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Faut-il interdire l'émission "La rue des allocs" ?




Faut-il interdire l'émission "La rue des allocs" ?
"La rue des allocs" a provoqué éactions et de critiques du côté des habitants, des téléspectateurs et de certaines personnalités politiques, depuis sa diffusion mercredi.

publié le samedi 20 août 2016 à 10h14

La nouvelle série de docu-réalité "La rue des allocs" ne cesse de faire polémique depuis la diffusion des deux premiers épisodes mercredi soir sur M6.

Adaptée d'une émission anglaise, la série s'attache, selon son réalisateur Stéphane Munka, à "capter la réalité" d'un groupe d'habitants du quartier de Saint-Leu, l'un des plus pauvres d'Amiens, frappé par la crise de 2008.

La ville picarde connaît "un taux de chômage de près de 40%" (contre 19% pour Amiens) et la "plupart" des habitants "vivent des allocations, de la débrouille parfois, et peinent à joindre les deux bouts", souligne le programme.

"La rue des allocs" a provoqué une vague de réactions et de critiques du côté des habitants, des téléspectateurs et de certaines personnalités politiques.

"LES GENS SE SENTENT RABAISSÉS PAR CE TITRE"

Pour la maire UDI d'Amiens, Brigitte Fouré, la série donne à voir "une réalité un peu tronquée". "Ce qui est montré est conforme à la réalité, c'est incontestable. Il y a de la misère dans certains quartiers de certaines villes de France, dans la mienne aussi. Mais en même temps, il y a un certain nombre de séquences qui ne semblent plus respectueuses de la dignité des personnes", a expliqué l'élue ce vendredi 19 août sur Europe 1.

La secrétaire d'État chargée des Personnes âgées et de l'Autonomie, Pascale Boistard, s'est interrogée dans une tribune publiée dans le Huffington Post sur "l'éthique professionnelles" des journalistes ayant réalisé et monté la série. "Avec des programmes comme 'La Rue des allocs', la misère n'est-elle pas en train de devenir un fonds de commerce, si elle ne l'est pas depuis longtemps avec beaucoup de programmes de réalité ?", questionne-t-elle.

Une participante a expliqué au Courrier Picard que le titre de l'émission et certains plans ont agacé les habitants de Saint-Leu. "Ça devait s'appeler 'Le quartier prioritaire au quotidien'", explique Marie-Jo. "Les gens se sentent rabaissés par ce titre. C'est la rue des cas sociaux...", surenchérit Franck, un autre participant. "Les gros plans sur les canettes (de bières, ndlr), c'était inutile. Il n'y avait pas besoin d'aller à Saint-Leu pour voir ça", se plaint un autre protagoniste.

INITIATIVES POUR SUSPENDRE LA DIFFUSION DE LA SÉRIE

Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, a lui fustigé, dès mercredi soir, "l'indécence" et "la misère morale" du programme de la Six et soutenu la démarche des associations demandant son arrêt.

La Fnars (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale) a demandé au CSA d'intervenir "pour suspendre la diffusion", le jugeant "stigmatisant et honteux face à la détresse sociale que vivent près de 8 millions de personnes pauvres en France. Des téléspectateurs ont également saisi l'Autorité, qui a annoncé jeudi qu'elle instruira le dossier et "rendra sa décision suivant la procédure classique comme c'est le cas dès lors qu'un programme est signalé", a-t-elle précisé. Le CSA n'a en revanche "pas trouvé trace" de signalement émanant de la Fnars.

Aucune date pour les deux épisodes suivants n'a encore été annoncée par M6.

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