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Pouvoir d'achat : craignez-vous une nouvelle crise sociale ?




Pouvoir d'achat : craignez-vous une nouvelle crise sociale ?
Manifestation de "gilets jaunes" le 9 février 2019 à Lyon.

publié le mardi 19 octobre 2021 à 07h00

Prix des carburants, de l'électricité, du gaz, inflation... En quelques semaines, le coût de la vie s'est imposé comme le sujet numéro 1 de la campagne présidentielle. 

Vers un nouveau mouvement similaire à celui des "gilets jaunes" ? Ségolène Royal craint "une bombe sociale à retardement".

Comme il y a trois ans, des manifestants se sont rassemblés ce week-end sur des ronds-points. Le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, appelle de son côté les Français à aller exprimer leur colère devant les préfectures. 




De son côté, pour apaiser ce début de fronde face à la flambée des prix des carburants, le gouvernement semble se diriger vers le versement d'un chèque, qu'il tente de calibrer au mieux. Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et la ministre de la Transition énergétique Barbara Pompili ont tout deux évoqué cette piste lundi, mais aussi les obstacles à lever pour mettre en place un tel chèque carburant. Si Bruno Le Maire se dit ainsi dit "davantage favorable" à la création d'un chèque, sur le modèle du chèque énergie qui a été décidé pour compenser la hausse du prix du gaz, qu'à une baisse des taxes sur le gazole et l'essence, "il reste du travail à faire", pour le mettre au point. La question est "surtout (de) savoir que ça puisse arriver le plus rapidement possible vers les Français" qui en ont besoin, selon lui.

Prix record à la pompe 

Les prix à la pompe ont encore augmenté de 2 centimes la semaine dernière, atteignant des niveaux historiquement hauts à 1,56 euro le litre pour le gazole en moyenne, et 1,62 euro pour l'essence sans-plomb contenant jusqu'à 10% d'éthanol (SP95-E10). "On n'a pas aujourd'hui, comme pour le chèque énergie, une base de données de toutes les personnes qui pourraient en avoir besoin. On n'a pas une base de données des gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler par exemple", explique de son côté Barbara Pompili.

Dans les Hauts-de-France, la région présidée par Xavier Bertrand, prétendant à droite à la candidature pour la prochaine élection présidentielle, un tel dispositif existe depuis 2016, concentré sur les foyers aux revenus modestes qui utilisent beaucoup leur véhicule pour travailler. 

Sujet majeur de pré-campagne 

Le temps presse maintenant pour le gouvernement, qui entend faire une annonce "dès qu'on peut", selon Barbara Pompili. "Il y aura une action à court terme", avait déjà assuré la semaine dernière Emmanuel Macron. Car le sujet est sensible, le prix à la pompe faisant partie des dépenses les plus scrutées par les ménages, et potentiellement explosif, comme à l'automne 2018 lorsque la trajectoire de hausse de la taxe carbone avait déclenché le mouvement des gilets jaunes.

À six mois de l'élection présidentielle, les craintes sur le pouvoir d'achat deviennent ainsi un des sujets majeurs de la pré-campagne, alors que l'exécutif tente de défendre l'amélioration du pouvoir d'achat des Français depuis le début du quinquennat (+4%). Ce samedi, quelques ronds-points ont d'ailleurs de nouveau été occupés dans plusieurs départements, mais sans commune mesure avec ce qu'il s'était passé il y a trois ans.

Propositions à gauche 

Et déjà, les oppositions montent au créneau, notamment à gauche, pour réclamer un effort important et surtout rapide. Alexis Corbière, porte-parole du candidat LFI Jean-Luc Mélenchon, demande un blocage immédiat des prix, quand Fabien Roussel réclame l'instauration d'une "taxe flottante", "rapidement", pour amortir la hausse des prix à la pompe, alors que les taxes représentent 60% du prix du litre de carburant. Plus largement, il appelle lundi les Français à se mobiliser devant les préfectures, et à Paris le 21 novembre, pour défendre leur pouvoir d'achat. Le patron d'EELV Julien Bayou demande, lui, la redistribution de la "cagnotte fiscale" liée à la hausse des prix à la pompe, via un chèque énergie supplémentaire. 

Une cagnotte qui n'existe pas, selon Bruno Le Maire. S'il concède que la hausse des prix de l'énergie pourrait représenter une hausse des rentrées de TVA de 2,5 milliards d'euros en 2022, "l'État ne se fait pas d'argent sur le dos des Français", a-t-il martelé lundi sur Europe 1. Le chèque énergie supplémentaire de 100 euros, qui sera versé à 5,8 millions de ménages en décembre, et le plafonnement de la hausse des prix de l'électricité prévue en février prochain, via une baisse de taxe, coûteront 5,6 milliards d'euros aux finances publiques. 

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