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Écoles : faut-il assouplir le protocole sanitaire ?




Écoles : faut-il assouplir le protocole sanitaire ?
Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer (à droite), le 11 mai dans une école à Paris

, publié le mardi 09 juin 2020 à 07h00

Trop de contraintes, pas assez de professeurs... Beaucoup de parents sont à bout. 

La plupart des établissements scolaires (maternelle, primaire et secondaire) ont rouvert leurs portes. Mais une majorité d'enfants ne sont pas encore retournés en classe, en raison des mesures strictes mises en place, mais aussi de l'absence d'une partie des enseignants. Pour les parents, la "galère" se poursuit, alors que leurs employeurs exigent qu'ils soient plus productifs que pendant le confinement ou qu'ils reviennent physiquement au travail. Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer envisage d'assouplir le dispositif "bientôt". Mais pas "tout de suite, ce serait trop tôt". 

Plus de 80% des écoles sont rouvertes, mais elles n'accueillent que 22% des élèves, selon le ministère. "On entend partout que les écoles ont rouvert mais en fait..." Faute de places suffisantes, de nombreux parents continuent de jongler, souvent péniblement, entre leur travail et la classe à la maison. 

• Des enfants "livrés à eux-mêmes"

Quand il a appris que les écoles allaient rouvrir, Francis, cadre dans le secteur financier à Paris, a respiré. Car depuis le déconfinement le 11 mai, son entreprise exige de nouveau sa présence physique au bureau. Mais la directrice de l'école de ses enfants a vite douché ses espoirs : "Elle m'a expliqué que seule la moitié des enseignants étaient revenus et qu'en raison des contraintes drastiques du protocole sanitaire, elle était déjà au maximum de ses capacités", raconte-t-il. 




Depuis, à la faveur de désistements, ses enfants de 8 et 10 ans sont finalement accueillis deux jours par semaine. Le reste du temps, ils se débrouillent seuls à la maison. "On n'a pas d'autre choix", déplore Francis, pas très rassuré à l'idée de les savoir livrés à eux-mêmes. Malgré les attestations fournies par l'école, "pour mon entreprise, le déconfinement a été acté et tout le monde doit s'y plier", regrette-t-il. 

• "Mon employeur exige désormais ma présence physique"

Jean-Michel Blanquer a assuré à plusieurs reprises que toutes les écoles allaient rouvrir en juin. Mais dans la majorité des cas, notamment dans les grandes villes comme Paris, les élèves volontaires n'y sont accueillis que partiellement, voire quasiment pas. À Pantin (Seine-Saint-Denis), Rachida, intérimaire, est confrontée à la même problématique. "Mon employeur exige désormais ma présence physique trois ou quatre jours par semaine", raconte-t-elle. "Une vraie galère" pour cette mère célibataire, car ses enfants, "pas prioritaires", n'ont pas eu de place à l'école. 

"J'ai expliqué au directeur que je risquais de perdre mon emploi. Finalement, ils ont pu être accueillis cette semaine, mais on m'a prévenue que toute l'organisation allait être modifiée pour pouvoir faire revenir davantage d'élèves", explique-t-elle. "Que va-t-il se passer après ? Je n'en sais rien", dit-elle, évoquant une situation particulièrement "anxiogène". 

• "Nos employeurs ne tiennent pas compte de contraintes qui ne dépendent pas de nous"

Cadre dans une entreprise du CAC 40, Zoé a aussi pour consigne de retourner progressivement au travail et de faire revenir ses équipes. "On me fait comprendre que le plus tôt sera le mieux", affirme-t-elle. Or ses enfants, en 4e et 1re, poursuivent les cours à distance. "Le plus jeune va pouvoir revenir au collège deux demi-journées par semaine jusqu'au 26 juin, mais il n'y aura toujours pas de cantine et à 13 ans, il ne sait pas vraiment se faire à manger..." Avec son mari, elle espère qu'ils pourront continuer à télétravailler à tour de rôle. Mais elle déplore : "Nos employeurs ne tiennent pas compte de contraintes qui ne dépendent pas de nous".

Jalila, journaliste et mère célibataire à Vanves (Hauts-de-Seine), a appris que son fils, en CE2, qui depuis la reprise pouvait retourner à l'école quatre jours par semaine, allait finalement devoir rester la plupart du temps à la maison : "Pour permettre un roulement, sa maîtresse m'a annoncé qu'il n'aurait plus que deux jours d'école sur tout le mois de juin". "Ça va être difficile pour lui, car le jour de la reprise, il avait parlé du plus beau jour de sa vie...", explique-t-elle. "Et pour moi, cela va être beaucoup plus compliqué de me concentrer".

• "Au travail, on a de nouveau des 'deadlines'. Mais à la maison, les enfants sont toujours là"

Pour ceux dont la présence au bureau n'est pas requise, l'équation n'est pas plus simple pour autant : en télétravail, ils vont continuer à  jongler entre contraintes professionnelles et classe à la maison jusqu'à début juillet. DRH à Paris, Matthieu est dans ce cas de figure : "Au travail, on a de nouveau des 'deadlines', une pression du résultat. Mais à la maison rien n'a changé, les enfants sont toujours là", décrit-il.

Sa fille cadette, en petite section de maternelle, va aller à l'école une journée en tout d'ici fin juin. Son aînée, en CE1 dans une petite école parisienne, n'y retournera pas du tout. Alors davantage que ses enfants, il attend maintenant les vacances avec impatience.

• 35 à 40% des profs absents 

En cause, le protocole sanitaire très strict mis en place pour les écoles (distanciation physique, port du masque pour les personnels et les élèves à partir du collège, aménagement des rythmes et des espaces, nettoyage des lieux, etc.), mais aussi l'absence de nombreux enseignants. Selon Le Parisien, citant le dernier décompte du ministère de l'Éducation, "la semaine dernière, à l'école primaire et au collège, entre 35 et 40% n'étaient toujours pas revenus en classe". 

Pourtant, une enquête récente montre que les enfants sont moins contagieux que les adultes. Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, est d'ailleurs favorable à un dispositif moins strict à l'école. Le ministère l'envisage, mais pas dans l'immédiat.

 • Discussions avec les acteurs du secteur 

"Aujourd'hui nous travaillons par scénarios : un où le virus continuerait à circuler plus ou moins fortement et un de retour à la normale", a expliqué le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, la semaine dernière à Europe 1 et BFMTV, lors d'un déplacement avec la ministre des Sports Roxana Maracineanu dans une école à Vincennes (Val-de-Marne). Il a promis de discuter de ces scénarios tout au long du mois de juin, avec les différents acteurs du secteur.




Interrogé sur un éventuel assouplissement du protocole sanitaire, il a répondu : "j'espère qu'il pourra arriver bientôt ; tout de suite, ce serait trop tôt". La semaine dernière, il avait expliqué qu'il n'y aurait pas d'allègement de ce protocole extrêmement strict avant la rentrée de septembre. 

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