La question du jour :

Faut-il interdire les animaux sauvages dans les cirques ?




Faut-il interdire les animaux sauvages dans les cirques ?©NICOLAS ASFOURI / AFP

, publié le mercredi 30 septembre 2020 à 00h00

Les animaux sauvages vont disparaître dans les années à venir des cirques ambulants, a annoncé mardi le gouvernement, face à la montée en puissance de la question du bien-être animal dans le débat public. Les orques et dauphins vont, eux, sortir des delphinariums. 

Après des années de polémiques, la nouvelle ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, veut "ouvrir une nouvelle ère dans notre rapport à ces animaux.

Il est temps que notre fascination ancestrale pour ces êtres sauvages ne se traduise plus par des situations où l'on favorise leur captivité par rapport à leur bien-être". 

D'ici 5 ans 

Le gouvernement va mettre 8 millions sur la table pour la reconversion des cirques ambulants (les cirques et autres spectacles sédentaires ne sont pas concernés) et des personnels des trois delphinariums du pays. Une enveloppe jugée "ridicule" par le directeur général du Marineland d'Antibes, Pascal Picot, qui dénonce le fait qu'il n'y ait eu "aucune concertation".




Barbara Pompili s'engage aussi à aider les quatre élevages français de visons pour fourrure, qui vont également devoir fermer. La ministre ne s'est pas engagée sur un échéancier pour les cirques. Mais, selon des sources de la profession reçues la semaine dernière au ministère, elle a évoqué une transition de 5 ans. Elle a annoncé une fermeture "sous 5 ans" des élevages de visons et une fourchette de "7 à 10 ans pour préparer la suite" des delphinariums où la reproduction est désormais interdite.

Une vingtaine de pays européens interdisent déjà les animaux sauvages dans les cirques 

La France rejoint la vingtaine de pays européens qui ont déjà interdit ou limité la présentation d'animaux sauvages dans les cirques. Des restrictions également prises par quelque 400 collectivités locales en France, rappelle Barbara Pompili.

Le sujet du bien-être animal a été récemment porté par la campagne pour un "référendum pour les animaux", soutenue par plus de 750.000 internautes et 141 parlementaires (il faudrait 4,7 millions de signataires et 185 parlementaires pour organiser le scrutin). Et plusieurs propositions de loi ont été déposées, dont une du groupe Écologie démocratie solidarité (EDS), qui doit être examinée début octobre à l'Assemblée.

La France "comble son retard" 

Les annonces de Barbara Pompili ne concernent que la faune sauvage, les questions des animaux d'élevage relevant du ministère de l'Agriculture. Mais d'ores et déjà, une association en pointe comme L214 a "salué" la mesure sur les visons, tout en estimant qu'elle ne faisait que "combler un retard". 

"Victoire" ont tweeté les promoteurs du Référendum pour les animaux. "Les bouchons de champagne sautent", se réjouit Peta, association anti-fourrure connue pour ses campagnes choc. 

"Pas de mesures concrètes"

"Immense merci", renchérit la Fondation Brigitte Bardot, alors que 30 millions d'amis promet "toute son aide pour que ces décisions se concrétisent rapidement". Une question qui préoccupe également Muriel Arnal, présidente de l'ONG One voice pour le bien-être animal : "Pour les cirques c'est extrêmement flou et on n'a pas de mesures concrètes".

Mais côté circassiens, les annonces ont sans surprise suscité l'inquiétude, alors que les cirques "traditionnels" avec animaux ont été durement frappés par la crise du coronavirus. Ils attirent selon leurs représentants quelque 13 millions de spectateurs annuels, contre un million pour le cirque "contemporain".

Des bêtes "que nous aimons" 

"On est choqués. Il n'y a pas eu de dialogue, elle n'a pas voulu nous écouter. On ne va plus pouvoir travailler et en attendant, qui va payer la viande des fauves, le fourrage des éléphants ?", a réagi à l'AFP William Kerwich, président du syndicat des capacitaires d'animaux de cirque et de spectacle, pour qui "presque 500 fauves en France" sont notamment concernés.

"Les cirques vont devoir abandonner leurs animaux et nous en rendons la ministre responsable", poursuit-il, envisageant un recours en justice comme d'autres actions éventuellement. "Nos animaux on ne les trouve pas dans la jungle" et les cirques élèvent et reproduisent leurs bêtes, "que nous aimons", rappelle-t-il.

Quel avenir pour les animaux ?

Une reproduction qui sera précisément interdite, selon le ministère, Barbara Pompili assurant que "des solutions vont être trouvées au cas par cas, avec chaque cirque, pour chaque animal". Car ces animaux ne pourront évidemment pas être "remis en liberté".

A titre d'exemple sur le devenir souhaité pour les animaux sauvages, la ministre s'est ensuite rendue au Zoo de Vincennes, rénové il y a quelques années et voulu comme un vitrine de la conservation animale en France. 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.