La question du jour :

Réforme des retraites : craignez-vous que la grève se prolonge ?




Réforme des retraites : craignez-vous que la grève se prolonge ?
Des voyageurs regardent les trains disponibles le 8 décembre 2019, au 4e jour de grève contre la réforme des retraites.

, publié le mardi 10 décembre 2019 à 07h00

La grève contre la réforme des retraites se poursuit dans les transports publics mardi 10 décembre, à l'occasion de la deuxième journée de mobilisation prévue par l'intersyndicale CGT-FO-Solidaires-FSU et quatre organisations de jeunesse. Des manifestations sont prévues dans plusieurs villes de France. 

Métros et RER bondés, quais noirs de monde, centaines de kilomètres de bouchons en Île-de-France... La situation de lundi devrait se reproduire mardi pour la sixième journée consécutive de grève. À la SNCF, seulement 20% des TGV et des Transilien (RER SNCF et trains de la banlieue parisienne) pourront circuler, a indiqué la direction.

À la RATP, où 10 lignes de métro seront closes mardi, les assemblées générales de salariés ont voté la poursuite de la grève au moins jusqu'à mercredi, et parfois jusqu'à vendredi. "La semaine est morte", résume Thierry Babec, secrétaire général de l'Unsa RATP (1er syndicat de la régie). Mardi, quelque 25% des vols intérieurs et 10% des moyens courriers d'Air France seront annulés, alors que la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies aériennes de réduire leur programme de vol.



L'agacement gagnait les usagers des transports publics, même si, selon un sondage Harris Interactive/RTL publié lundi, 68% des Français déclarent soutenir la grève. "C'est trop, ils abusent. Les retraites, il y a quand même des choses à faire. Il n'y a pas la même pénibilité qu'autrefois", s'agaçait Brigitte Lefebvre, retraitée rencontrée dans la matinée gare Saint-Lazare. 

La nouvelle journée d'action interprofessionnelle de mardi, qui devrait entraîner des perturbations dans de nombreux secteurs, notamment dans les écoles mais aussi dans les ports et docks par exemple, s'accompagnera à nouveau de manifestations partout en France. Cette deuxième journée sera "une grosse vague", a prédit le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. 

Sous pression après une première journée de mobilisation, le 5, qui a jeté dans la rue plus de 800.000 manifestants, l'exécutif doit lever le voile sur une réforme des retraites encore floue. Le gouvernement défend un "système universel" par points censé remplacer à partir de 2025, ou un peu plus tard, les 42 régimes existants et être "plus juste", quand ses opposants redoutent une "précarisation" des pensionnés.

Le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye, après avoir reçu les partenaires sociaux lundi avec la ministre des Solidarités Agnès Buzyn, a "tiré les conclusions" de la concertation relancée en septembre. Listant les points d'accord et de désaccord, il a estimé que le "statu quo" n'était "pas tenable".

Les attentes se portent sur mercredi, lorsque le Premier ministre présentera "l'intégralité du projet" de réforme. Le Medef a d'ailleurs reproché lundi au gouvernement son "manque de clarté", conduisant selon son porte-parole Fabrice Le Saché à "mobiliser les gens, parce qu'ils ne savent pas". Dans une tribune au Monde, des économistes proches de Macron ont également appelé à davantage de "clarté".

Seront guettés les gestes susceptibles de faire bouger certains syndicats : décalage de l'entrée en vigueur de la réforme et périodes de transition pour les régimes spéciaux; revalorisation des carrières de la fonction publique, notamment des enseignants qui craignent que leurs pensions baissent; absence de mesures budgétaires immédiates; élargissement de la pénibilité; modalités de conversion des droits acquis en points; place des partenaires sociaux dans le nouveau système; etc. 

Emmanuel Macron et Édouard Philippe, qui ont déjà consulté tout le weekend, recevront les ministres les plus concernés par la réforme et les dirigeants de la majorité à un dîner de "calage" mardi. Le gouvernement est "déterminé" à mener cette réforme, a affirmé le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, lors d'une rencontre imprévue avec des cheminots grévistes en gare du Nord.

Mais le "souhait" de Philippe Martinez (CGT), c'est le retrait pur et simple du projet, et "que le Premier ministre dise mercredi 'on s'est trompés'". Favorable à un régime par points, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, qui exhorte le gouvernement à sortir de l'ambiguïté, est muet depuis le début de la grève. Il ne devrait s'exprimer qu'à l'issue des annonces du Premier ministre, mercredi.

La CGT est "déjà en réflexion" pour une nouvelle journée de mobilisation jeudi, selon Laurent Brun, numéro un de la CGT-Cheminots. Une intersyndicale est programmée mardi soir à l'issue de la manifestation parisienne prévue entre Invalides et Denfert-Rochereau.

Le gouvernement est aussi confronté à un risque d'élargissement de la contestation sur d'autres fronts, les internes en médecine étant par exemple appelés à une grève illimitée à partir de mardi pour dénoncer la "dégradation des soins", et les généralistes à fermer leurs cabinets samedi. Sans compter que quatre syndicats du transport routier et de la logistique ont appelé à la grève le 16 pour de meilleures conditions de travail.

Dans ce contexte, Philippe Martinez a trouvé "gênant" que M. Delevoye n'ait pas déclaré sa fonction d'administrateur bénévole de l'Institut de formation de la profession de l'assurance (Ifpass) dans sa déclaration d'intérêts à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, comme l'a révélé Le Parisien lundi. Une "erreur" et "une omission par oubli", a réagi M. Delevoye qui a démissionné de cette fonction en milieu de matinée.
 

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