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Renault : Carlos Ghosn devrait-il être démis de ses fonctions ?




Renault : Carlos Ghosn devrait-il être démis de ses fonctions ?
Le portrait de Carlos Ghosn diffusé à la télévision japonaise le 20 novembre 2018 à Tokyo.
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, publié le mercredi 21 novembre 2018 à 07h00

Lors d'un conseil d'administration mardi soir, Carlos Ghosn n'a pas été destitué de ses fonctions de PDG du groupe français. Un nouveau président par intérim a toutefois été nommé.

Le conseil d'administration de Renault s'est retrouvé mardi 20 novembre dans la soirée pour mettre en place une gouvernance intérimaire, alors que le PDG, Carlos Ghosn, a passé une deuxième journée en garde à vue au Japon sur des soupçons de malversations, une chute brutale suscitant des interrogations sur l'avenir de l'empire automobile qu'il a construit avec Nissan et Mitsubishi Motors.

Carlos Ghosn, "temporairement empêché, demeure président-directeur général" de Renault, a souligné dans un communiqué le constructeur automobile français à l'issue de la réunion extraordinaire. Thierry Bolloré assurera la direction exécutive du groupe et disposera des "mêmes pouvoirs" que Carlos Ghosn.

Plus tôt dans la journée, le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire, avait demandé à Renault, dont l'État détient 15%, de mettre immédiatement en place cet intérim puisque "M. Ghosn est aujourd'hui empêché de diriger l'entreprise".

Carlos Ghosn, lâché de toutes parts

Le conseil d'administration de Nissan se prononcera, lui, sur le limogeage de son président jeudi matin. Mitsubishi Motors (MMC) entend également le "démettre rapidement". Lâché de toutes parts, Carlos Ghosn, considéré à 64 ans comme un des plus puissants capitaines d'industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été arrêté lundi en descendant de son jet privé.



Le parquet japonais reproche au Franco-libano-brésilien d'avoir "conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015", en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d'euros) contre près de 10 milliards de yens sur la période. Dans une conférence de presse d'une brutalité hors du commun, le président exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, a également mentionné lundi "de nombreuses autres malversations, telles que l'utilisation de biens de l'entreprise à des fins personnelles", qui auraient été découvertes après plusieurs mois d'enquête interne. Carlos Ghosn aurait en outre, selon la chaîne publique NHK, empoché des sommes déclarées au nom d'autres administrateurs.

Des employés inquiets

Carlos Ghosn touchait quelque 15 millions d'euros par an au titre de ses diverses fonctions, un montant particulièrement élevé pour un industriel européen ou japonais, bien que très éloigné des faramineux salaires versés par exemple dans la finance aux États-Unis.

Au-delà du sort personnel de Carlos Ghosn, c'est toute l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il orchestrait le fragile équilibre, qui tangue à la suite de ce coup de tonnerre. Les gouvernements français et japonais ont réaffirmé mardi dans un communiqué commun leur "important soutien" à l'alliance entre les constructeurs Renault et Nissan.

Les déboires judiciaires de Carlos Ghosn ont néanmoins suscité l'inquiétude d'employés à l'usine de Flins (Yvelines), dont la moitié de la production est constituée de Nissan, témoin de l'étroite imbrication des deux entreprises.

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