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Ford-Blanquefort : faut-il nationaliser temporairement ?




Ford-Blanquefort : faut-il nationaliser temporairement ?
La nationalisation temporaire serait le moyen de sauver le site de Ford-Blanquefort, selon Benoît Hamon (illustration).

, publié le mardi 05 mars 2019 à 07h00

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire avait brièvement avancé cette hypothèse de nationalisation temporaire en décembre mais l'avait ensuite écartée.

La nationalisation temporaire serait le moyen de sauver le site de Ford-Blanquefort et d'orienter le programme industriel de l'usine dans la bonne direction. Mais le gouvernement s'y refuse pour des raisons idéologiques.

C'est l'analyse du fondateur de Génération.s, Benoît Hamon. Il s'est rendu sur place lundi 4 mars, alors que le site est sur le point de fermer.

Avec "la nationalisation temporaire, on pourrait orienter le programme industriel de ce site vers les grands enjeux sur lesquels les constructeurs automobiles français se sont engagés avec l'État, à savoir ceux de la transition écologique et des véhicules propres", a affirmé M. Hamon devant cette usine qui fabrique des boîtes de vitesse. Mais "le gouvernement, idéologiquement, ne veut pas saisir cette solution", a-t-il déploré, après une réunion avec des salariés et des syndicalistes, dont un autre ex-candidat à l'élection présidentielle, Philippe Poutou, délégué CGT. "Beaucoup d'autres états ont décidé de le faire, l'Allemagne, l'Italie, les États-Unis. Il n'y a que la France qui s'interdit cela".

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire avait brièvement avancé cette hypothèse de nationalisation temporaire en décembre mais l'a ensuite écartée. "Est-ce que l'État a vocation à produire des boîtes de vitesse ?", disait-il la semaine dernière. "J'observe qu'avec la Caisse des Dépôts, l'État est présent au capital de Danone. On fait bien des yaourts, donc on peut bien faire des boîtes de vitesse !", a rétorqué lundi M. Hamon, qui a également rebondi sur une déclaration d'Emmanuel Macron qui avait évoqué vendredi à Bordeaux le sort des "anciens salariés de Ford".


Pour le leader de Génération.s, "on assiste à Blanquefort à ce qui peut être le premier domino d'une catastrophe dans l'industrie automobile. Si ce domino tombe, beaucoup d'autres tomberont. Pourquoi ? Parce qu'on aura refusé d'imaginer de quelle manière l'État peut piloter l'avenir de cette industrie en lien avec la transition écologique et la voiture propre".

"C'est une question de volonté politique. Il faut que l'État agisse au lieu de se plaindre de la méchanceté de Ford", a de son côté jugé Philippe Poutou. M. Macron s'était plaint la semaine dernière du "cynisme" de Ford dans ce dossier.

Le plan social lancé

Le Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) est désormais ouvert à partir de mardi, après homologation par la Direction du Travail (Direccte), a annoncé dans la nuit Ford-France. Le constructeur a salué une "étape importante franchie", qui permet de "lever une partie des incertitudes qui pesaient sur nos employés quant à leur avenir".

Concrètement, et même si plusieurs centaines de rendez-vous ont déjà eu lieu pour des salariés de Ford-Blanquefort avec un cabinet de ressources humaines en vue de leur reclassement, ou de déterminer leur éligibilité aux préretraites, le feu vert de l'administration devrait voir ce processus s'accélérer, désormais officiellement. Aux termes du PSE, dont une première mouture avait été retoquée fin janvier, entre 300 et 400 salariés selon des sources syndicales pourraient être éligibles à la pré-retraite, dans une usine à la moyenne d'âge de 51 ans, quelques dizaines d'autres reclassés dans l'usine voisine GTF, co-détenue par Ford et le canadien Magna. Le reste, environ 400 à 500 salariés, devraient être licenciés avec, selon les syndicats, 2 à 3 ans couverts entre accompagnement du reclassement, et chômage. Mais pour ceux d'entre eux les moins reclassables et encore loin de la retraite, "le risque de la précarité" est au bout de ce délai, selon la CGT.

Le PSE, selon des sources proches du dossier, porterait sur une moyenne de 190.000 euros par salarié. Un chiffre contesté par les syndicats, pour lesquels ce "budget" moyen par salarié masque en outre de fortes disparités de situation.Ford a pour sa part salué mardi un plan social "très complet" qui comprend "à la fois, un plan reclassement et de retraite anticipée" et "des mesures visant à aider les salariés à retrouver un emploi salarié, à créer leur propre entreprise ou encore à bénéficier de formations de reconversion".
 

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