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Essais nucléaire en Polynésie : Emmanuel Macron doit-il demander pardon ?




Essais nucléaire en Polynésie : Emmanuel Macron doit-il demander pardon ?
Emmanuel Macron le 24 juillet 2021 à l'aéroport de Tahiti.

publié le lundi 26 juillet 2021 à 07h00

Entre 1966 et 1996, la France a procédé à 193 essais nucléaires en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, ce qui a eu des conséquences écologiques et sur la santé des habitants.

Tout juste arrivé à Tahiti, Emmanuel Macron a exhorté samedi soir 24 juillet (dimanche matin à Paris) les Polynésiens, mais aussi l'ensemble des Français, à se faire vacciner contre le Covid-19. En visite durant quatre jours en Polynésie française, le chef de l'Etat est également attendu sur un autre sujet très sensible : les essais nucléaires réalisés par la France en Polynésie française durant trente ans. 




Après 17 essais nucléaires au Sahara, la France a en effet transféré en 1966 son champ de tir en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, où elle a procédé à 193 nouveaux essais jusqu'en 1996, dont 46 atmosphériques. "Nous attendons du président une demande de pardon.

Tout comme il a reconnu comme crime la colonisation qui s'est déroulée en Algérie, nous attendons aussi qu'il déclare que c'était criminel et que c'est une forme de colonisation qui est liée au nucléaire ici dans le Pacifique", a expliqué samedi à des journalistes le Père Auguste Uebe-Carlson, président de l'association de victimes des essais nucléaires "193". 

"Le muselage des associations ou des opposants face à une raison d'Etat est toujours une même logique. Et c'est cette même logique que l'on a vue depuis la première venue de De Gaulle ici", clame-t-il, en assurant que "les lieux de manifestation ont été interdits" par le Haut Commissariat pour la visite du chef de l'Etat.

"Il y a un coupable, c'est l'Etat français"

Quand Tepairu Taaroa, qui travaillait pour le centre d'expérimentation du Pacifique (CEP), a assisté au premier essai nucléaire aérien en 1966 et a vu "ce feu qui sortait de la terre, qui se transformait en champignon grisâtre", elle a demandé à ses supérieurs : "est-ce que ce champignon grisâtre ne sera pas propagé dans toute la Polynésie française ?" L'un d'eux lui a répondu : "tu verras dans les jours, dans les années à venir", se souvient-elle. 

Le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) n'a pas reconnu que les retombées nucléaires avaient causé les cancers qui l'ont atteinte. Pourtant, "le premier cancer que j'ai eu, tout de suite j'ai pensé à ça ! Et je sais que ça vient des essais nucléaires", explique-t-elle.

"Ce n'est pas une question de sous avant tout. Ils essaient de nous présenter comme des quémandeurs permanents, or ce pays a besoin d'être pacifié. D'être réconcilié avec lui-même et ses habitants. Il y a un coupable, c'est l'Etat français", assure le Père Auguste.

Pour Leonie Tetunu, le fait d'avoir été reconnue par le Civen victime d'une exposition in utero lors de l'essai Centaure en 1974, a été une étape importante. Elle raconte cependant que l'indemnisation ne changera rien au cancer qui la ronge et aux conséquences sur sa vie. "C'est pas nous qui avons fait ça. C'est la France ! 193 (essais nucléaires), c'est beaucoup. Un pardon c'est suffisant, c'est énorme, demander pardon c'est tout", dit-elle.

Pas de "pardon" mais un "dialogue étroit et transparent"

Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, a écarté début juillet l'hypothèse d'une demande de pardon de la France. "La Polynésie française a grandement contribué à la construction de notre force de dissuasion et il convient d'assumer toutes les conséquences, humaines, sociétales, sanitaires, environnementales et économiques", avait-elle déclaré à l'issue d'une table ronde de deux jours à Paris. Rendez-vous boycotté par les ténors de l'opposition au nucléaire.

Selon l'Elysée, "le président de la République aura à coeur, lors de ce déplacement, de promouvoir ce dialogue étroit et transparent en encourageant la mise en place rapide et concrète de plusieurs actions, tant sur la question de la mémoire avec l'ouverture des archives que sur les questions d'indemnisations individuelles".

La table ronde avait notamment conduit à la conclusion qu'il fallait aider les demandeurs à monter leurs dossiers, alors que le Civen reçoit 140 à 150 demandes d'indemnisation par an. "On peut partir de l'idée effectivement qu'il y a beaucoup plus de personnes, notamment de résidents polynésiens, qui pourraient déposer un dossier", constate le nouveau président du Civen, Gilles Hermitte. Il faut "faire en sorte que l'information parvienne déjà jusqu'à ces personnes", mais également "les accompagner tout au long des démarches qu'elle doivent faire pour essayer d'obtenir les documents qui seront nécessaires à la constitution de ce dossier, notamment les pièces médicales", ajoute-t-il.

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