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Abstention : faut-il réformer les modes de scrutin ?




Abstention : faut-il réformer les modes de scrutin ?©LOIC VENANCE / AFP

publié le jeudi 24 juin 2021 à 00h00

Le gouvernement réfléchit aux moyens d'endiguer l'hémorragie des électeurs. Et vous, voudriez-vous voter par correspondance ou par internet ?

Au premier tour des régionales dimanche, le taux d'abstention s'élève à 66,72%, un record pour une élection sous la Ve République.

La majorité, mise en cause, récuse toute responsabilité politique et lance des pistes pour faire évoluer les procédures électorales. 

"Dire que c'est la faute du gouvernement, c'est beaucoup trop facile"

A qui la faute, si plus de deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés aux urnes dimanche ? "Vous êtes responsables de vos tambouilles politiciennes" (Damien Abad, député LR), Emmanuel Macron a "fragmenté la démocratie" (Gérard Larcher, président LR du Sénat)... La droite redouble d'attaques contre l'exécutif. 




Mercredi, Emmanuel Macron, qui jusqu'ici n'avait pas dit un mot sur cette déroute démocratique, a ouvert le Conseil des ministres "en indiquant que cette abstention record constitue une alerte démocratique à laquelle il faut répondre", selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Le Premier ministre Jean Castex est également pointé du doigt pour sa réaction tardive. "Dire que c'est la faute du gouvernement, c'est beaucoup trop facile", a-t-il répliqué mardi devant les députés, appelant chacun à "l'humilité". 

Vote électronique 

Dans l'immédiat, le gouvernement va lancer une campagne de communication "éclair sur les réseaux sociaux" pour inciter à voter au deuxième tour. Gabriel Attal lance plus spécifiquement un appel solennel aux jeunes "à s'investir dans l'arène politique électorale", après leur "abstention abyssale" au premier tour. 

Au-delà, le gouvernement veut s'attaquer aux modalités de vote, dans le but de "moderniser" les procédures électorales, à dix mois de la présidentielle. "Je suis favorable au vote électronique" par internet, fait savoir Gabriel Attal, accusant les oppositions de "bloquer" les propositions. "On ne peut pas se payer le luxe de fermer des pistes", abonde le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune. 

Ou vote par correspondance

L'idée fait d'autant plus son chemin qu'elle est déjà mise en œuvre pour les élections consulaires (élections des délégués des Français de l'étranger). Le modèle de l'Estonie, pays le plus avancé dans le vote électronique au monde, est également observé. 

Deuxième piste évoquée, le vote par correspondance, ardemment défendu par le MoDem, ainsi que le député des Français établis en Amérique du Nord, Roland Lescure (LREM), qui rappelle qu'"un électeur sur deux a utilisé cette procédure lors de la dernière élection présidentielle américaine". "Nous devons, une fois le scrutin terminé, tirer les conséquences de cette abstention", exhorte Jean Castex au Palais Bourbon. Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand promet, lui, de "proposer des initiatives dès la semaine prochaine". 

Darmanin réticent 

Mais les résistances sont multiples. Nombreux sont les défenseurs du rituel républicain dominical, y compris dans la majorité. Le ministère de l'Intérieur fait d'ailleurs "preuve d'un certain conservatisme", note une ministre, alors que Beauvau rappelle que le vote postal fut supprimé en 1975 en France, tant il donnait lieu à des fraudes. "Lorsque Jean-Noël Barrot, du MoDem, a présenté un livre blanc en reprenant toutes ces pistes en début d'année, (le ministre de l'Intérieur) Gérald Darmanin l'a renvoyé dans ses cordes", relève un ténor de la majorité.

Quant au vote par Internet, il accumule les craintes : piratage informatique, tentative de déstabilisation étrangère, vote sous emprise... "Quand on parle de vote électronique, il faut être extrêmement prudent. Cela touche à la sécurité du scrutin. Attention à des propositions trop rapides", avertit le député Pacôme Rupin, co-rapporteur d'un groupe de travail à l'Assemblée sur les modalités d'organisation de la vie démocratique. Celui-ci fera ses recommandations à la rentrée. "On vante le système américain, il n'est pas si formidable quand la moitié de l'électorat pense que l'élection a été volée et quand vous regardez le niveau d'abstention lors de l'élection présidentielle" (66,2% en 2020), complète le député. 

Des pistes peu convaincantes 

Du reste, ces évolutions pourraient difficilement être mises en œuvre dès 2022. "Peut-être pour le scrutin des européennes de 2024", se risque le patron de La République en marche, Stanislas Guerini. D'ici là, des ajustements, moins spectaculaires, sont proposés. "Simplifier les procurations, faciliter les inscriptions et l'envoi de la propagande, amplifier les campagnes de sensibilisation...", énumère un député LREM. Mais "ça ne change pas grand-chose : ça n'est pas parce que c'est compliqué d'aller voter que les gens n'y vont pas", estime un proche du chef de l'Etat.

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