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Procès d'Abdelkader Merah : comprenez-vous la décision de la justice ?




Procès d'Abdelkader Merah : comprenez-vous la décision de la justice ?
S'il a été acquitté du chef de complicité, qui lui faisait encourir la réclusion criminelle à perpétuité, Abdelkader Merah a en revanche été condamné pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

, publié le vendredi 03 novembre 2017 à 07h00

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné jeudi Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle, la peine maximale pour association de malfaiteurs terroriste criminelle mais l'a acquitté du chef de complicité des sept assassinats perpétrés les 11, 15 et 19 mars 2012 par son frère Mohamed à Toulouse et Montauban.

La cour a rendu son verdict après huit heures de délibéré, au terme de cinq semaines d'un procès sous haute tension, marqué par les témoignages poignants de proches de victimes de Mohamed Merah et un contexte pesant de menace terroriste persistante depuis la vague d'attentats sans précédent ayant frappé la France.

"La cour d'assises a rappelé que même dans les affaires de terrorisme les plus graves, la preuve et la règle de droit n'étaient pas reléguées au rang d'accessoires", a déclaré l'avocat d'Abdelkader Merah, Me Éric Dupond-Moretti, à sa sortie de l'audience, sous des huées. "Les juges, et c'est leur honneur, ont résisté à la pression de l'opinion publique", a-t-il ajouté, adressant ses pensées "pour le désarroi et le chagrin des victimes injustement confrontées à un faux coupable que l'on a fabriqué pour étancher leur soif de justice".

"ON EST TROP NAÏF EN FRANCE.

IL FAUT QU'ON SE RÉVEILLE"

"C'est un jugement qui devrait satisfaire les parties civiles", a commenté Me Simon Cohen, principal avocat des familles de victimes. "La cour (...) n'a pas cédé ni devant les terroristes de tout poil ni devant certaines menaces". Mais sa satisfaction était loin d'être partagée par deux figures emblématiques des parties civiles, Latifa Ibn Ziaten, mère du premier soldat tué par Mohamed Merah et Samuel Sandler, père et grand-père de trois des victimes de l'école juive de Toulouse.



"On est trop naïf en France. Il faut qu'on se réveille pour protéger notre pays, pour protéger nos enfants", a réagi la première pour qui les magistrats "n'ont pas été jusqu'au bout". "C'est mieux que rien mais nos enfants, eux, ont pris perpétuité. Dans quinze ans il aura tout oublié, nous, notre peine, notre malheur est éternel", a approuvé le second.

Mais pour Me Olivier Morice, avocat de la famille d'un militaire tué à Montauban, c'est bien "une justice sereine qui a été rendue". "Nous savions depuis le début que la complicité était délicate à qualifier", a-t-il convenu, estimant que le verdict pourrait conduire Abdelkader Merah à ne pas faire appel.

UN VERDICT "DÉRISOIRE" POUR LE FRONT NATIONAL

La défense d'Abdelkader Merah avait plaidé l'acquittement, demandant à la cour de juger "dans le respect du droit" et en constatant "l'absence de preuves". Présenté comme un mentor religieux dissimulateur ayant téléguidé sept assassinats par l'accusation mais comme un bouc-émissaire expiatoire des crimes de son frère jihadiste par ses avocats, le frère aîné du "tueur au scooter" avait clamé une dernière fois son innocence jeudi matin, avant que la cour ne se retire.

Le Front national a dénoncé un verdict "déroisoire et incroyablement laxiste", après la condamnation d'Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", sans que la complicité d'assassinat ne soit retenue. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a lui exprimé sa crainte que les "terroristes islamistes" voient dans ce verdict "un signe de faiblesse".

De son côté, Fettah Malki, reconnu coupable d'avoir vendu l'arme et le gilet pare-balles à Mohamed Merah en connaissant sa radicalisation, a écopé de 14 ans de réclusion criminelle, également pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. L'un de ses avocats a annoncé son intention de faire appel de la condamnation de son client. Fettah Malki avait demandé pardon aux familles de victimes, assurant qu'il ignorait les projets de Mohamed Merah.

Les peines des deux hommes sont assorties d'une période de sûreté des deux tiers.

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