La question du jour :

Le gouvernement doit-il créer une aide alimentaire pour les plus modestes ?




Le gouvernement doit-il créer une aide alimentaire pour les plus modestes ?
Le Secours populaire distribue des colis alimentaires à des étudiants à Strasbourg, le 12 décembre 2020.

, publié le samedi 13 février 2021 à 07h00

La crise sanitaire a accentué les difficultés pour certains ménages à accéder aux produits alimentaires. Le gouvernement planche sur un système d'aides qui bénéficierait également aux producteurs locaux.

Après la crise sanitaire, la crise sociale.

C'est ce que redoute le gouvernement, qui s'émeut des difficultés d'accès à certains produits alimentaires pour les plus modestes. "Il y a une inégalité alimentaire dans notre pays, ça veut dire qu'on n'a pas tous accès aux mêmes produits et face à cette inégalité alimentaire, comment on fait pour accompagner ?", s'est interrogé vendredi 12 février le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Julien Denormandie sur BFM Business.




Le ministre a rappelé "l'engagement du président de la République de mettre en place" des "chèques alimentation", comme il l'avait annoncé le 14 décembre devant la Convention citoyenne pour le climat, à l'origine de la proposition. "Le projet se précise, on sent que le gouvernement veut aller assez vite", a confirmé à l'AFP Yannick Fialip, responsable du dossier à la FNSEA, la première organisation d'agriculteurs. Pour les agriculteurs, consultés par les pouvoirs publics, et interrogés par l'AFP, toute aide sociale nourricière devrait impérativement aider aussi les producteurs en difficulté, plutôt que de baisser les prix alimentaires, comme le réclame la grande distribution.

De l'argent public pour acheter local, oui mais...

La FNSEA propose une "carte à puce" ou un "chèque" distribué par les CCAS (centres communautaires d'action sociale) permettant de dépenser 5 euros par jour dans des magasins de producteurs, des marchés locaux et dans les rayons de produits régionaux des supermarchés, pour des produits de base. "C'est de l'argent public, il ne faut pas le dépenser pour acheter des produits importés, le but serait de développer des filières locales pour aider ces populations-là", estime le syndicat agricole. 

Une solution qui "ne convient pas" à la Confédération paysanne, car "elle encourage l'agriculture industrielle", regrette son porte-parole Nicolas Girod pour l'AFP. "Notre idée, c'est la création d'une branche de la sécurité sociale garantissant un accès universel à l'alimentation - produits locaux, restauration collective". Le syndicat prône aussi la création de "caisses locales d'alimentation".

"Réorganiser les circuits" pour relocaliser et ne plus gaspiller

Le président du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), Pierre Thomas, choqué par le dénuement des étudiants, suggère de "d'abord lutter contre le gaspillage" en "récupérant tous les produits jetés qui ne correspondent pas aux normes". "Il faut réorganiser complètement les circuits, les relocaliser, régionaliser", plaide-t-il, et surtout "arrêter de baisser les prix" de la nourriture au nom de la lutte contre la vie chère. De fait, le coeur du travail à réaliser est de "dire en gros quelles sont les personnes qui seront bénéficiaires et quels sont les produits qu'on pourra acheter avec", explique le ministre de l'Agriculture.

Depuis l'automne, l'urgence se fait sentir. Le Secours populaire a recensé en 2020 une hausse de 45% des demandes d'aide alimentaire par rapport à 2019, tandis que les Restos du Cœur prévoient d'accueillir plus d'un million de personnes cet hiver, contre 875.000 en 2019-2020. Vincent Destival, délégué général du Secours catholique, estime à huit millions le nombre de personnes ayant besoin de l'aide alimentaire pour vivre, contre cinq en 2018.

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