La question du jour:

Reconnaissance des harkis : la France doit-elle faire plus ?




Reconnaissance des harkis : la France doit-elle faire plus ?
Une banderole lors d'une manifestation le 19 mars 2016 à Rivesaltes.

Orange avec AFP, publié le mardi 21 août 2018 à 07h00

Les associations de harkis veulent une loi de reconnaissance de leur sort, mais elle leur est "refusée pour ne pas envenimer les relations diplomatiques entre l'Algérie et la France".

Les harkis sont-ils assez reconnus par la France ? Ont-ils reçu une "réparation adaptée" aux souffrance endurées ? Le gouvernement va dévoiler fin septembre une série de mesures pour ces supplétifs algériens de l'armée française pendant la guerre d'Algérie -1954-1962). L'enseignement du conflit à l'école et la reconnaissance du sort des harkis par le Parlement sont envisagés, ainsi qu'une enveloppe de 40 millions d'euros.

Des mesures qui ne suffisent pas, pour les associations.

Dans un rapport de 180 pages, remis le 10 juillet au gouvernement, un groupe de travail sur les harkis avait émis 56 propositions visant à la "préservation de la mémoire" des harkis et permettant une "réparation adaptée" pour les souffrances endurées. Parmi elles : la création d'un "fonds de réparation et de solidarité" doté de 40 millions d'euros pour ces anciens soldats algériens et leurs enfants ou l'enseignement obligatoire de la guerre d'Algérie au collège et au lycée. "Cela fait partie des moments difficiles de son pays qu'il faut connaître", a expliqué la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq au Journal du dimanche. "Ça ne dépend pas de moi, c'est à travailler avec le ministre de l'Éducation nationale", Jean-Michel Blanquer.


La secrétaire d'État a expliqué que le dossier "tient à cœur" à Emmanuel Macron et au gouvernement. Lors de la campagne présidentielle, le chef de l'État avait reçu des associations harkies à son QG de campagne après la controverse déclenchée en février 2017 par ses propos en Algérie sur la colonisation "crime contre l'humanité".

La communauté harkie réclame depuis longtemps la reconnaissance de son histoire. L'armée française a recruté jusqu'à 150.000 Algériens comme auxiliaires durant la guerre d'Algérie. À la fin de la guerre, 90.000 personnes, harkis et leurs familles, ont été admis en France dans des conditions précaires - camps, hameaux de forestage et cités urbaines - sans réelles perspectives d'intégration pour eux-mêmes et leurs enfants. Les autres - entre 55.000 et 75.000 harkis, selon les historiens - ont été abandonnés en Algérie et victimes de sanglantes représailles de la part des nationalistes qui les considéraient comme des traîtres.

En France, les harkis se sont vu reconnaître le statut d'ancien combattant - ouvrant droit à une retraite - en 1974 et 13.000 d'entre eux ont bénéficié d'allocations spécifiques au titre de trois lois (1987, 1994 et 2005). Des mesures d'accompagnement (emploi, formation..) ont aussi été mises en place pour la deuxième génération mais le bilan est "globalement ressenti comme peu satisfaisant", relève le rapport remis au gouvernement.

Avant même la remise du rapport au gouvernement, le Comité national de liaison des harkis (CNLH) avait jugé ses propositions "inacceptables". Principal objet de discorde : le montant du fonds de réparation. Les associations demandent entre 4 et 35 milliards d'euros. Une fourchette assez large mais bien supérieure aux 40 millions d'euros avancés par le groupe de travail. "Nous ne voulons pas d'aides sociales. Ce sont des mesurettes", avait lancé l'un des quatre représentants du Comité, Mohamed Badi, le 25 juin.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU