La question du jour :

Faut-il rouvrir les salles de sport ?




Faut-il rouvrir les salles de sport ?©©ALAIN JOCARD / AFP

publié le dimanche 06 décembre 2020 à 07h00

Les gérants des établissements regrettent de devoir rester fermés jusqu'au 20 janvier et redoutent une année 2021 catastrophique, malgré les aides. 

Sur une journée de semaine normale, la salle d'escalade Arkose près de Nation, à Paris, accueille un petit millier de personnes. En ce moment, seul le bruit de la ventilation se fait entendre, sous le regard désabusé d'un des quatre fondateurs du groupe, Grégoire de Belmont, qui a dû fermer l'espace quasiment la moitié de l'année 2020."Quand on a été les premiers à être fermés, on a eu un gros sentiment d'injustice", explique-t-il à l'AFP.

"Dire que les salles de sport étaient des lieux de contamination potentiels mais que les restos ou bars pouvaient continuer à ouvrir, ça nous a énormément énervés et déçus. D'autant plus que l'ensemble de l'industrie a joué le jeu avec des protocoles sanitaires stricts." 
 

Dans les salles d'escalade par exemple, la magnésie en poudre, qui assèche les mains pour ne pas glisser sur les prises, a été diluée dans un gel hydroalcoolique virucide évitant toute contamination. Masque et distanciation sont obligatoires.

"Mission de santé publique" 

Dans son club haut de gamme, L'Usine, Patrick Rizzo a le même sentiment d'injustice. Fréquentation régulée, séparations entre appareils, désinfection régulière... "On avait déjà pris énormément de mesures au moment de la réouverture" à l'été. De ses trois clubs parisiens, qui accueillent en temps normal 4.000 personnes, seul celui près de l'Opéra est ouvert à l'heure actuelle. Mais uniquement pour "les gens porteurs d'une prescription médicale pour une activité physique adaptée".

Il en compte 700 en ce moment, dont 500 adhérents. Même pas de quoi couvrir les charges fixes, mais "nous avions la volonté de rester conformes à notre mission de participer à la santé publique", explique Patrick Rizzo. "La nourriture du corps et de l'esprit sont indissociables", plaide-t-il. Il espérait ainsi que les salles pourraient rouvrir en même temps que théâtres et cinémas, le 15 décembre.

"Cela préfigure une année 2021 catastrophique"

"Déjà privés de la période d'abonnement et de réabonnement la plus propice de septembre-octobre, les exploitants du sport et des loisirs seront privés de leur deuxième meilleure période", janvier, le mois des bonnes résolutions et des abonnements cadeaux, explique le syndicat des salles de sport privées FranceActive-FNEAPL. "Cela préfigure déjà une année 2021 catastrophique."

Selon Virgile Caillet, délégué général de l'Union Sport et Cycle, première organisation professionnelle de la filière sport, les 6.500 établissements de sports et loisirs français réalisent 3,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires et embauchent 70.000 personnes, dont 80% ont moins de 30 ans. 

Liquidations 

Le risque de liquidations est bien présent et "touche aussi bien des salles indépendantes que des groupes", selon FranceActive-FNEAPL. Money Time, la société basée à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), qui gère les salles de basket Hoops Factory, a par exemple été placée en redressement judiciaire le 20 octobre par le tribunal de commerce de Bobigny.

À Nation, Grégoire de Belmont a converti une large partie de l'espace habituellement dévolu à la restauration, fermé, pour y vendre du matériel d'escalade et des vêtements. Arkose a pu battre le rappel par mail auprès de quelques 34.000 personnes en région parisienne, mais pour quel résultat ?

Parmi les établissements "qui présentent le plus de risques", selon Jean Castex 

"Un groupe comme le nôtre a perdu 15 millions d'euros de chiffre d'affaires. Avec 8 millions d'euros d'aides de l'État sous forme de chômage partiel et d'abandon de charges salariées/patronales, il reste plus de 6 millions à couvrir d'une manière ou d'une autre", conclut-il. L'aide du gouvernement de 200.000 euros en décembre, au titre du fonds de solidarité, est loin d'être suffisante.

La détresse du secteur, à quatre ans des Jeux olympiques de Paris, n'a pas infléchi la position des autorités : "les salles de sport font partie des établissements (...) qui présentent le plus de risques", a encore déclaré récemment le Premier ministre Jean Castex. "Il y a des contacts, on y sue, c'est clos, on y reste un certain temps", estime-t-il, n'envisageant pas de réouverture avant le 20 janvier. 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.