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Faut-il réformer la fonction publique ?




Faut-il réformer la fonction publique ?
Gérald Darmanin et Édouard Philippe le 1er février 2018.

Orange avec AFP, publié le vendredi 02 février 2018 à 07h00

Le gouvernement a lancé jeudi un pavé dans la mare en envisageant un plan de départs volontaires inédit pour les fonctionnaires afin d'accompagner la réforme de l'État, une nouvelle "attaque" qui a pris de court les syndicats.

Il s'agit d'"imaginer avec les agents publics un plan de départs volontaires pour ceux qui souhaiteraient partir, en conséquence de la réforme de l'État", a déclaré le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin devant la presse, au terme d'un comité interministériel ayant réuni une quinzaine de ministres.

M. Darmanin sera chargé, avec le secrétaire d'État Olivier Dussopt, d'une grande concertation avec les syndicats de la fonction publique, qui doit courir sur l'ensemble de l'année 2018 et traitera notamment de cette question.

Mais celle-ci s'annonce rude, plusieurs syndicats dénonçant déjà une "attaque" (CGT, Unsa), voire un "dynamitage de la fonction publique" (Solidaires). "Nous avons affaire à un président de la République et à un gouvernement qui sont en train de s'attaquer frontalement à la fonction publique" pour "se conformer aux prévisions d'Emmanuel Macron de supprimer 120.000 emplois dans la fonction publique", a réagi Jean-Marc Canon (CGT, premier syndicat).

La CFDT (deuxième) s'est montrée plus prudente, réclamant de rencontrer le gouvernement très rapidement "pour discuter de ce qui est vraiment derrière ces annonces". "Pour nous c'est une contradiction avec les principes de la fonction publique", s'est ému auprès de l'AFP Luc Farré (Unsa, quatrième).

Selon une source gouvernementale, une partie des 700 millions d'euros du fonds pour la transformation de l'action publique, mis en place sur cinq ans par le gouvernement, pourrait financer ce plan de départs volontaires. Depuis 2008, les fonctionnaires d'État peuvent bénéficier d'une indemnité de départ volontaire s'ils souhaitent démissionner, sous certaines conditions. Cette disposition a été étendue aux fonctionnaires territoriaux en 2009. Mais un plan de départs collectifs serait "inédit", selon les syndicats. "Il faudra étudier si les possibilités déjà offertes suffisent, ou si elles doivent être réaménagées", indique-t-on à Bercy, tout en soulignant que ce sera l'un des objets de la concertation.

PLUS DE CONTRACTUELS

Par ailleurs, Édouard Philippe a annoncé vouloir étendre "largement" le recours aux contractuels ne bénéficiant pas de l'emploi à vie, "notamment pour les métiers ne relevant pas d'une spécificité propre au service public". "On ne répare pas un pays, on ne vise pas haut, sans avoir conscience qu'il faut parfois bousculer et modifier ces équilibres", a plaidé le Premier ministre, pour qui il faut "adapter", "assouplir" le statut de la fonction publique.

Cette annonce intervient alors que huit des neuf syndicats représentatifs avaient au contraire réclamé ensemble fin janvier un "nouveau plan de titularisation" des contractuels, après celui de 2011 arrivé à échéance. Le gouvernement "propose exactement l'inverse", s'est indigné auprès de l'AFP Jean-Marc Canon. Sur les cinq millions de fonctionnaires, environ 940.000 étaient contractuels à la fin 2015.

Les discussions porteront en outre sur deux autres chantiers délicats : la simplification des instances représentatives du personnel et le développement d'une rémunération au "mérite".

UNE RÉFORME INDISPENSABLE POUR MACRON

Emmanuel Macron a défendu par la suite cette réforme en affirmant que cette modernisation inévitable allait garantir la "pérénité véritable" de la fonction publique. "Ce n'est pas la fin de la fonction publique", a déclaré le président, interrogé par la presse, au second jour de sa visite à Tunis.

"Bien sûr, nous garderons le statut (des fonctionnaires) mais il faut avoir une souplesse de gestion, car c'est une bonne manière d'avoir une gestion contemporaine", a-t-il estimé. Car, avec une organisation qui remonte à 1947, "des éléments de bon sens de la gestion de la fonction publique ne sont plus appliqués à cause des rigidités", selon lui. Il faut donc permettre à l'État de se "réorganiser plus vite comme le font les entreprises". "Sinon vous gérez tout par le statut, y compris l'impossibilité de bouger", a-t-il expliqué.

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