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La France doit-elle rapatrier ses jihadistes ?




La France doit-elle rapatrier ses jihadistes ?
Le logo du groupe jihadiste État islamique (EI) sur un mur en Irak, le 1er mars 2017 (photo d'illustration).

publié le vendredi 01 février 2019 à 07h00

Après l'annonce du retrait militaire américain de Syrie, Paris étudie "toutes les options" concernant les jihadistes français, y compris un retour dans l'Hexagone,  confirme le ministère des Affaires étrangères. Plusieurs voix de la droite sont contre ce rapatriement envisagé. 

Selon des sources françaises concordantes, environ 130 ressortissants français - une cinquantaine d'adultes et des dizaines d'enfants - sont détenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement kurdes.

La France, opposée jusqu'ici au retour des jihadistes détenus par les Kurdes en Syrie, n'exclut plus leur rapatriement pour éviter qu'ils ne s'évanouissent dans la nature à la faveur du retrait américain. "Ces personnes, enfants ou adultes, dès qu'elles arriveront en France feront l'objet d'une prise en charge par un juge, un juge des enfants ou bien, pour les adultes, elles seront placées en garde à vue et peut-être mises en examen", selon la ministre de la Justice Nicole Belloubet, qu rappelle que "le fait de s'être rendu sur un terrain de combat peut être qualifié d'association de malfaiteur terroriste", et que "plusieurs prisons en France sont en capacité d'accueillir ce type de détenus".

Les rapatrier pour se mettre à l'abri ? 

Avec ce retrait, les zones kurdes pourraient être la cible d'une offensive turque, ou revenir dans le giron de Damas, ce qui laisse craindre la fuite d'un millier de jihadistes étrangers vers l'Europe ou d'autres théâtres. "Nous étudions plusieurs options. La situation nouvelle liée notamment au retrait américain a bouleversé la donne et nous nous préparons à un éventuel retour des Français qui sont actuellement dans le nord de la Syrie", insiste la ministre de la Justice. "Si des Français détenus par les Kurdes devaient être remis en liberté, expulsés, je crois que nous avons collectivement plutôt intérêt à nous assurer de ce qu'ils deviennent plutôt que de les laisser libres sans savoir où ils sont", estime-t-elle. 

Mercredi sur France Inter, Édouard Philippe a également plaidé pour que les jihadistes français soient punis en France. "S'ils sont expulsés, je préfère qu'ils soient jugés et condamnés sévèrement en France, plutôt qu'ils se dispersent dans la nature pour fomenter d'autres actions, y compris contre notre pays". 



Un possible retour qui fâche à droite

Plusieurs responsables politiques de droite ont dénoncé cet éventuel retour. La députée et secrétaire générale adjointe des Républicains (LR) Valérie Boyer a demandé, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, d'"empêcher que ces jihadistes qui ont trahi la France et combattu notre civilisation ne reviennent (...) en France". "S'ils posaient le pied en France, ils seraient immédiatement arrêtés et ils seront jugés", lui a répondu le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Interrogé sur LCP, le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont, a déclaré : "Il y a un choix juridique d'intelligence avec l'ennemi, en leur retirant la nationalité française. Il y a un autre choix, l'élimination de ces personnes". "Ce sont des éliminations ciblées pratiquées déjà par différents services (de renseignement) en Syrie, en Irak (...) c'est-à-dire tuer des personnes qui ont pris des armes contre la France, la France ne doit jamais les réaccueillir", a-t-il précisé. "On les tue sur place, des assassinats ciblés, ça a toujours été fait", a-t-il soutenu.

L'eurodéputé du Rassemblement national (RN) Nicolas Bay, également membre du bureau exécutif du parti, a pour sa part jugé dans un communiqué que "par leur engagement aux côtés de groupes ayant déclaré la guerre à notre pays, ayant commis des attentats ignobles sur notre territoire, ces jihadistes ont délibérément choisi de rompre avec la France et rien ne justifie qu'elle leur accorde une quelconque protection". "Plutôt que de préparer leur retour, le gouvernement devrait tout faire pour les empêcher de revenir sur le territoire ! Ils doivent être jugés par les autorités compétentes syriennes et irakiennes", a ajouté le responsable du RN. "Ce sont des jihadistes, ils ne devraient donc plus être français", avait tweeté un peu plus tôt la numéro un du parti Marine Le Pen, réagissant à des propos sur BFMTV du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, pour qui "ce sont des Français avant d'être des jihadistes".


Pour le président de Debout la France (DLF), Nicolas Dupont-Aignan, "la seule sentence pour ces individus doit être le bannissement sur un lieu isolé comme les Îles Kerguelen", "encadré par la justice". "A ce titre, tous les individus en cause, par le seul fait de s'être volontairement rendus en Syrie pour servir l'État islamique, devraient être condamnés pour trahison et intelligence avec l'ennemi".

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