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Covid-19 : les ministres devraient-ils se faire vacciner en priorité ?




Covid-19 : les ministres devraient-ils se faire vacciner en priorité ?
Roselyne Bachelot se fait vacciner contre le H1N1 le 12 novembre 2009 à Paris.

, publié le mardi 15 décembre 2020 à 07h00

Si une majorité de politiques s'affichent confiants, des voix s'élèvent, notamment à l'extrême droite, pour affirmer leur méfiance à l'égard de la vaccination contre le coronavirus. 

C'est la question que se voient poser tous les politiques invités à la télévision ou à la radio en ce moment. Seule la moitié (53%) des Français interrogés en novembre veut se faire vacciner, contre deux tiers (64%) en juillet, selon un sondage de l'agence sanitaire Santé publique France. Chez les politiques, malgré des voix dissonantes, la plupart se disent volontaires, dans l'espoir de susciter la confiance.

En revanche, Emmanuel Macron et le gouvernement ne prévoient pas de se faire vacciner en priorité ou en public. 

- Ceux qui se feront vacciner sans réserve 

Le Premier ministre Jean Castex se serait "volontiers fait vacciner dès le début de la campagne". "Mais je ne voudrais pas que ce soit interprété comme un passe-droit", a-t-il expliqué dimanche dans L'Indépendant

A la différence du président américain élu Joe Biden et de plusieurs anciens présidents, prêts à se faire vacciner publiquement pour encourager leurs concitoyens, Emmanuel Macron a indiqué qu'il le ferait "au moment où ça a du sens et ça correspond à notre stratégie".





D'ailleurs, il n'est pas sûr que se faire vacciner devant les caméras rassure les Français. Roselyne Bachelot, ministre de la Santé en 2009 au moment de l'épidémie de grippe H1N1, s'était fait vacciner en public "en pensant que c'était un élément de confiance, a-t-elle raconté vendredi sur RMC. Mais il y a des réseaux complotistes qui ont avancé que je m'étais fait vacciner avec du sérum physiologique". 

De son côté, le président du Sénat (LR) Gérard Larcher, vétérinaire de profession, était même favorable à un vaccin obligatoire : "ce n'est pas que pour soi, c'est une forme de chaîne de solidarité".

Bien que "pas un grand fan des piqûres", l'ex-chef du gouvernement Edouard Philippe a glissé au JDD qu'il se ferait vacciner car il sait "ce que l'humanité doit aux vaccins".

La présidente de l'Ile-de-France Valérie Pécresse (ex-LR) affirme sa "confiance dans les responsables politiques, dans le ministère de la Santé" : "s'il faut établir cette confiance, bien sûr je me ferai vacciner".

"La classe politique doit être en première ligne, on le doit aux restaurants, aux orchestres, aux bars", plaide le député LREM de l'Hérault Patrick Vignal

Le député socialiste de l'Ardèche Hervé Saulignac s'est porté volontaire dès octobre pour tester le vaccin : "on ne peut pas exiger de la puissance publique qu'elle nous protège, et aller se planquer quand la recherche française réclame des volontaires".

- Ceux qui disent : "oui mais..."

Le patron de LFI Jean-Luc Mélenchon a jeté un pavé dans la mare dimanche. "Ce vaccin ne me rassure pas", a-t-il affirmé, à propos de celui développé par l'Américain Pfizer et l'Allemand BioNTech, qui commence à être déployé dans le monde. Mais le candidat à la présidentielle de 2022 fera "sans doute ce que (lui) dira (s)on médecin". 

L'eurodéputé EELV Yannick Jadot, lui-même favorable au vaccin, juge que "si les laboratoires pharmaceutiques avaient voulu créer du doute dans la société, ils ne s'y seraient pas pris autrement", avec notamment "le patron de Pfizer qui engrange des millions le jour de l'annonce".

La présidente du RN Marine Le Pen, également candidate à l'Elysée, se fera vacciner mais laisse les Français "libres" de le faire ou non. Elle déplore "une grande opacité" sur la campagne de vaccination ou la logistique. 

"Le gouvernement lui-même doute de l'efficacité des vaccins mis sur le marché", a asséné dimanche la maire du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati (LR). 

- Pour eux, c'est non 

La majorité compte quelques anti-vaccins, qui avaient donné de la voix au début du quinquennat lors du passage de trois à onze vaccins obligatoires pour les enfants. La plus médiatique d'entre eux est la députée du Bas-Rhin Martine Wonner. Elle a été exclue de LREM en avril dernier, après avoir voté contre le plan de déconfinement du gouvernement, qu'elle accusait de "mensonge" et d'"amateurisme" dans la gestion de la crise. 

Opposée au port du masque, favorable au traitement avec de l'hydroxycholoroquine, cette médecin psychiatre exprime régulièrement ses doutes sur l'utilité de la campagne de vaccination - notamment sur Twitter -, même si elle assure ne pas être "anti-vax". 

Nombre de ténors de l'extrême droite affirment, eux, qu'ils ne se feront pas vacciner. C'est le cas du président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, qui refuse d'être "un cobaye", du numéro 2 du RN, Jordan Bardella, qui "attendra d'être rassuré", ou de l'ex-députée RN Marion Maréchal, qui "ne pense pas", se faire vacciner. 

"Exemplarité" 

Le gouvernement doit présenter sa "stratégie vaccinale" cette semaine - mercredi devant l'Assemblée nationale et jeudi au Sénat. Chaque groupe politique prendra position, sans vote in fine. Le choix de l'exécutif a été celui du volontariat - pas d'obligation de se faire vacciner -, et "l'exemplarité sera déterminante", selon les analystes Chloé Morin et Adrien Abecassis dans une tribune récente à Paris Match

"Faudra-t-il vacciner les politiques en premier ? le président, son gouvernement, ceux que l'opinion publique soupçonne toujours du 'faites ce que je dis, pas ce que je fais' ? Ou alors miser sur les figures de proximité, les maires des petites communes - ceux qui inspirent la confiance ?", interrogent-ils. 

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