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Un Premier ministre sans parti, est-ce envisageable ?




Un Premier ministre sans parti, est-ce envisageable ?
Édouard Philippe à l'Assemblée nationale le 24 octobre 2017.

Orange avec AFP, publié le mercredi 25 octobre 2017 à 07h00

POLITIQUE. Le bureau politique des Républicains a approuvé mardi 24 octobre l'exclusion de ses cinq responsables pro-Macron mais, faute de quorum, la plus haute instance du parti devra se réunir à nouveau, le 31 octobre, pour "valider" leur éviction.

Seule une cinquantaine de membres de la plus haute instance des Républicains étaient réunis au siège du parti (Paris XVe), alors que le quorum est fixé à 63, soit la moitié du nombre total du BP.

"Une très large majorité a voté pour leur exclusion, seuls cinq ou six s'y opposant", a indiqué mardi soir à l'AFP Bernard Accoyer, secrétaire général de LR. Mais "devant le juridisme et les menaces procédurières des concernés, et en l'absence de quorum, il y aura une validation de leur exclusion" mardi prochain, a-t-il ajouté.

Exit ceux qui avaient accepté de s'expliquer devant la commission ad hoc : Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, et Sébastien Lecornu, secrétaire d'État à l'Écologie, ainsi que les deux députés "Constructifs", Franck Riester et Thierry Solère.

Même si le résultat est le même, le traitement est différent pour le Premier ministre, qui n'a pas souhaité s'exprimer devant la commission. "Le BP a pris acte du départ d'Édouard Philippe" de LR. "En tant que chef du gouvernement, M. Philippe est le chef de la majorité", justifie M. Accoyer, et ne peut donc rester membre du "premier parti de l'opposition". "Il n'est pas parti. N'importe quoi! Certains prennent leurs désirs pour des réalités", a immédiatement réagi auprès de l'AFP l'entourage de M. Philippe.

PREMIER MINISTRE SANS PARTI, UN CHOIX RISQUÉ

Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu ont prévenu qu'ils feraient recours en cas d'exclusion, tandis que les députés "Les Constructifs" envisagent de lancer un nouveau parti. Si l'exclusion était confirmée, Édouard Philippe prévoit de son côté de rester sans parti. "J'aurai un engagement politique, et l'engagement politique à mon avis vaut largement l'étiquette partisane", s'était justifié le chef du gouvernement le 9 octobre sur Europe 1.

Pour la première fois depuis Raymond Barre (1976-1981), le Premier ministre, chef de la majorité, n'appartiendrait ainsi à aucun parti. Même Dominique de Villepin, jamais élu, avait sa carte à l'UMP.

S'assumant "homme de droite" lors de son arrivée à Matignon, Édouard Philippe protégerait en restant sans étiquette l'identité politique qui lui avait valu d'être choisi par Emmanuel Macron pour occuper Matignon, soulignent des analystes. S'il rejoignait le parti présidentiel, "il pourrait craindre d'être dilué et surtout prisonnier d'un parti qui reste, à défaut d'une culture commune qui reste à construire, entièrement dédié à Emmanuel Macron", analysait mi-octobre la politologue Chloé Morin (Fondation Jean-Jaurès).

Quant à l'adhésion à un nouveau parti de centre-droit, elle pourrait être lue comme une démarcation malvenue avec le chef de l'État, quand les relations président-Premier ministre sont surveillées comme le lait sur le feu, soulignait-elle.

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