La question du jour :

Relancer les bistrots ruraux, est-ce une bonne idée ?




Relancer les bistrots ruraux, est-ce une bonne idée ?
Un café dans un village près de Carcassonne dans l'Aude, le 5 février 2020.

, publié le samedi 22 février 2020 à 07h00

L'association nationale de prévention en alcoologie et addictologie a dénoncé une décision "assez désastreuse en termes de santé publique". 

Comment revitaliser les campagnes en y faisant revenir commerces et services de proximité ? Jeudi 20 février, le gouvernement s'est déplacé en nombre dans les Vosges pour promouvoir les premiers effets de son "agenda rural". Première mesure emblématique de ce plan : le développement d'un projet visant à créer ou reprendre 1.000 cafés en milieu rural, porté par le groupe d'économie sociale et solidaire SOS. 


Un verre de vin blanc en main, le Premier ministre Édouard Philippe a trinqué à la reprise du café-restaurant "Le P'tit campagnard" à Girancourt, un des 23 premiers sélectionnés dans le cadre de cette opération.L'établissement, tenu depuis 25 ans par "Dom et Doudou", était en vente depuis trois ans et risquait de disparaître dans cette petite commune à 15 minutes d'Epinal.

Seconde mesure emblématique : le gouvernement s'est engagé à attribuer des licences IV gratuites et non transférables dans les communes de moins de 3.500 habitants n'en disposant pas.

"Cela concerne potentiellement 10 à 15.000 licences", a fait valoir Matignon qui attend les premières remontées des préfectures pour évaluer le succès du dispositif. 


Alors que les campagnes se repeuplent, il faut trouver "des solutions concrètes, avec la volonté de réparer des situations qu'on a trop longtemps laissé se dégrader, de réparer des injustices, de réparer des territoires", a déclaré le Premier ministre. "Le mouvement des 'gilets jaunes' a traduit un sentiment d'abandon qui prouve pour beaucoup de nos concitoyens une peur du déclassement", a souligné le chef du gouvernement, avant d'admettre : "Ce sentiment, il faut l'avouer, il est bien souvent justifié."

"En termes de santé publique, c'est un message assez désastreux", a réagi vendredi 21 février sur franceinfo Bernard Basset, président de l'association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. "Ce que le Premier ministre dit, c'est : 'si vous manquez de tout dans les campagnes, il vous reste une seule chose, c'est de boire de l'alcool'", a-t-il regretté. 

"Le Premier ministre se réfère aux années 1960 en disant qu'il y avait 200 000 bistrots. Mais il ne faut pas oublier qu'on buvait 26 litres d'alcool pur par habitant et par an. Aujourd'hui, on en boit moins de la moitié, et on a déjà un des taux de consommations les plus hauts au monde. Avec les conséquences que connaît en termes de mortalité et de handicap", rappelle le médecin qui fustige un gouvernement "qui n'affronte pas les conséquences sanitaires de l'alcool".

"C'est aussi assez inapproprié parce qu'on va autoriser ou favoriser la consommation d'alcool dans des zones où la voiture est le seul moyen de déplacement", poursuit-il en soulignant que le chef du gouvernement a pourtant fait de la sécurité routière une priorité.

"Ce dont les villages ont besoin, c'est l'activité économique. De lieux de vie où les gens puissent faire leurs courses. On a vu que le mouvement des gilets jaunes était lié à l'absence ou à la présence de supérettes dans le village. C'est ça, le problème à résoudre", a plaidé Bernard Basset.

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