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Covid-19 : faut-il "régionaliser" les restrictions ?




Covid-19 : faut-il "régionaliser" les restrictions ?
Emmanuel Macron, le 18 février à l'Elysée.

, publié le mercredi 24 février 2021 à 07h00

Alors que de nouvelles mesures ont été prises dans les Alpes-Maritimes et que l'agglomération de Dunkerque pourrait connaître le même sort, Emmanuel Macron estime que, "compte tenu de la situation, il vaut mieux régionaliser". Après cinq semaines d'un régime uniforme de couvre-feu à 18h00 sur tout le territoire, c'est un changement de pied qui s'apparente aussi à un exercice de funambulisme. 



Après le littoral des Alpes-Maritimes, soumis à un nouveau confinement les deux prochains week-ends, Dunkerque s'attend à son tour à de nouvelles restrictions, pour faire face à une flambée des cas de Covid-19 due au variant anglais.

Le gouvernement, décidé à territorialiser sa réponse à la crise sanitaire, envisage des "mesures supplémentaires de freinage" après une concertation avec les élus dans la ville du Nord, a annoncé Matignon mardi 23 février à l'AFP. 

Flambée épidémique pire à Dunkerque qu'à Nice 

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, est attendu sur place pour trancher mercredi. Un conseil de défense sanitaire se tiendra aussi à l'Elysée autour du chef de l'Etat. Après une réunion entre les 22 maires de la Communauté urbaine de Dunkerque (environ 200.000 habitants), son président Patrice Vergriete (divers gauche) a proposé, lui, une "immense campagne de prévention autour du slogan 'zéro rassemblement, zéro regroupement'", auprès des familles et des entreprises pour accroître le télétravail, mais pas de reconfinement.




Située sur le littoral du Nord, en face de l'Angleterre et non loin de la frontière belge, Dunkerque affronte depuis plus de dix jours une flambée épidémique attribuée à la présence plus forte du variant britannique, plus contagieux. La hausse culminait lundi à 900 cas pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours, plus encore que pour la métropole Nice Côte d'Azur (771) et plus de quatre fois supérieur à la moyenne nationale (201).

Confinement le week-end sur la Côte-d'Azur

A Nice, cinquième ville de France, et sur tout le littoral des Alpes-Maritimes, les habitants vont devoir vivre les deux prochains week-ends (27-28 février, 6-7 mars), derniers des vacances scolaires, sous la contrainte d'un confinement qui s'ajoutera au couvre-feu de 18h00, déjà en place la semaine.




Seules les sorties d'une heure seront autorisées dans un rayon de 5 km, avec une attestation pour se rendre chez le médecin, faire du sport ou se promener. Les autorités des Alpes-Maritimes ont aussi annoncé pour 15 jours, à compter de mardi, la fermeture des commerces de plus de 5.000 m2, hors pharmacies et commerces alimentaires, alors que les bars, restaurants et lieux culturels sont déjà fermés depuis bientôt trois mois.

L'Ile-de-France sur la tangente 

A Nice, l'hôpital pédiatrique Lenval a été contraint d'annoncer qu'il reportait "toutes les interventions chirurgicales et les hospitalisations en service de médecine programmées" sur les douze prochains jours, pour "pouvoir assurer la permanence des soins d'urgence", face "à des taux de positivité et d'incidence records, impactant également les personnels soignants".

Sur fond de progression inégale des variants anglais, sud-africain ou brésilien, qui inquiètent davantage les autorités sanitaires, la situation est également surveillée de près en Ile-de-France, où le taux d'incidence a augmenté de 242 cas pour 100.000 habitants sur sept jours, à 269, de jeudi à vendredi, selon les chiffres de l'Agence régionale de santé (ARS). A Paris, comme dans d'autres métropoles, les images de foules se promenant dans les parcs, ou de bandes d'amis prenant un verre, gobelet en plastique à la main, ont refait surface à la faveur du beau temps. La préfecture de police a interdit la consommation d'alcool de 11h à 18h dans deux zones très fréquentées des Ve et VIe arrondissements.

Pas d'explosion au niveau national

"On a une forte hétérogénéité d'un point de vue épidémiologique" et "la circulation du variant a poussé ces niveaux de différence entre les régions encore plus fortement", a également constaté sur France Inter l'épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm Vittoria Colizza. "Aujourd'hui, on a cet équilibre entre la souche historique en baisse (...) et le variant britannique qui pousse vers une augmentation (...). L'objectif est de rester sur ce plateau le plus longtemps possible et éviter la remontée des cas ou la repousser le plus possible dans le temps", a-t-elle ajouté.

Si certains territoires inquiètent, la France ne subit pas à ce stade l'explosion redoutée depuis plusieurs semaines à cause des variants, même si le ministre de la Santé s'est inquiété lundi d'une "nouvelle augmentation de la circulation du virus" depuis "quatre ou cinq jours consécutifs". 

Le rythme des décès ralentit 

Sur les sept derniers jours, Santé publique France a enregistré environ 140.000 nouveaux cas, contre un peu moins de 130.000 les sept jours précédents. Le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés reste stable à un niveau élevé, à près de 26.000 patients, et le nombre des patients en réanimation est repassé au-dessus des 3.400, ce qui reste toutefois loin des pics de la première et de la deuxième vagues (7.000 et 4.900). Le rythme des décès à l'hôpital semble ralentir, à 334 lundi, contre 413 et 460 les deux lundi précédents. Au total, 84.639 personnes touchées par le Covid-19 sont mortes depuis le début de l'épidémie, il y a un an.

La campagne vaccinale se poursuit, elle, sur fond d'approvisionnements toujours limités. Plus de 2,5 millions de personnes ont reçu au moins une dose, et plus de 1,1 million de personnes deux doses.

"Cas par cas"

"Compte tenu de la situation, il vaut mieux régionaliser", a expliqué mardi Emmanuel Macron à des élus de Côte-d'Or, selon l'un d'eux. "La logique est de prendre une approche locale, de faire du cas par cas, en concertation, car les situations sont différentes au sein des régions", a confirmé à l'AFP l'entourage du chef de l'Etat. 

Les décisions prises dans les Alpes-Maritimes ont, semble-t-il, recueilli l'assentiment des élus locaux, qui avaient transmis durant le week-end au préfet leurs pistes privilégiées. "Je me satisfais de l'annonce (...) de ces nouvelles mesures", a ainsi déclaré le maire LR de Nice Christian Estrosi, en soulignant avoir "beaucoup échangé" avec Olivier Véran, qui s'était rendu sur place samedi.

Bras de fer avec Marseille

En laissant le couple maire - préfet à la manoeuvre des annonces et de leur service après-vente, l'exécutif a trouvé un cas d'école pour sa méthode, qui avait connu une réussite similaire en juillet dernier en Mayenne, où un rebond épidémique avait été endigué grâce à des acteurs au diapason. "Le cas niçois est un bon exemple de ce que les choses peuvent atterrir assez bien", se félicite ainsi un membre du gouvernement, qui espère que l'action "au niveau territorial" permettra "d'éviter un confinement national".

Ce consensus est cependant loin d'être la norme, à l'image du bras de fer qui avait opposé Etat et élus marseillais en septembre, autour de la fermeture des bars et restaurants dans la métropole.

Piège politique 

Mais depuis, le "contexte" a changé, veut-on croire dans l'entourage du Premier ministre Jean Castex, en pointant qu'à la "fin de l'été dernier, beaucoup voyaient le gros de la vague derrière nous, et il y avait un refus psychologique de l'engrenage de prises de mesures, par crainte de repartir dans un tunnel noir". 

Car la stratégie territorialisée peut aussi se transformer en piège politique, l'exécutif se retrouvant tour à tour accusé d'en faire trop ou pas assez, d'imposer ses décisions, ou de ne pas savoir prendre ses responsabilités, et in fine de briser le principe d'égalité entre les territoires. 

Souci de lisibilité 

A terme, la multiplication des mesures locales pose aussi un souci de lisibilité - comme cette carte des rues de Paris où le masque était imposé à l'été dernier -, qui conduit les oppositions à "faire le coup du voyage en absurdie", comme le pointe un conseiller.

Les élus "passent d'une schizophrénie à l'autre : ceux qui demandent le confinement ne sont pas loin d'être les mêmes à avoir demandé le contraire quelques jours auparavant", souffle ainsi un autre conseiller de l'exécutif, quand un proche d'Emmanuel Macron soupire : "Les polémiques, c'est le jeu de cette crise".

Plus de pouvoirs aux préfets ?

Parallèlement, l'exécutif est aussi encouragé par plusieurs rapports à assouplir sa gestion. A l'image de celui mené par l'Inspection générale de l'administration (IGA) et l'Inspection générale des Affaires sociales (Igas) qui, revenant sur l'épisode marseillais, relève que "l'annonce depuis Paris du classement en zone d'alerte maximale de la ville et des mesures restrictives afférentes a été ressentie comme soudaine et non concertée", et a "fortement alimenté le sentiment anti-jacobin de Marseille".

Reste à savoir si l'organisation de l'Etat permet réellement cette différenciation. En ce sens, un ministre plaide pour que les préfets se voient rattacher toutes les administrations sur leur territoire, dont l'agence de santé, les services de l'éducation nationale ou fiscaux, afin de consacrer l'échelon départemental dans la gestion des crises.

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