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Glyphosate : Macron a-t-il raison de tenir tête à l'UE ?




Glyphosate : Macron a-t-il raison de tenir tête à l'UE ?
Emmanuel Macron à Ouagadougou (Burkina Faso) le 28 novembre 2017.

, publié le mercredi 29 novembre 2017 à 07h00

ENVIRONNEMENT. Alors que l'agriculture française connaît un marasme depuis plusieurs années, voir la France limiter l'utilisation du glyphosate au bout de trois ans, quand les autres pays européens y auront droit durant cinq ans, refait surgir le spectre d'une distorsion de concurrence avec ceux qui deviennent de féroces adversaires quand il s'agit d'exporter.

Les États membres de l'Union européenne ont finalement accepté lundi 27 novembre d'autoriser pour cinq ans supplémentaires le glyphosate lors d'un comité d'appel après plus de deux ans de débats intenses sur cet herbicide controversé.

Dix-huit pays ont voté en faveur de la proposition de l'exécutif européen, représentant à peine plus des 65% de la population de l'UE nécessaires. Les neuf pays qui avaient déjà dit non au cours d'un premier vote le 9 novembre, parmi lesquels la France, ont campé sur leur position et un pays s'est abstenu, ce qui a permis d'atteindre la majorité qualifiée requise.

Dans la foulée du vote, Emmanuel Macron a affirmé au contraire que le glyphosate serait interdit en France "au plus tard dans trois ans". Au même moment, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert s'est déclaré "heureux" que les États membres soient parvenus à un accord.



LA DIFFICULTÉ DE CONCILIER ÉCOLOGIE ET ÉCONOMIE

Un apparent cafouillage qui illustre la difficulté de concilier aspirations écologiques et réalités économiques des agriculteurs. Car pour les agriculteurs, l'utilisation du glyphosate est aujourd'hui une nécessité économique. Ce n'est pas un hasard si cet herbicide est le plus vendu au monde : il est terriblement efficace pour un prix modeste et permet par exemple de contenir les coûts de revient des céréales alors que les cours mondiaux sont très bas.

Alors que l'agriculture française connaît un marasme depuis plusieurs années, voir la France limiter l'utilisation du glyphosate au bout de trois ans, quand les autres pays européens y auront droit durant cinq ans, refait surgir le spectre d'une distorsion de concurrence avec ceux qui deviennent de féroces adversaires quand il s'agit d'exporter.

Les producteurs de blé français, qui ont cédé leur place de premiers exportateurs européens aux Allemands en 2016, sont les premiers à s'en inquiéter. "Cinq ans pour un plan de sortie du glyphosate, c'est déjà beaucoup trop court quand on vit au quotidien dans le principe de réalité économique qui veut qu'au niveau international, les autres producteurs peuvent l'utiliser sans contrainte", regrette l'interprofession des céréales et oléagineux (AGPB, AGPM, CGB, FOP) dans un communiqué commun mardi 28 novembre.

"Il y a eu deux ans de débat et un vote à la majorité qualifiée, et deux heures après, le président français dit 'moi, je m'assois dessus'. Que deviennent les agriculteurs là-dedans?" s'est emporté le secrétaire général adjoint de la FNSEA Éric Thirouin, qui craint que, comme avec le Ceta, le traité de libre échange Europe-Canada, on "interdise de produire en France ce que les Français ont le droit de manger". M. Travert a répondu à cette inquiétude devant l'Assemblée nationale en indiquant "qu'il y aurait surtransposition si nous restions inactifs pendant trois ans, en attendant le couperet de l'échéance. Ce n'est évidemment pas ce que souhaite le président de la République", a-t-il assuré.

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