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Mamoudou Gassama naturalisé : Macron a-t-il bien fait ?




Mamoudou Gassama naturalisé : Macron a-t-il bien fait ?
Emmanuel Macron et Mamoudou Gassama, le 28 mai 2018 à l'Élysée.

Orange avec AFP, publié le mardi 29 mai 2018 à 07h00

"Reconnaissance" envers un "héros" ou "hypocrisie" politique ? Emmanuel Macron a promis lundi au sans-papier Malien Mamoudou Gassama de lui accorder la nationalité française après son acte "héroïque" pour sauver un enfant samedi à Paris. Une décision perçue comme "une récupération politique" masquant mal "la dureté" de la politique migratoire du gouvernement pour les associations d'aide aux migrants.

Mamoudou Gassama, sans-papiers arrivé en France en septembre, s'est vu promettre une naturalisation express par le chef de l'État lors d'une rencontre lundi à l'Élysée.

Le jeune homme de 22 ans avait escaladé samedi la façade d'un immeuble parisien pour sauver un enfant de 4 ans suspendu à un balcon.

"On a un sentiment général de récupération politique éhontée"

Si les associations se félicitent de l'avenir qui s'éclaircit désormais pour le jeune homme, elles n'en oublient pas pour autant le tour de vis initié sur l'immigration par le chef de l'État, qui avait fixé le cap dès septembre en estimant que "nous reconduisons beaucoup trop peu".

"On a un sentiment général de récupération politique éhontée" et "d'utilisation d'un fait divers pour faire de la communication et de l'affichage", a affirmé à l'AFP Jean-Claude Mas, le secrétaire général de la Cimade.



"C'est une façon de donner le change et des gages, pour compenser une politique endurcie sur le contrôle, le tri et la reconduite à la frontière", estime Jean-Claude Mas. Mais "cela pose beaucoup de questions quand on sait ce que fait ce gouvernement", a-t-il ajouté, rappelant le sort des sans-papiers "pourchassés, maintenus dans la précarité, non-reconnus dans leurs droits".

En octobre, Emmanuel Macron avait souhaité "que nous reconduisions de manière intraitable celles et ceux qui n'ont pas de titre" de séjour -- ce qui englobe potentiellement un public très large, le nombre de sans-papiers ayant récemment été estimé à 300.000 par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

"Une part d'hypocrisie ou de cynisme"

Or ces sans-papiers, rappellent les associations, jouent un rôle crucial dans des secteurs comme l'hôtellerie ou le bâtiment notamment -- Mamoudou Gassama travaillait d'ailleurs "au noir dans le bâtiment", selon son frère.

Aussi dans le geste du chef de l'État y a-t-il "une part d'hypocrisie ou de cynisme", a réagi Claire Rodier du Gisti (Groupe d'information et de soutien des immigrés), en dénonçant "le contraste" avec une "politique répressive" qui "broie des dizaines de milliers de personnes".

L'acte de bravoure du jeune Malien intervient quelques jours avant la présentation mercredi en Commission des lois du Sénat du projet de loi sur l'asile et l'immigration, très contesté par les associations pour le durcissement de l'accès à la procédure d'asile et l'allongement de la rétention. Le texte avait donné lieu à des débats homériques à l'Assemblée.

"'Com' à l'état pur"

Lors de sa rencontre avec le jeune homme, visiblement dépassé par le tourbillon politique et médiatique suscité par son geste, Emmanuel Macron a affirmé: "Vous êtes devenu un exemple car des millions de gens vous ont vu. C'est normal que la nation soit reconnaissante". Mais il s'agit là d'une "décision exceptionnelle", a-t-il prévenu.

L'exécutif "achète à bon compte une image de bienveillance", s'agace Claire Rodier. Les critiques étaient également présentes sur les réseaux sociaux, le mouvement Génération.s de Benoît Hamon parlant de "sommet d'hypocrisie" tandis que la sénatrice écologiste Esther Benbassa parlait de "'com'' à l'état pur".

Cette mise en valeur d'un migrant, passé par la Libye et l'Italie, contribuera-t-elle à apaiser le débat sur ce sujet qui fait l'objet de nombreuses crispations ? Claire Rodier rappelle que "ce n'est pas la première fois" que l'on assiste à ce genre d'histoires "qui se décline avec des variantes".

En janvier 2015, Lassana Bathily, un demandeur d'asile malien, avait été naturalisé pour son rôle clé auprès des forces de l'ordre lors de la prise d'otage jihadiste de l'HyperCacher. Deux mois plus tard Armando Curri, un Albanais de 19 ans désigné meilleur apprenti menuisier de France, avait été régularisé in extremis pour aller chercher sa décoration au Sénat. "A chaque fois, cela n'a pas déclenché un processus changeant le regard sur les sans-papiers", ajoute la responsable du Gisti.

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