La question du jour :

Êtes-vous prêt à manger moins de viande ?




Êtes-vous prêt à manger moins de viande ?
Des veaux lors d'un salon de la production animale.

, publié le vendredi 21 février 2020 à 07h00

L'association de défense des animaux L214 a publié jeudi une vidéo montrant des veaux maltraités, tués sans étourdissement, dans un abattoir de Dordogne. Elle demande la fermeture de l'abattoir Sobeval de Boulazac où "les violations de la loi, multiples et récurrentes, entraînent des souffrances accrues pour les animaux".

Avec 3.400 veaux tués chaque semaine, soit 24.000 tonnes de viande, l'abattoir Sobeval à Boulazac (Dordogne) est le plus grand de la région.

Dans une nouvelle vidéo choc diffusée dans la nuit de mercredi 19 à jeudi 20 février, l'association L214 révèle des "violations de la loi, multiples et récurrentes, entraînent des souffrances accrues pour les animaux". L'association de défense des animaux, qui a porté plainte pour "sévices graves envers des animaux" auprès du procureur de la République de Périgueux, demande la "fermeture immédiate de l'abattoir


En abattage standard, les veaux doivent être étourdis avant d'être tués, explique L214. Or sur les images, tournées en novembre et décembre 2019, on peut voir qu'"une partie des animaux reprennent conscience avant ou pendant la saignée, sans qu'aucun étourdissement d'urgence ne soit pratiqué", commente l'association. L214 dénonce des "étourdissements réalisés en violation de la réglementation", des "tirs mal ajustés" pour endormir les veaux, des animaux blessés mais conscients, et des "contrôles de l'inconscience et de l'insensibilité des veaux quasi-inexistants".

L'abattoir de Boulazac, qui appartient au groupe néerlandais VanDrie, est un abattoir habilité pour les types d'abattage standard, qui concerne 70% de son activité, ainsi que casher et halal (30%). "Dans la réglementation, on trouve un principe d'étourdissement avec une dérogation pour les abattages rituels (viande halal et casher exportée respectivement en Egypte et en Israël) mais les animaux doivent alors être placés dans un tonneau d'immobilisation jusqu'à perte de conscience", explique Sébastien Arsac, porte-parole de L214. Or dans cet abattoir de Dordogne, "pour l'abattage halal ou casher, (...) certains veaux sont suspendus, encore conscients sur la chaîne d'abattage. Ils peuvent agoniser pendant de longues minutes avant de mourir", s'insurge L214. 

Par ailleurs, la disposition des box est telle que les veaux voient leurs congénères être abattus avant d'être eux-mêmes saignés, ce qui est interdit. 

Ces pratiques "accentuent la souffrance animale" et "contreviennent à la réglementation", estime l'association qui a mis en ligne une pétition pour demander la fermeture de cet abattoir, dont la viande "peut être certifiée Label Rouge, bio ou encore Saveurs du Périgord". Les peaux sont par ailleurs vendues à des marques de luxe comme Hermès et Gucci. 

L214 demande également au ministre de l'agriculture Didier Guillaume "d'interdire l'abattage sans étourdissement, quelles que soient les raisons qui motivent cette pratique", "sur la base d'avis scientifiques et vétérinaires". 

Dans un communiqué daté du 19 février, la préfecture de Dordogne explique qu'après un premier visionnage des vidéos de L214, "il n'y a pas de mise en évidence de non-conformité à la réglementation". "Les images les plus spectaculaires notamment celles des animaux suspendus ne reflètent en aucun cas une souffrance ou un état de conscience de l'animal", écrit la préfecture. "La réglementation impose le contrôle de la mort cérébrale de chaque animal avant cette suspension. Ces mouvements ne sont que des réflexes musculaires ou des spasmes post-mortem", poursuit-elle. 

La préfecture rappelle que l'abattoir "est agréé pour la pratique de l'abattage" traditionnel ou rituel, a des opérateurs "habilités et formés au respect du bien-être animal" et "fait l'objet de contrôles permanents par une équipe de huit agents de l'État dont deux vétérinaires". La préfecture ajoute néanmoins que "la DDCSPP va analyser plus avant cette vidéo pour déceler d'éventuelle non-conformité et s'en entretiendra sans délai avec l'exploitant". 

"Il y a des choses qui peuvent choquer. Au-delà des situations classiques, la vidéo montre des cas particuliers. On observe que la tête de certains veaux a bougé et l'opérateur doit s'y reprendre à plusieurs fois. Depuis quelques mois, une mentonière a été installée pour que la tête des veaux ne bouge pas", a expliqué à l'AFP Frédéric Piron, directeur de la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations). 

"On voit un veau sorti du piège, il ne peut être rapidement étourdi, ce type de situation fait l'objet d'une procédure", ajoute-t-il. "On observe dans la vidéo des veaux qui sont traînés. Quand on ne sait pas, c'est choquant. En réalité, il s'agissait de veaux blessés en stabulation. Ils ont été étourdis puis traînés jusqu'au poste de saignée. C'est une situation exceptionnelle", a souligné ce vétérinaire.

L'abattoir de Sobeval, joint, n'a pas souhaité communiquer jeudi.

 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.