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Biodiversité : le plan de Nicolas Hulot est-il suffisant ?




Biodiversité : le plan de Nicolas Hulot est-il suffisant ?
Édouard Philippe et Nicolas Hulot à Paris, le 4 juillet 2018
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, publié le jeudi 05 juillet 2018 à 07h00

Les associations de protection de l'environnement saluent l'ambition du plan, mais déplorent le manque de moyens.

Pour beaucoup, Nicolas Hulot va de renoncements en déceptions au gouvernement. Alors, avec le plan biodiversité, présenté mercredi 4 juillet par le gouvernement, le ministre de la Transition écologique a l'occasion de faire entendre sa voix.

Mais, si les objectifs sont ambitieux, les associations de protection de l'environnement déplorent déjà le manque de moyens alloués.

"Non, tout le monde ne s'en fiche pas, et certainement pas ce gouvernement", a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe, en référence au cri de détresse de Nicolas Hulot qui avait en mars lancé devant les députés : la biodiversité, "tout le monde s'en fiche". "Nous sommes bien décidés à prendre cet enjeu à bras le corps" et "nous avons la possibilité de faire une différence", a-t-il assuré aux côtés de son ministre de la Transition écologique.



Au cœur de la centaine de mesures, à l'esprit plus incitatif que contraignant, figurent la gestion des plastiques, la réduction de l'artificialisation des sols, le rôle des agriculteurs. Alors que la France perd l'équivalent d'un département comme la Loire-Atlantique tous les dix ans en espaces naturels et agricoles, le gouvernement se fixe l'objectif de zéro artificialisation nette. Ce qui veut dire compenser chaque surface bétonnée ou goudronnée par la même superficie rendue à la nature ailleurs. Mais l'échéance pour cet objectif doit encore être discutée, avec les collectivités locales notamment.

Le gouvernement va aussi débloquer 150 millions d'euros d'ici 2021 pour "rémunérer" les agriculteurs agissant pour restaurer les milieux: haies, mares... Pour les océans, le plan prévoit de "supprimer progressivement" les produits en plastique à usage unique trouvés le plus fréquemment sur les plages. L'interdiction des sacs en plastique ou des cotons-tiges est déjà décidée, celle des pailles ou des touillettes votée par le Sénat sera soutenue par le gouvernement. 



Nicolas Hulot veut agir avec la biodiversité comme avec le climat: mobiliser toutes les strates de la société, citoyens, élus, entreprises. La défense de la faune et de la flore passera par la création ou l'extension de 20 réserves nationales d'ici la fin du quinquennat, financées par le gouvernement. Autre mesure, un plan, dès cette année, pour protéger les cétacés du risque d'échouage ou de capture accidentelle.

"PAS DE VOLONTÉ DE METTRE LES MOYENS"

Au total, le gouvernement chiffre à 600 millions d'euros sur quatre ans les crédits "supplémentaires" pour financer ce plan, dont 250 millions pour un vaste champ allant de la restauration des milieux au développement de la nature en ville, en passant par la lutte contre le plastique. Mais certaines de ces sommes étaient déjà connues. "On va gratter 100 millions ici, 30 millions là... On voit bien qu'il n'y a pas de volonté de mettre les moyens", déplore le président de la Ligue pour la protection des oiseaux Allain Bougrain-Dubourg, assurant ne pas voir "d'initiatives nouvelles".

Même regret côté financement pour le directeur de WWF France Pascal Canfin, qui souligne que ce plan constitue "une avancée, un accélérateur". "On franchit une étape importante avec ce plan, celle de mettre (enfin) la biodiversité au cœur des ambitions de la transition écologique (...) Reste à se donner les moyens des ambitions", a également commenté Sandrine Belier, de Humanité et Biodiversité.

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