un candidat unique à gauche pour la présidentielle. "Organisons une primaire de la gauche, que viennent participer à cette primaire les candidats qui veulent gouverner ensemble", a déclaré la maire de Paris, invitée du 20H00 de TF1 mercredi 8 décembre.

"Cette gauche fracturée, qui désespère beaucoup de nos concitoyens doit se retrouver, se rassembler pour gouverner", a insisté la candidate, qui souhaite "une primaire arbitrée par nos concitoyens".

"Un tour de passe passe" 

Elle est toujours à la peine dans les sondages après trois mois de campagne, cantonnée entre 3 et 7% des intentions de vote. À quatre mois du scrutin, elle précise qu'elle maintiendra sa candidature si son appel n'est pas entendu.



Mais Insoumis, communistes et écologistes opposent un refus net à cette proposition. "Non, je ne participerai pas à une primaire de la gauche", lui répond,  jeudi sur Europe 1, le candidat écologiste Yannick Jadot, qui y voit "un tour de passe passe". Chez Anne Hidalgo, "il y a la volonté de sortir de l'impasse par une idée surprise", raille Yannick Jadot. Donné lui-même dans une fourchette de 6 et 9% des intentions de vote, il souligne avoir "déjà fait une primaire" en septembre, et appelle les électeurs socialistes à le rejoindre. "La candidate socialiste reconnaît l'incapacité du PS à être force motrice. Dont acte. Le projet d'avenir c'est l'écologie. La primaire a déjà eu lieu et le candidat c'est Yannick Jadot", a réagi Julien Bayou, secrétaire national EELV, mercredi sur Twitter.

"La méthode qui a perdu en 2017"  

Chez LFI, le député Éric Coquerel, interrogé par l'AFP, considère que la maire de Paris propose "la méthode qui a perdu en 2017", lorsque Benoît Hamon avait remporté la primaire PS pour échouer à 6% des voix au premier tour de la présidentielle. "Elle est dans une situation qui l'oblige à éviter ce que lui promettent les sondages", ajoute Éric Coquerel. Pour lui, s'il "y a une exigence d'une union la plus large possible, elle ne peut pas être artificielle, comme si on avait simplement affaire à plusieurs têtes de gondoles qui proposeraient le même contenu". C'est la "proposition de la dernière chance pour elle", raille de son côté la députée Insoumise Danièle Obono. 

Refus net aussi chez le candidat communiste Fabien Roussel. "Une primaire permet seulement de régler un problème de casting, or le problème de la gauche aujourd'hui c'est qu'elle ne parle plus aux classes populaires. Fabien Roussel est candidat et le restera", assure son entourage à l'AFP.

Hollande pas convaincu 

Au sein même du PS, certains n'y croient guère, comme l'ancien président François Hollande qui a jugé sur BFMTV qu'"une candidature d'union n'a de sens que si tous les candidats partagent les mêmes propositions. Or on sait que ce n'est pas le cas".

Mais Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, salue lui "le choix courageux d'une femme d'État qui a le sens de la gravité du moment et de l'immense responsabilité de celles et ceux qui portent le projet d'une République écologique et sociale". Arnaud Montebourg, lui aussi au plus bas dans les intentions de vote, avait fait un peu plus tôt mercredi un appel similaire à se rassembler, en "offrant" sa candidature" à "un projet commun". Dans la soirée, sur Franceinfo, il s'est "réjoui" de "l'initiative" d'Anne Hidalgo. Mais il appelle à se mettre d'abord d'accord sur "un programme commun" et souligne qu'il ne fera pas une primaire "en tête à tête". 

Anne Hidalgo a changé d'avis dans la journée 

Anne Hidalgo elle-même n'était pas du tout favorable à une primaire au sein du PS il y a quelques mois. Elle n'avait pas souhaité non plus, tout comme Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, participer à la primaire populaire, lancée par un mouvement citoyen fort de 210.000 participants. Et encore mercredi matin, sur France 2, elle estimait qu'une union à gauche "ne fonctionnerait pas" et "serait perçue comme artificielle", "parce qu'il y a des candidats qui sont déclarés depuis très longtemps".

Mais, le soir venu, elle a fait le constat d'une gauche éclatée où pas moins de sept candidats, si l'on retient seulement ceux qui ont une chance de rassembler les 500 parrainages, sont sur la ligne de départ : l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon, l'écologiste Yannick Jadot, le communiste Fabien Roussel, le chantre de la réindustrialisation Arnaud Montebourg, et les anticapitalistes Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Alors que ces sept candidats rassemblent moins de 25% des intentions de vote, Anne Hidalgo, dit avoir "pris acte de cette situation". "Je sais que si nous ne faisons pas ce rassemblement, il n'y aura pas de possibilité pour cette gauche de continuer à exister dans notre pays", a-t-elle poursuivi. 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.