La question du jour :

Covid-19 : faudrait-il isoler les cas positifs ?




Covid-19 : faudrait-il isoler les cas positifs ?
Un test pratiqué à l'aéroport d'Orly le 6 novembre.

, publié le samedi 21 novembre 2020 à 07h00

Faut-il rendre obligatoire l'isolement des patients malades du Covid-19 ou "cas contacts" ? Alors que le dernier volet de la stratégie du gouvernement "tester, tracer, isoler" ne fonctionne pas en France, l'idée fait son chemin. 




"Tester, tracer, isoler", telle est la stratégie mise en place par le gouvernement depuis le déconfinement du mois de mai pour faire face à l'épidémie de Covid-19. Si les deux premiers volets fonctionnent plutôt bien, avec jusqu'à plus de deux millions de tests PCR réalisés par semaine et l'arrivée récente des tests antigéniques aux résultats beaucoup plus rapides, et jusqu'à 78% de patients zéro contactés par les enquêteurs de l'Assurance maladie, c'est loin d'être le cas pour le troisième. 

Actuellement en France, les malades du Covid-19 et les "cas contacts" sont appelés à respecter une quarantaine de sept jours afin de limiter la propagation du virus.

Mais tous ne le font pas. "Aujourd'hui, les gens reçoivent un SMS pour leur demander de s'isoler, ça ne peut pas marcher", estime Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans Le Monde.  "Aujourd'hui, dans les faits, il n'y a pas d'isolement. Ca ne sert à rien de tester des millions de Français si c'est pour ensuite les renvoyer chez eux lorsqu'ils sont positifs et infecter leur entourage", renchérit Philippe Juvin, le chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris, auprès du quotidien. 

L'isolement obligatoire ? "C'est une piste qui existe"

Faut-il ainsi rendre l'isolement obligatoire ? "C'est une piste qui existe, qui est sur la table par principe puisque c'est un modèle qu'un certain nombre de pays, et pas uniquement en Asie mais y compris chez nos voisins, ont retenu; ensuite parce qu'il y a aujourd'hui des parlementaires qui font cette proposition", a expliqué vendredi 20 novembre le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur franceinfo




Olivier Becht, président du groupe Agir ensemble à l'Assemblée nationale, réclame en effet que cette quarantaine soit obligatoire et contrôlée et qu'elle soit passible d'une amende de 10.000 euros en cas d'infraction. Il plaide pour des "visites aléatoires des forces de l'ordre ou de l'Assurance-maladie, comme elle le fait parfois pour les arrêts de travail". 

"Ca nécessite une discussion et un débat démocratique parce qu'aujourd'hui dans la loi française, vous ne pouvez pas imposer à un malade de rester isolé parce qu'il est malade", a ajouté le porte-parole du gouvernement. La réunion prévue vendredi soir entre le Premier ministre Jean Castex et les chefs de partis politiques "n'est pas une réunion sur ce sujet-là, mais ça fait partie des sujets qu'on va mettre dans le débat et sur lesquels on va attendre qu'ils puissent se positionner, nous dire ce qu'ils en pensent", a-t-il ajouté.

Castex alerte sur un "problème redoutable"

Lors d'un échange avec le personnel médical de l'hôpital de Brest, le chef du gouvernement a néanmoins mis en garde vendredi contre un "problème redoutable". "Moi je suis persuadé que vous avez des gens, si vous leur dites: 'vous avez une obligation de vous isoler', ils ne se feront pas tester", a-t-il avancé en invitant à "prendre tout ça en considération".

Dans Le Monde, le ministre de la Santé Olivier Véran se dit "pas intimement convaincu" par cette approche : "Cela n'a jamais été fait dans l'histoire de notre pays, y compris pour des maladies très infectieuses comme la tuberculose." "Les pays qui ont mis en place l'isolement obligatoire font face à une deuxième vague épidémique de la même manière que ceux qui ne l'ont pas mis en place", a-t-il également souligné jeudi lors de son point presse hebdomadaire. 

"L'isolement des malades fait l'objet d'un débat", a-t-il néanmoins reconnu. "Ca fait partie d'un enjeu démocratique. Les initiatives parlementaires sont à suivre avec intérêt", a-t-il également assuré. 

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