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Production de vaccins : la France peut-elle rattraper son retard ?




Production de vaccins : la France peut-elle rattraper son retard ?
La production de vaccins contre le Covid-19 en France démarre mercredi, chez le sous-traitant français Delpharm, dans son usine de Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir).

, publié le mercredi 07 avril 2021 à 07h00

Des vaccins anti-Covid 19 "made in France". Cela devrait soulager le gouvernement, alors que l'Hexagone et les autres pays de l'Union européenne essaient de rattraper leur retard en matière de vaccination

"Des entreprises produiront dès demain, sur notre territoire, des doses", a annoncé mardi la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, confirmant des informations données lors du week-end. "D'ici la fin de l'année, ce sont 250 millions de doses de vaccins qui seront produites en France", a insisté la ministre lors d'une conférence de presse.




C'est le groupe Delpharm, basé en Eure-et-Loir, qui doit commencer, mercredi 7 avril, à mettre en flacon des vaccins élaborés par l'alliance Pfizer/BioNTech. Suivra mi-avril son concurrent Recipharm, d'origine suédoise, qui produira des vaccins Moderna en Indre-et-Loire.

Image d'une forte mobilisation politique 

Fin mai, l'entreprise Fareva fabriquera le vaccin CureVac - pas encore approuvé par l'UE - dans l'Eure et dans les Pyrénées-Atlantiques. Enfin, le géant Sanofi prêtera à partir de cet été main forte à son concurrent Johnson and Johnson en embouteillant son vaccin, à côté de Lyon.

Pour le gouvernement, c'est une bonne nouvelle alors que la vaccination avance nettement moins vite en France - et dans toute l'UE - qu'aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. En fin de semaine dernière, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a jugé "inacceptable" le retard européen. Même si les vaccins "made in France" ne seront pas spécifiquement destinés aux Français, leur lancement alimente l'image d'une forte mobilisation politique, parallèlement à l'ouverture ces derniers jours de "vaccinodromes", destinés à considérablement accélérer la vaccination.

Retards 

La fabrication sur le sol français offre aussi à l'Etat un argument pour répondre à l'enchaînement de critiques d'opposants ces derniers mois sur la faiblesse supposée de la recherche française ainsi qu'un manque de soutien public. L'institut Pasteur a abandonné son projet de vaccin, développé avec l'Américain Merck, et Sanofi a pris plusieurs mois de retards sur son principal projet. Quant à la biotech Valneva, basée à Nantes, son vaccin, qui vient d'enregistrer de premiers résultats encourageants, est déjà commandé par le Royaume-Uni alors que l'UE négocie encore.

Mais "il ne suffit pas d'incantations politiques, de formules magiques, de capacités à lever tel obstacle juridique pour produire des doses dans des délais aussi rapides", avertit Agnès Pannier-Runacher, expliquant que l'Etat prépare le terrain depuis le déclenchement de la crise sanitaire voici un an. Pour autant, la fabrication française de vaccins commence plus tard que prévu. Voici deux mois Emmanuel Macron promettait un lancement début mars, voire fin février.

"Pas de miracle" 

C'est "le site de Recipharm qui devait démarrer un peu plus tôt" , selon Agnès Pannier-Runacher. "Le goulet d'étranglement qui explique ce délai est celui de la production de la substance active par Moderna." C'est bien le problème. Les entreprises françaises n'ont qu'un rôle de sous-traitant et elles ne pourront pas faire de miracle si on ne leur fournit pas assez de ces "principes actifs", la substance qui permet au vaccin de fonctionner.

Cette réalité explique que les groupes concernés soient peu communicants. Delpharm maintient ainsi le silence radio et n'a pas confirmé les annonces du gouvernement. "Ca ne nous a pas gênés mais on s'est juste dits qu'ils prenaient un risque", admet auprès l'AFP une source proche du groupe. "Il y a deux logiques, la logique politique d'un gouvernement qui a besoin d'annoncer (et) nous, dans une logique d'industriel."

Secteur mal connu 

L'actualité attire, de fait, beaucoup d'attention sur un secteur habituellement peu exposé, celui de la sous-traitance pharmaceutique, également qualifié de "façonnage". "Mal connu ou méconnu du grand public, le façonnage pharmaceutique a été soudainement propulsé au rang d'activité stratégique", soulignait fin mars dans une note le cabinet Xerfi.

Il estime que ce marché, qui se résume à une quinzaine de groupes en France, pourrait voir ses revenus croître de quelque 3,5% par an d'ici à 2023 grâce à la crise sanitaire, même si celle-ci a aussi plombé certains débouchés comme les médicaments sans ordonnance.

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