La question du jour :

Faut-il rouvrir les écoles le 11 mai ?




Faut-il rouvrir les écoles le 11 mai ?
Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, le 21 avril à l'Assemblée nationale.

publié le lundi 27 avril 2020 à 07h00

Le Conseil scientifique, les experts consultés par le gouvernement pour l'aider à lutter contre l'épidémie de coronavirus, recommandait que les crèches et les établissements scolaires restent fermés jusqu'en septembre, pour laisser aux autorités le temps de multiplier les tests de dépistage et d'équiper la population en masques. L'exécutif a quand même décidé de faire revenir les élèves en classe à partir du 11 mai.

Ces divergences inquiètent les syndicats d'enseignants et de nombreux parents d'élèves, à deux semaines de la rentrée. 

"Le Conseil scientifique a pris acte de la décision politique de réouverture prudente et progressive des établissements scolaires à partir du 11 mai prenant en compte les enjeux sanitaires mais aussi sociétaux et économiques", a-t-il indiqué dans une note publiée samedi, tout en se disant favorable à leur fermeture jusqu'en septembre. 




"Si on met des enfants dans une zone plutôt confinée comme les écoles, il y a un risque de transmission qui est un peu plus important", a expliqué Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, lundi 27 avril sur BFMTV. "Pour les enfants, ça n'a pas une grande importance, puisque, s'ils développent un covid, ils vont le faire de façon très simple et souvent de forme asymptomatique (...) Mais les enfants vont sortir (...) et peuvent être source d'infection. C'est la raison pour laquelle, d'un point de vue strictement sanitaire, nous avions fait une recommandation de poursuivre la fermeture des écoles", a indiqué le professeur Delfraissy. 

Tables espacées d'un mètre, pas de contacts avec les autres classes

Samedi soir, après la publication de la note du Conseil, le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a indiqué que ce document, qui prône notamment le port du masque dans les collèges et les lycées, servirait de "base" pour "l'élaboration du protocole sanitaire annoncé pour donner un cadre sûr au déconfinement scolaire".

Avant la présentation du plan de déconfinement, mardi par le Premier ministre Edouard Philippe, le Conseil scientifique a établi une liste de règles de distanciation qui devront être adoptées dans les établissements scolaires, notamment faire en sorte que les tables de classes soient espacées entre elles d'un mètre ou que les élèves ne soient en contact qu'avec les camarades de leur propre classe. 

Trop complexe, selon les enseignants

"Mission impossible", répond Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, premier syndicat des chefs d'établissement. "La somme de toutes les préconisations du Conseil, si elles étaient retenues, est infaisable dans l'état actuel de nos capacités, avec du personnel qui ne sera certainement pas présent à 100%", craint-il.

"Ce sont des préconisations très complexes à mettre en place. Dans ces conditions, une reprise ne pourra pas avoir lieu le 11 mai. Si elle a lieu en mode dégradé, elle sera très fragile car à toute nouvelle suspicion, ça s'arrêtera", prévient Stéphane Crochet, secrétaire général de SE-Unsa.

Multiples scénarios 

"Nous attendons désormais de voir la déclinaison qui sera adoptée mais les avis différents du ministre, du gouvernement, du Conseil scientifique montrent un manque de concertation et cela créé un sentiment d'insécurité chez tout le monde", regrette Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Reprise étalée sur trois semaines selon les niveaux, possibilité pour les parents de refuser d'amener leur enfant à l'école... Depuis une semaine, l'Elysée, Matignon et la rue de Grenelle ont effectivement évoqué des scénarios plus ou moins précis, chaque nouvelle annonce apportant son lot de questionnements.

Sans "cadrage sécurisé", "on ne redémarrera pas" 

Francette Popineau l'assure : "Quelle que soit la décision prise mardi, on demande au gouvernement un cadrage national sécurisé, validé par une autorité médicale sinon on ne redémarrera pas l'école, on ne fera pas prendre de risques au personnel", prévient-elle.

"Et si nous repartons, il est impératif de prendre le temps long de la réflexion entre enseignants, collectivités et parents d'élèves, pour tout relancer : il faut au moins une semaine pour mettre en place la désinfection des classes, les entrées et des sorties des écoles avec des barrières, des marquages au sol pour assurer la distanciation, etc.", ajoute-t-elle.

"Qui fait quoi ?"

Agnès Le Brun, porte-parole en charge des questions d'éducation à l'Association des maires de France, va dans le même sens. "Il faut une adaptation locale menée en concertation avec tous les acteurs, en restant humble et modeste dans la réponse apportée", estime-t-elle, rappelant toutefois que de "nombreuses questions restent en suspens sur qui fait quoi dans la désinfection de l'école, avec quels moyens, etc."

Pour Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, première fédération syndicale de l'éducation, "si on rouvre les écoles, il faut respecter des conditions sanitaires très, très strictes mais cela semble très compliqué à mettre en oeuvre, et cela crée inévitablement de l'inquiétude chez les parents".

Les syndicats consultés... après les annonces du gouvernement

"Les parents d'élèves ont le sentiment que le gouvernement ne sait pas où il va dans le dossier de retour à l'école, et donc beaucoup n'enverront pas leurs enfants, c'est certain", réplique Rodrigo Arenas, co-président de la FCPE, première fédération de parents.

Un autre syndicat du secondaire, le Snalc, demande lui que l'avis du Conseil scientifique soit suivi, et que le gouvernement "annonce au plus vite que les écoles, collèges et lycées resteront fermés jusqu'en septembre".

En attendant, les réunions prévues en visioconférence lundi avec les différentes organisations syndicales sont reportées à mercredi, selon les syndicats, soit au lendemain du plan de déconfinement par Edouard Philippe. 

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