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Tensions entre les États-Unis et l'Iran : craignez-vous une guerre ?




Tensions entre les États-Unis et l'Iran : craignez-vous une guerre ?
Manifestation anti-guerre à Seattle, le 4 janvier 2020.

, publié le lundi 06 janvier 2020 à 07h00

L'Iran a sorti la carte du nucléaire dimanche face aux menaces du président américain Donald Trump de frapper 52 sites iraniens si la République islamique réagissait militairement pour "venger" la mort du puissant général Qassem Soleimani, tué en Irak par une frappe américaine.

Une marée humaine a défilé à Ahvaz (sud-ouest), Zanjan (nord-est) et Machhad (nord-est) où le cercueil de Soleimani est arrivé, au cri de "Mort à l'Amérique". Un mot d'ordre qui a aussi résonné dans l'enceinte du Parlement iranien et que son chef Ali Larijani a qualifié de "voix de la nation iranienne". Depuis l'assassinat dans un raid américain vendredi de Soleimani, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, et d'Abou Mehdi al-Mouhandis, l'homme de l'Iran en Irak et numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrés aux forces de sécurité, le monde entier redoute la déflagration.

Le Parlement irakien doit par ailleurs décider du sort des 5.200 soldats américains sur son sol que les factions pro-Iran, représentées au sein de l'Assemblée, se disent prêtes à attaquer, malgré les menaces de Washington.

L'Iran, qui a dit douter du "courage" des Américains à mettre leur menace à exécution, a répondu qu'il accélérait le processus pour réduire ses engagements internationaux en matière nucléaire "compte tenu de la situation" créée par la mort de Soleimani. Bruxelles a annoncé inviter le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, pour préserver les acquis de l'accord sur le nucléaire.



Mais l'escalade semble inarrêtable : d'un côté, Téhéran crie "vengeance" et brandit une réponse "militaire", de l'autre, Donald Trump menace de détruire 52 sites iraniens --autant que le nombre d'Américains otages pendant plus d'un an dans l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. Certains de ces sites "sont de très haut niveau et très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne", a souligné M. Trump. Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a prévenu que "viser des sites culturels est un crime de guerre".

"Guerre directe"

Samedi soir, à l'issue de défilés monstres dans plusieurs villes d'Irak pour les obsèques de Soleimani, des roquettes ont visé la Zone verte de Bagdad, où se trouve l'ambassade américaine déjà attaquée cette semaine, et une base aérienne abritant des soldats américains. Depuis plus de deux mois, des dizaines de roquettes se sont abattues sur des zones où se trouvent diplomates et militaires américains. Elles ont tué fin décembre un sous-traitant américain, dans ce que les experts qualifient de guerre par procuration entre l'Iran et les Etats-Unis sur le sol irakien.

Mais après la mort de Soleimani, "ce n'est plus une guerre par procuration, c'est une guerre directe", assure à l'AFP Erica Gaston, spécialiste de l'Iran à la New America Foundation. Et les pro-Iran n'agissent pas que sur le terrain militaire en Irak. Au Parlement, ils tentent d'obtenir ce qu'ils tentent régulièrement de réaliser: le départ des soldats américains du pays, probablement suivi par l'ensemble des troupes étrangères de la coalition antijihadistes emmenée par Washington.

Les 329 députés ne se sont toutefois pas présentés. Malgré les menaces des pro-Iran contre les "traîtres" qui ne voteront pas comme eux, la cinquantaine de députés kurdes n'était pas là, a constaté un correspondant de l'AFP. Les sunnites, comme eux, traînent des pieds pour tenter de sauvegarder une présence américaine qui contrebalance l'influence grandissante de l'Iran dans le pays. Faute de quorum, la cloche du Parlement sonne depuis plusieurs heures mais la séance n'a pas été ouverte.

"Si le Parlement ne prend pas la décision qu'il faut face aux agressions américaines contre la souveraineté (...) ses séances et ses décisions ne vaudront plus rien", a prévenu Qaïs al-Khazali, un des chefs du Hachd inscrit cette semaine sur la liste des "terroristes" de Washington.

"Des voyous"

Les Brigades du Hezbollah, la faction la plus radicale du Hachd, ont fixé leur propre échéance et appelé les soldats irakiens à s'éloigner "d'au moins 1.000 mètres" des sites où sont présents des soldats américains à partir de 14H00 GMT.
Une menace que le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a prise assez au sérieux pour dénoncer sur Twitter un appel lancé par "des voyous". Le Hachd a appelé ses combattants à se "tenir prêts", tandis que le leader chiite Moqtada Sadr, terreur des Américains durant l'occupation de l'Irak (2003-2011) a réactivé sa milice.

Samedi, les appels à la vengeance avaient fusé au milieu des drapeaux américains en feu dans des défilés de dizaines de milliers d'Iraniens en pleurs à Téhéran, ou d'Irakiens se frappant la poitrine à Bagdad, à Kerbala et à Najaf. En présence du Premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi et de commandants du Hachd, les cercueils des dix morts de vendredi ont été portés par des foules en Irak où l'assassinat a créé un consensus rare contre les Etats-Unis dans un pays secoué depuis des mois par une révolte notamment contre la mainmise de l'Iran.
 

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