La question du jour :

Abattoirs : faut-il une législation plus stricte ?




Abattoirs : faut-il une législation plus stricte ? ©THIERRY ZOCCOLAN / AFP

, publié le jeudi 25 juin 2020 à 07h00

Une nouvelle vidéo diffusée par l'association de protection des animaux L214 montre des agneaux maltraités dans un établissement de Rodez (Aveyron). 

Le ministère de l'Agriculture a suspendu mercredi 24 juin l'agrément de la chaîne ovine d'un abattoir de Rodez, dans l'Aveyron, dont les pratiques ont été dénoncées par l'association de défense des animaux L214. Le ministère a également annoncé une "inspection complète" des installations.

"Une vidéo publiée ce jour met en cause les conditions de mise à mort des agneaux à l'abattoir de Rodez. Elle montre des pratiques inacceptables avec des manquements graves aux règles de protection animale", indique le ministère dans un communiqué. "Par conséquent, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Didier Guillaume, a demandé, ce jour, au préfet de l'Aveyron la suspension immédiate de l'agrément de la chaîne ovine de cet abattoir", selon la même source. "Une inspection complète de l'abattoir est programmée ce jour par les services de l'État. Les conclusions de cette inspection devront permettre de déterminer quelles suites doivent être données", ajoute le ministère.

L214 avait demandé mardi la "fermeture d'urgence de l'abattoir", Arcadie Sud-Ouest, près de Rodez, qui selon elle "présente de graves problèmes structurels et des pratiques d'abattage grandement déficientes". En 2016, les services vétérinaires avaient déjà constaté des "non-conformités majeures" pour l'étourdissement et la mise à mort des ovins dans cet abattoir. L'abattoir n'a pas répondu aux sollicitations dans l'immédiat.


Selon l'association, "un agneau est abattu toutes les 10 secondes" dans cet établissement, "où les pratiques d'abattage sont totalement défaillantes". Sur la vidéo, on voit notamment des agneaux égorgés à vif à une cadence rapide. "Ils sont égorgés à vif (abattage rituel) ou, théoriquement, étourdis avant d'être saignés. L'étourdissement des agneaux se fait par électrocution, mais les mauvaises pratiques et les cadences infernales entraînent la saignée et l'accrochage d'agneaux encore totalement conscients", selon L214.

L'association demande aussi à la Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de roquefort la "modification du cahier des charges de l'appellation d'origine "roquefort". Actuellement rien n'est exigé pour les agneaux". La Confédération a répondu que "le bien-être animal est au cœur du cahier des charges de la filière roquefort au travers de multiples critères comme le pâturage, la place en bergerie, l'autonomie alimentaire". Mais "l'élevage des agneaux issus du bassin laitier, constitue une filière à part entière, indépendante", ajoute la Confédération. Aussi, "si L214 met au jour des pratiques inacceptables, la filière roquefort saura le cas échéant prendre position".


Pour le député LREM de la Creuse Jean-Baptiste Moreau, lui-même agriculteur, "il faut traquer et condamner sévèrement les dysfonctionnements mais on n'a pas attendu L214 pour fermer les abattoirs où il y a des mauvais traitements". "Le bien être animal est un prétexte pour L214 qui veut en réalité l'interdiction de toute consommation de viande", a-t-il estimé sur Twitter.

Pour produire le lait qui sera transformé en roquefort, les brebis doivent donner naissance à des agneaux. Selon L214, sur plus d'un million d'agneaux nouveau-nés chaque année, seuls un quart sont gardés pour renouveler le cheptel, les autres étant envoyés dans des élevages intensifs puis à l'abattoir.

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