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La défense de Nicolas Sarkozy vous a-t-elle convaincu ?




La défense de Nicolas Sarkozy vous a-t-elle convaincu ?
L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, sur le plateau du 20 Heures de TF1 jeudi 22 mars.
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Orange avec AFP, publié le vendredi 23 mars 2018 à 07h00

Nicolas Sarkozy a promis jeudi soir sur TF1 de "faire triompher (son) honneur", victime de "l'ignominie" de la "bande de Kadhafi" et de Mediapart, au lendemain de sa mise en examen dans l'enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007.

"Je dois aux Français la vérité : je n'ai jamais trahi leur confiance", a déclaré l'ancien président de la République sur le plateau du journal télévisé de 20h de TF1. "Ulcéré", il en a profité pour témoigner de "la profondeur de (son) indignation".

"Je suis accusé par des proches d'un dictateur" dont "nous avons détruit le régime de terreur" en 2011, a-t-il lancé. Selon lui, "il n'y a pas le plus petit élément, il n'y a pas le moindre élément d'une preuve" contre lui dans ce dossier.



Il n'a pas eu de mots assez durs pour les "monstruosités" proférées par Kadhafi et "sa bande", "des assassins, des criminels, des délinquants", pour le "sinistre" intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine - qu'il a cependant indiqué avoir rencontré deux fois - ainsi que pour le site d'informations Mediapart et son patron Edwy Plenel. "Je pourfendrai cette bande, je ferai triompher mon honneur", même si cela doit prendre "un an, cinq ans, dix ans".

"J'ai été interrogé sur 38 000 euros (...) pas sur 50 millions", a-t-il également précisé, remettant en cause les chiffres "ubuesques" avancés par les proches de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi et Mediapart. L'ex-président a également tendu sur le plateau un procès verbal de synthèse, expliquant qu'"il existe une forte probabilité que le document produit par Mediapart soit un faux".

Le site d'information dirigé par Edwy Plenel avait publié entre les deux tours de la présidentielle de 2012 un document libyen accréditant un financement d'environ 50 millions d'euros, dont Nicolas Sarkozy et ses soutiens ont constamment affirmé qu'il s'agissait d'un faux.

"La politique, c'est fini"

"Je suis blessé au plus profond de moi-même, pas pour moi, mais pour mon pays. On n'a pas le droit de jeter des gens dans la boue parce que des assassins l'ont voulu. Je ne peux pas laisser faire ça (...) C'est la France, c'est la fonction" de chef de l'État qui est attaquée, a-t-il également lancé.

"La politique, c'est fini", a par ailleurs ajouté l'ancien président de la République, s'exprimant pour la première fois de manière aussi catégorique sur le sujet, depuis son échec à la primaire de la droite fin 2016. Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens" dans cette enquête ouverte en 2013.



Devant le magistrat instructeur Serge Tournaire, au terme de deux jours de garde à vue, l'ancien président avait vainement plaidé pour être placé sous le statut de témoin assisté, jugeant que les "indices graves et concordants (...) n'existaient pas".

Dans le cadre de son contrôle judiciaire, il n'a pas le droit de rencontrer neuf protagonistes de cette affaire dont deux très proches, ses anciens ministres Claude Guéant et Brice Hortefeux. Il ne peut non plus se rendre en Libye, en Egypte, en Tunisie et en Afrique du Sud, selon une source proche du dossier.

Si Claude Guéant, collaborateur "infatigable", "a des faits qui lui sont reprochés, il s'en expliquera". Même chose pour Brice Hortefeux que Nicolas Sarkozy "aime tendrement". Pour lui-même, "il faut des preuves. C'est trop grave", a réclamé l'ex-chef de l'Etat.



Depuis la révélation d'une note par Mediapart en 2012, attribuée à l'ex-chef des services secrets extérieurs libyens, les investigations ont progressé, mais se heurtent à l'absence de preuves formelles. Les juges disposent, d'une part, des témoignages d'anciens dignitaires libyens et de l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, et, d'autre part, d'indices en lien avec des transactions suspectes qui accréditent la thèse d'un financement libyen.

Les juges ont-il obtenu de nouveaux éléments issus d'investigations internationales ? Selon Le Monde, plusieurs anciens responsables du régime déchu de Mouammar Kadhafi ont livré de nouveaux éléments à la justice ces dernières semaines. En septembre 2017, un rapport des policiers anti-corruption de l'Oclciff a également révélé l'"ampleur de la circulation d'espèces" dans l'entourage du candidat Sarkozy pendant sa campagne victorieuse, conduisant à élargir l'enquête à des soupçons de "financement illégal de campagne électorale".

Éric Woerth, trésorier de la campagne, et son adjoint, Vincent Talvas, ont assuré qu'il s'agissait de récompenser les membres de l'équipe, via des enveloppes contenant de 200 à 2.000 euros. Interrogés sur l'origine des fonds, ils soutiennent qu'ils proviennent de dons anonymes par courrier, une explication "captieuse" pour les enquêteurs, démentie par d'autres témoignages.

Éric Woerth avait précisé "avoir fait le choix de ne pas informer le candidat ni son directeur de campagne de cette circulation d'espèces". Les juges pourraient avoir fait le rapprochement avec les sommes qui, selon d'anciens dignitaires libyens et le sulfureux Ziad Takieddine, auraient été remises à Nicolas Sarkozy et à son entourage. En novembre 2016, Ziad Takieddine avait affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 cinq millions d'euros à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à Claude Guéant, son directeur de cabinet à l'époque.

"Takieddine n'est jamais venu à l'Élysée. C'est une ignominie de prétendre qu'il est venu", a répondu Nicolas Sarkozy sur TF1. "Il a menti plusieurs fois, j'ai des preuves. Il affirme m'avoir croisé le 27 janvier 2011 et m'avoir donné une valise. Il n'a pas de chance : j'ai la preuve que je n'étais pas à Paris ce jour-là".

"Mes agendas ont été saisis par la justice au moment de l'affaire Bettencourt. On n'a pas retrouvé la moindre trace d'un rendez-vous avec ce Monsieur Takieddine", a-t-il poursuivi. "Il dit avoir rencontré mon directeur de cabinet dans son bureau au 1er étage du ministère de l'Intérieur. Le bureau est au rez-de-chaussée".

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