La question du jour :

Retraites : la 4e journée de manifestations a-t-elle relancé la contestation ?




Retraites : la 4e journée de manifestations a-t-elle relancé la contestation ?
Des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre la réforme des retraites, le 9 janvier 2020.

, publié le vendredi 10 janvier 2020 à 07h00

Des centaines de milliers de personnes ont battu le pavé partout en France jeudi 9 janvier pour la quatrième journée de manifestations interprofessionnelles contre la réforme des retraites, après plus d'un mois de conflit entre syndicats et exécutif.

Au 36e jour de grève, 452.000 manifestants ont été recensés par le ministère de l'Intérieur, dont 56.000 à Paris. Lors de la journée d'action du 17 décembre, 615.000 personnes avaient défilé dont 76.000 à Paris, selon le ministère. Le 5 décembre, au premier jour du mouvement, 806.000 personnes avaient défilé, selon la place Beauvau.

Selon la CGT, 370.000 personnes ont manifesté à Paris entre République et Saint-Augustin, où l'atmosphère s'est tendue en tête de cortège en fin d'après-midi.

Les force de l'ordre ont répondu par des charges et des tirs de gaz lacrymogène à des jets de projectiles. A 19H00, la préfecture de police faisait état de 16 blessés parmi les forces de l'ordre, 20 chez les manifestants. La police avait procédé à 27 interpellations à 19H30.



Derrière la banderole de tête de l'intersyndicale ("Retraite par points: tous perdants ! Retraite à 60 ans: tous gagnants ! Macron retire ton plan "), Philippe Martinez (CGT) a dénoncé "l'attitude provocatrice" du gouvernement et émis "des doutes" sur la volonté de ce dernier de "discuter". Yves Veyrier (FO) a jugé que la mobilisation de jeudi "est la démonstration qu'il n'y a pas d'épuisement".

Ailleurs en France, on dénombrait 6.000 manifestants selon la police à Clermont-Ferrand (18.000 selon les syndicats), 10.000 à Bordeaux (70.000), 14.000 à Toulouse (120.000), 8.400 à Nantes (18.000), 22.000 à Marseille (220.000), 11.000 à Lyon (27.000)... 

La grève se poursuit dans les transports, l'éducation...

Vendredi, pour le 37e jour de grève à la SNCF - la plus longue de l'histoire -, le trafic sera encore perturbé avec deux tiers des TER et 4 TGV sur 5 en circulation, selon la direction. A Paris, la circulation des métros sera toujours "très perturbée" avec certaines lignes qui ne seront que partiellement ouvertes, notamment aux heures de pointes du matin et du soir, selon la direction de la RATP.

Dans la fonction publique d'État, le taux de grévistes était de 12,03% contre 16,92% le 17 décembre. Dans l'Éducation nationale, 18,81% des personnels étaient en grève en primaire et 16,49% dans les collèges et lycées selon le ministère (40 et 50% selon les syndicats).

Les grèves se poursuivent dans d'autres secteurs, notamment chez les avocats avec des robes noires jetées à terre, des tribunaux bloqués et des audiences renvoyées. Selon Emmanuel Lépine, secrétaire général de la fédération Chimie de la CGT, "aucune goutte (de carburant) ne sort des huit raffineries ce jeudi". Chez EDF, le taux de grévistes est de 25,5% selon la direction. La presse nationale n'est pas parue, la Tour Eiffel était fermée et les antennes de Radio France ont été très perturbées.

Rencontres bilatérales à Matignon

Depuis le début de la crise, des concessions ont déjà été faites par l'exécutif à plusieurs corps de métier (policiers, marins, pilotes...). Mais l'intersyndicale campe sur sa position de retrait pur et simple du texte. L'exécutif tente donc plutôt d'amadouer la CFDT, favorable au principe d'un système "universel" par points unifiant les 42 régimes actuels, mais braquée sur l'âge pivot à 64 ans.

Vendredi, Édouard Philippe doit recevoir les partenaires sociaux à Matignon. Le Premier ministre recevra les organisations syndicales et patronales les unes après les autres pour parler d'une conférence de financement, proposée par la CFDT.

"Si nous aboutissons à un terrain d'entente, le texte peut être modifié avant le Conseil des ministres" du 24 janvier, a relevé Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat chargé de la fonction publique, sur BFMTV. "Le gouvernement continue de penser que l'âge pivot est une mesure juste et efficace", a redit au Figaro le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.

"Si l'âge pivot reste dans la loi, c'est non, c'est clair", a déclaré jeudi le leader de la CFDT, Laurent Berger, à l'AFP. "'Je retire la mesure d'âge pivot' doivent être les mots du Premier ministre", a renchéri son homologue de l'Unsa Laurent Escure. 

L'examen du projet de loi est programmé à partir du 17 février à l'Assemblée.

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