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Fillon/Juppé : le débat sur l'IVG est-il légitime ?




Fillon/Juppé : le débat sur l'IVG est-il légitime ?
Alain Juppé et François Fillon le 3 novembre 2016 lors du deuxième débat entre les candidats à la primaire de la droite.

, publié le mercredi 23 novembre 2016 à 07h00

Dès lundi soir, le maire de Bordeaux a demandé à son rival de "clarifier" sa position sur l'avortement. Ce qui n'a pas manqué d'agacer prodigieusement l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy.

À quelques jours du deuxième tour de la primaire de la droite, qui verra s'affronter Alain Juppé et François Fillon, tous les coups sont permis.

Lundi soir sur le plateau de France 2 et mardi 22 novembre sur Europe 1, le maire de Bordeaux, largement distancé au premier tour par son adversaire, a interpellé le député de Paris : "Il y a des points sur lesquels j'aimerais bien que François Fillon clarifie sa position, par exemple sur l'avortement et l'interruption volontaire de grossesse. Il a commencé par dire dans son livre que c'était un droit fondamental de la femme, puis il est revenu su cette déclaration dans un débat qu'il a eu devant un certain nombre de ses supporters. Quelle est sa position ?". Le 22 juin à Aubergenville (Yvelines) lors d'une réunion publique, François Fillon déclarait en effet : "J'ai écrit (dans mon livre) que l'avortement était un droit fondamental. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c'est que c'est un droit sur lequel personne ne reviendra. Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l'avortement."

La réponse de François Fillon à la requête de son adversaire n'a pas tardé à fuser. "Jamais je n'aurais pu penser que mon ami Alain Juppé tombe aussi bas", a-t-il lâché lors d'un déplacement dans la journée mardi à Viry-Châtillon (Essonne). Invité de BFMTV dans la soirée, il a expliqué que cette attaque l'avait "vraiment mis en colère". Le candidat a assuré sur le plateau de la chaîne d'information qu'il savait "faire la différence entre (ses) positions personnelles, (sa) foi, et le bien public". "J'ai redit encore récemment que, naturellement, personne ne reviendrait sur cette interruption de grossesse", a-t-il indiqué, assurant que c'était un "droit" et que lorsqu'il était Premier ministre il n'avait jamais émis "la moindre réserve".

"Il paraît que François Fillon a été choqué que je lui demande de clarifier sa position sur l'IVG - c'était quand même nécessaire puisqu'il y a quelque temps il écrivait dans un livre que c'était un droit fondamental de la femme, avant de changer d'avis puis de donner un sentiment personnel et de dire qu'il ne changerait rien à la législation actuelle", a de son côté rétorqué Alain Juppé, en meeting mardi soir à Toulouse. "Et je vous le dis, je ne renoncerai pas à poser d'autres questions", a-t-il lancé. "L'IVG est un droit fondamental, durement acquis par les femmes", a-t-il dit.

"ON REVIENT EN ARRIÈRE"

Le débat est-il légitime ? Le chef de file des sénateurs socialistes Didier Guillaume a estimé mardi sur Public Sénat qu'on faisait "un mauvais procès à François Fillon" sur la question de l'IVG. "Il faut reconnaître que François Fillon est soutenu par la Manif pour tous et par Sens commun (groupe issu de la Manif pour tous opposé à l'adoption pour les couples homosexuels, NDLR), il fait partie de cette droite traditionnelle ou traditionaliste", mais "il a pris des engagements donc moi je respecte ces engagements", a-t-il poursuivi.

Au micro de RTL, la cinéaste Marceline Loridan, qui avait signé le manifeste des 343 salopes il y a 45 ans, regrette de son côté qu'un tel débat puisse exister à notre époque. "Heureusement qu'il (François Fillon) n'y revient pas, c'est une affaire de femmes avant tout. Ça ne regarde pas les hommes, évidemment ils sont concernés, mais il faut qu'ils comprennent que les désirs d'une femme sont légitimes : elle veut un enfant ou elle ne veut pas d'enfant".



Selon elle, la position de François Fillon est "arriérée". "On revient sur des idées beaucoup plus avancées qu'elles n'ont jamais été. Et au lieu d'avancer davantage, on revient en arrière. Cette régression de la pensée, c'est toujours mépriser les femmes et les renvoyer à leur condition de domestique", explique-t-elle. Puis elle poursuit : "Nous avons combattu au XXe siècle pour des idées neuves, si c'est pour les voir se transformer ou être trahies quelques années plus tard, je ne peux pas le supporter".

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