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Opération Barkhane : la France doit-elle se retirer du Sahel ?




Opération Barkhane : la France doit-elle se retirer du Sahel ?©MICHELE CATTANI / AFP

, publié le mardi 16 février 2021 à 07h00

Cinq pays du Sahel réunis lundi en sommet avec la France à N'Djamena ont réclamé des efforts financiers supplémentaires pour combattre les jihadistes tout en promettant d'"autonomiser" leur force armée conjointe au moment où Paris voudrait les voir assumer le relais militaire, mais aussi politique, pour réduire son engagement vieux de huit ans.
 Aucune annonce concrète n'a été formulée au premier jour, ni militaire ni en matière de développement dans ces zones où "la pauvreté est le terreau du terrorisme", selon l'expression de l'hôte du sommet, le président tchadien Idriss Déby Itno. La rencontre sera élargie mardi à d'autres pays et organisations internationales. 
 Les quatre autres chefs d'Etat de l'alliance du G5 Sahel, les Mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Malien Bah Ndaw, Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré et Nigérien Mahamadou Issoufou, avaient fait le déplacement, mais pas Emmanuel Macron.

Resté à Paris pour cause de crise sanitaire du Covid-19, le président français a toutefois participé avec eux à une réunion en visio-conférence dont rien n'a filtré. 

Le sommet de N'Djamena a lieu un an après celui de Pau (Sud-Ouest de la France) qui, devant la menace d'une rupture sous les coups de boutoir jihadistes, avait débouché sur un renforcement militaire dans la zone dite des "trois frontières" (Mali, Niger et Burkina) et l'envoi de 600 soldats français supplémentaires, les faisant passer de 4.500 à 5.100. En dépit des succès tactiques revendiqués, le tableau demeure très sombre. Plus de huit ans après le début, dans le Nord du Mali, d'une crise sécuritaire qui continue à étendre ses métastases à la sous-région, quasiment pas un jour ne passe dans les trois principaux pays affligés sans une attaque contre ce qui reste de représentation de l'Etat, l'explosion d'une mine artisanale ou des exactions contre les civils.

La barre des deux millions de déplacés a été franchie en janvier. Un an après Pau et le temps du "sursaut militaire", doit venir à N'Djamena celui du "sursaut diplomatique, politique et du développement", avait avancé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avant le sommet.
 L'armée française revendique d'avoir sérieusement affaibli l'organisation Etat islamique (EI) et tué plusieurs chefs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Le nombre d'attaques de camps militaires a baissé en 2020.Mais les deux principales nébuleuses jihadistes restent très actives.

Des "ajustements" à venir
 Et la France, confrontée chez elle aux interrogations croissantes sur un engagement antijihadiste financièrement et humainement coûteux (50 soldats tués depuis 2013), convient que le remède ne peut être seulement militaire. Paris juge que trop peu a encore été fait par ses partenaires sahéliens sur le front politique, par exemple au Mali pour appliquer un accord de paix signé avec l'ex-rébellion du Nord ou pour faire revenir les instituteurs et les médecins dans les localités qu'ils ont désertées.
 A ce titre, Idriss Déby a assuré que le G5 Sahel "soutient les efforts de dialogue politique" entre le pouvoir malien et l'ex-rébellion à dominante touareg, dans le cadre de l'accord de paix d'Alger. Depuis sa signature en 2015, il peine à être appliqué, alors que des progrès politiques sont largement considérés comme une partie de la solution à la crise que traverse ce pays, épicentre du combat contre les jihadistes au Sahel.
 Les militaires maliens, eux - qui gardent la mainmise sur les autorités de transition installées après le putsch d'août 2020 - reprennent à leur compte la nécessité d'un dialogue avec les chefs jihadistes maliens Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa.
 Une hypothèse officiellement exclue par Paris. Au contraire, le sommet de N'Djamena pourrait "acter l'effort ciblé sur la haute hiérarchie" du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), alliance jihadiste affiliée à Al-Qaïda, hiérarchie dont les deux hommes sont les principales têtes, explique l'Elysée.
Plus globalement au Sahel, la France ne cache pas sa volonté de réduire la voilure de son armée. Elle va "ajuster son effort", assurait en janvier Emmanuel Macron. Mais Paris semble hésiter à couper immédiatement dans ses effectifs. Paris compte notamment sur la "sahélisation", c'est-à-dire le passage du témoin aux armées nationales que la France forme avec l'Union européenne.
 Celles-ci, sous-entraînées et sous-équipées, restent vulnérables. Idriss Déby a lui-même reconnu lundi ces faiblesses et "invité tous les Etats membres à s'atteler à une autonomisation complète de la force conjointe du G5 Sahel en la dotant de moyens financiers et logistiques propres".En outre, politiquement, Paris martèle qu'il est temps de consolider les réussites militaires des derniers mois en réinstallant l'Etat là où il est absent. "Beaucoup d'efforts sont consentis par nos gouvernements pour (...) assurer le retour de l'Etat et des administrations sur les territoires", a plaidé Idriss Déby.
 Mais "la situation socio-économique de nos pays n'est pas très reluisante (...), c'est pourquoi nous lançons un appel pressant à tous nos partenaires afin de nous apporter les ressources additionnelles qu'ils ont promises pour nous permettre de réaliser nos programmes de développement", a conclu le maréchal en invoquant notamment la "piste de l'annulation de la dette".

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