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Loi "fake news" : faut-il craindre un "outil de censure" ?




Loi "fake news" : faut-il craindre un "outil de censure" ?
"La manipulation de l'information est un poison lent qui abîme notre vie démocratique". (Photo d'illustration)

Orange avec AFP, publié le vendredi 08 juin 2018 à 07h00

Marine Le Pen juge "liberticide" la proposition de loi LREM contre les "fake news" (fausses informations) qui sera débattue à l'Assemblée nationale jeudi et pourrait, selon elle, devenir un "outil de censure".


Lutte contre un "fléau" démocratique ou risque de "censure" ? Les députés ont commencé à débattre, jeudi 7 juin en fin d'après-midi, de deux textes LREM controversés contre "la manipulation de l'information" en période électorale, voulus par Emmanuel Macron.

"La manipulation de l'information est un poison lent qui abîme notre vie démocratique. L'attitude liberticide, face aux dangers actuels, c'est la passivité", a défendu la ministre de la Culture Françoise Nyssen.

Ces deux propositions de loi - l'une ordinaire, l'autre organique pour la présidentielle - visent à permettre à un candidat ou parti de saisir le juge des référés pour faire cesser la diffusion de "fausses informations" durant les trois mois précédant celui d'un scrutin national. Et elles imposent aux plateformes des obligations de transparence lorsqu'elles diffusent des contenus contre rémunération.

Le texte "ne cible pas les auteurs des contenus, très souvent anonymes d'ailleurs, mais ceux qui les diffusent et qui en tirent profit (...) principalement les plateformes numériques", dont le "modèle contribue à une gigantesque économie de la manipulation", a assuré la ministre.

 

Au coeur du débat : la volonté de définir une "fausse information", dénoncée par la droite et la gauche comme un risque "d'atteinte à la liberté d'expression". Trois motions LFI et une LR ont ainsi été défendues, et rejetées.

"L'enfer pavé de bonnes intentions"

Constance Le Grip (Les Républicains) a jugé "l'enfer pavé de bonnes intentions", évoquant "le risque de voir des allégations qualifiées de "fake news" par le juge, finalement fondées quelques jours plus tard".

"Depuis toujours, c'est une grande dispute que celle des apparences et de la vérité", a lancé pour sa part Jean-Luc Mélenchon, convoquant Socrate, Platon mais aussi Camus ou Garcia Marquez.  

Sur Twitter, Marine Le Pen a, elle, ciblé Françoise Nyssen, jugeant que cette "ministre de l'ORTF (...) vient de livrer un réquisitoire contre la liberté d'opinion qui fait froid dans le dos". Selon elle, cette loi pourrait devenir un "outil de censure" estimant que "d'une lutte de bonne foi contre la véritable désinformation, dont peuvent se rendre coupables les médias même les plus présentables, à une censure indirecte, il n'y a qu'un pas qui semble ici allègrement franchi".



Des syndicats de journalistes et des médias, comme Le Monde et L'Opinion en Une jeudi, ont dénoncé une loi "inutile" ou "potentiellement dangereuse", avec le risque également d'un effet pervers, légitimer une fausse information si le juge n'a pas les éléments pour l'interdire.

Avant de prendre des mesures "proportionnées et nécessaires", comme le blocage du site, le juge des référés devra apprécier, sous 48 heures, si ces fausses informations sont diffusées "de manière artificielle ou automatisée" et "massive".

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