La question du jour :

Fume-t-on trop dans les films français ?




Fume-t-on trop dans les films français ?
(Photo d'illustration)

publié le dimanche 30 mai 2021 à 07h00

C'est l'avis de la Ligue contre le Cancer, qui s'appuie sur sa dernière étude pour dénoncer la présence du tabagisme dans les œuvres cinématographiques françaises.


Les résultats de cette enquête sortie le 25 mai, avec l'institut Ipsos, indiquent que le tabac est encore présent dans plus de 90 % des films français. « Une majorité de jeunes de 18 à 24 ans considèrent qu'il s'agit d'incitations au tabagisme (58 %) ».

Dans la foulée de cette étude, Santé publique France a également révélé que la tendance à l'arrêt du tabac s'est stoppée net en 2020.

L'agence sanitaire n'établit pas pour autant de lien direct avec la crise du Covid-19, évoquant un contexte de crise sociale frappant les personnes aux revenus les moins élevés depuis fin 2018 et le mouvement des "Gilets jaunes".

L'an dernier, plus de trois adultes de 18-75 ans sur dix déclaraient ainsi fumer au moins occasionnellement (31,8%) et un quart quotidiennement (25,5%), indique l'agence sanitaire avant la journée mondiale sans tabac, lundi 31 mai. Cela marque un coup d'arrêt après plusieurs années qui ont vu la proportion de fumeurs reculer de 34,5% à 30,4% entre 2016 et 2019, et les fumeurs quotidiens passer de 29,4% à 24%. 

Santé publique France (SpF) qualifie de stabilisation les chiffres de 2020, car "les variations de la prévalence du tabagisme et du tabagisme quotidien par rapport à 2019 ne sont globalement pas significatives". En revanche, l'organisme public note bien "une augmentation" du tabagisme "parmi le tiers de la population dont les revenus étaient les moins élevés", à 33,3% de fumeurs quotidiens contre 29,8% en 2019. Par contraste, dans le tiers de la population aux revenus les plus élevés, seuls 18% se déclarent fumeurs quotidiens.

Un autre élément est source d'inquiétude : "en 2020, 29,9% des fumeurs quotidiens avaient fait une tentative d'arrêt d'au moins d'une semaine au cours des 12 derniers mois", une proportion "en baisse significative par rapport à 2019 (33,4%)".



Ces données sont issues du baromètre réalisé chaque année par SpF, une grande enquête sur les questions de santé menée par téléphone auprès de 14.873 personnes entre janvier et mars 2020 puis entre juin et juillet de la même année.

Le "contexte de crise sociale" post-Gilets jaunes plus que la pandémie?

La crise sanitaire liée au Covid-19 et ses restrictions économiques et sociales "ne semblent pas avoir eu d'impact défavorable", puisque c'est en début d'année 2020, entre janvier et mars, que la "hausse" est observée, suivie d'une "stabilisation" après le premier confinement.

Parmi les personnes interrogées de janvier à mi-mars 2020, 32,7% se disaient ainsi fumeuses, mais cette proportion a diminué à 30,5% chez celles sondées en juin et juillet 2020, retrouvant le niveau de 2019 (30,4%).

La campagne contre le tabac a fait le plus facile

Cette stabilisation peut avoir un lien avec la crise sanitaire, estime Loïc Josseran, président de l'Alliance contre le tabac et professeur de santé publique à l'université de Versailles-Saint-Quentin, car "à chaque phénomène dur pour la population, on observe une recrudescence des comportements addictifs". Avec les "baisses successives" de ces dernières années, "on avait fait la partie facile", désormais "ça va être compliqué de continuer" à diminuer car il va falloir toucher "les plus fragiles", moins sensibles aux messages de prévention, a-t-il expliqué.

Santé publique France ne tranche pas sur les raisons de cette évolution, mais observe qu'elle "s'inscrit dans un contexte de crise sociale en France qui a démarré fin 2018, avec le 'mouvement des gilets jaunes'", qui "a fortement concerné les populations de plus faible niveau socio-économique". "Or parmi les populations les moins favorisées, la cigarette pourrait être utilisée pour gérer le stress ou pour surmonter les difficultés du quotidien, malgré le coût de plus en plus important de ce produit", avance l'agence, citant une étude française de 2009 qui analysait pourquoi les fumeurs modestes sont paradoxalement moins sensibles aux politiques de hausse des prix du tabac.

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