La question du jour :

Carlos Ghosn a-t-il été convaincant ?




Carlos Ghosn a-t-il été convaincant ?
Carlos Ghosn à Beyrouth, au Liban, le 8 janvier 2020.

, publié le jeudi 09 janvier 2020 à 07h00

Il a de nouveau clamé son innocence et dénoncé une "campagne complotiste" de Nissan et des autorités japonaises.

Un peu plus d'un an après sa "brutale interpellation", c'était l'heure de la riposte médiatique pour le magnat déchu de l'automobile, Carlos Ghosn. Mercredi 8 janvier, il a donné une conférence de presse à Beyrouth devant plus d'une centaine de journalistes, au cours de laquelle i la évoqué, pêle-mêle, Versailles, la fusion Nissan-Renault, son épouse, la "persécution" de la justice japonaise.

Pendant près de trois heures, l'ancien patron de Renault-Nissan, qui fait l'objet de quatre inculpations au Japon notamment pour abus de confiance aggravé, a parlé sans relâche, souvent à toute allure, comme un homme trop longtemps contraint au silence après plus de quatre mois de détention.

"Je suis habitué à ce qu'on appelle 'les missions impossibles'", assène l'homme d'affaires de 65 ans, dont la fuite du Japon demeure encore en grande partie mystérieuse.


Il s'accorde seulement une courte pause avant de répondre aux questions, pour boire un peu d'eau, essuyer son visage en sueur, mais aussi serrer dans ses bras sa femme Carole, assise au premier rang. Lorsque des journalistes tentent de s'approcher du couple pour prendre des photos, son service de sécurité les repousse de manière musclée.

Dans son costume gris impeccablement taillé, il pointe souvent du doigt les documents, parfois illisibles, projetés derrière lui. Il lève les bras, exprime son indignation, sa stupeur avec force grimaces face au "complot" dont il se dit victime, lui qui aime le Japon et les Japonais, lui qui a redressé Nissan, plaide-t-il.

L'événement, minutieusement orchestré par son équipe de communication, finira par un flot de question, avec un M. Ghosn aux manettes qui donne la parole et répond en arabe, en anglais, en français et en portugais. Il se penche sur certaines accusations, dénonce une campagne visant à ternir son image, promet de laver son nom. Il donne des chiffres à la volée, parle de holding et de fusion Renault-Nissan, exhibe des factures pour des événements organisés à Versailles.

De son exfiltration mystérieuse, racontée dans les médias comme un film d'espionnage hollywoodien, il ne dira rien, pour protéger, dit-il, les personnes impliquées. Mais il s'épanche sur sa famille qui lui a manqué, et ses 130 jours de détention au Japon, entre son arrestation en novembre 2018 et sa libération sous caution en avril 2019. "C'est comme si j'étais mort", dit-il. "Placé en isolement, une cellule minuscule sans fenêtre (...) interrogé jour et nuit", raconte-t-il. "La douche c'est deux fois par semaine, j'ai essayé de demander plus, ils ont dit 'non'", assure l'homme d'affaires indigné, qui a été privé de tout contact avec son épouse Carole.

"Peut-être que pour de nombreuses personnes, ça n'aurait pas été une punition de ne pas voir leur femme", lance-t-il. "Mais pour moi ça l'était".

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