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Retraites : le gouvernement doit-il revenir sur l'âge pivot ?




Retraites : le gouvernement doit-il revenir sur l'âge pivot ?
Edouard Philippe lors de la présentation du projet de réforme des retraites, le 11 décembre 2019.

, publié le vendredi 13 décembre 2019 à 07h00

Au lendemain de la présentation du projet de réforme des retraites qui a suscité l'ire du dirigeant de la CFDT, Laurent Berger, le Premier ministre a souhaité jeudi "reprendre rapidement le dialogue" avec les partenaires sociaux, tandis que la grève semblait partie pour durer dans les transports publics.

Édouard Philippe s'est engagé à appeler les partenaires sociaux dès jeudi après-midi afin de "voir avec eux comment reprendre rapidement le dialogue" sur la réforme des retraites. "J'ai noté ce matin la demande de certains partenaires sociaux et notamment de Laurent Berger qu'une réunion soit organisée à Matignon.

Je l'ai dit hier (mercredi, ndlr): ma porte est ouverte et ma main est tendue", a-t-il insisté sur Twitter.

Fin des régimes spéciaux, "âge d'équilibre" à 64 ans, entrée dans le système à points à partir de la génération née en 1975... M. Philippe avait détaillé mercredi le contenu du futur "système universel de retraite" par points, assurant que "tout le monde serait gagnant". Laurent Berger, favorable à un système universel par points mais fermement opposé à un allongement de la durée de cotisation via un "âge d'équilibre", avait immédiatement dénoncé le franchissement d'une "ligne rouge" et demandé au gouvernement de revenir sur ce point.



La CFDT, accompagnée de la CFTC et l'Unsa, elles aussi favorables à un régime universel, ont adressé jeudi au gouvernement une liste de sujets à leurs yeux "cruciaux", dont la pénibilité ou la retraite progressive. Tous trois ont appelé à rejoindre la mobilisation prévue dans la rue le 17 à l'initiative de la CGT, FO, la FSU et Solidaires ainsi que d'organisations de jeunesse. 

Jeudi, gouvernement et majorité ont multiplié les appels du pied pour que la CFDT accepte de reprendre la négociation. "Je suis prêt à discuter, évidemment qu'on va discuter", a répondu M. Berger. Mais, a-t-il averti, "vouloir être constructif, ça ne veut pas dire se laisser marcher dessus". Le gouvernement a "fait une proposition et maintenant il y a une concertation qui doit se faire", a déclaré Emmanuel Macron, interrogé par la presse avant le début d'un sommet européen à Bruxelles.

La mobilisation contre la réforme des retraites est entrée jeudi dans sa deuxième semaine et plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté partout en France. A Marseille, où les enseignants étaient en nombre, une pancarte affichait une photo de Maître Yoda, le vieux sage de Star Wars, avec le slogan: "enseigner jusqu'à 900 ans tu pourras".

Plusieurs milliers de personnes (3.700 selon la préfecture de police) ont aussi manifesté dans le calme à Paris, à la lumière des fumigènes roses des cheminots. Les manifestants étaient entre 3.000 et 9.000 à Lyon selon les sources, 2.000 à 6.000 à Bordeaux, entre 2.700 et 7.000 à Rouen... A Brest, sous une pluie battante, les manifestants scandaient: "le temps est pourri, la retraite à points aussi !". "Aujourd'hui c'est une manif pour montrer qu'on est toujours là et qu'on ne va pas permettre au gouvernement de continuer la casse sociale mais la prochaine grosse mobilisation, c'est mardi", avertissait à Montpellier Raoul, 37 ans, enseignant en lycée. 

Mercredi, Édouard Philippe a affirmé que "la loi prévoira une règle d'or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser". Pour le Premier ministre, "les garanties données" justifient que la grève, "qui pénalise des millions de Français, s'arrête".

Au-delà de la SNCF et de la RATP, qui restent largement mobilisées, le mécontentement reste cependant large. Le Conseil des barreaux votera des actions vendredi. Jeudi, les zones industrielle et portuaire du Havre ont été bloquées, tout comme les entrées du Grand Port maritime de Marseille, par des manifestants mobilisés à l'appel de la CGT. Des dockers ont également organisé des blocages au port de La Rochelle ou à Rouen. Des coupures de courant ont touché plusieurs villes. Des baisses de production ont été organisées dans le nucléaire et des arrêts de centrales hydro-électriques et thermiques, selon la CGT Énergie. La direction d'EDF faisait part de 11% de grévistes en fin de journée, contre 26,9% le 10.

Les Français continuent de soutenir le mouvement de grève,  selon un sondage Harris Interactive pour RTL, 59% la soutiennent et 33% s'y opposent. 

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