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Faut-il interdire les manifestations ?




Faut-il interdire les manifestations ?
Le cortège parisien de la manifestation du 14 juin 2016.

Orange avec AFP, publié le jeudi 16 juin 2016 à 07h00

- Au lendemain d'un défilé national contre le projet de loi Travail marqué par de nouvelles violences, l'exécutif menace d'interdire les manifestations, provoquant un tollé chez les syndicats.-

La manifestation nationale organisée mardi 14 juin par sept syndicats (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL, FIDL) a rassemblé entre 75.000 et 80.000 personnes selon la police, un million selon les organisateurs. Elle a été marquée par de violents affrontements entre des casseurs et la police, comme lors des précédents défilés, et des dégâts le long du cortège.

Des dégradations ont notamment été commises contre l'hôpital Necker-Enfants malades, qui a décidé de porter plainte. Ces violences ont été fermement condamnées par la CGT qui dénonce "des actes aveugles" qui discréditent l'opposition au projet du gouvernement. "Nous ne tolérons aucune de ces violences perpétrées par quelques individus en dehors des manifestations, comme celles qui gratuitement endommagent des établissements de soins au service des populations", ajoute le syndicat dans un communiqué, après avoir été critiqué par Manuel Valls pour son ambiguïté face aux casseurs.

Après ces violences, le Premier ministre s'en est pris directement à la "responsabilité" de la CGT, critiquant son attitude "ambiguë" à l'égard des casseurs. "Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestations sur Paris", a-t-il lancé. De son côté, François Hollande a annoncé qu'il n'y aurait plus d'autorisation de manifester si la préservation des "biens et des personnes" ne pouvait être "garantie". "Pour l'instant elles ne le sont pas ; à ce moment-là les décisions seront prises au cas par cas de ne pas autoriser les manifestations", a insisté le chef de l'État. La droite a saisi la balle au bond : Nicolas Sarkozy, président du parti Les Républicains, a réclamé que la "responsabilité civile" et "financière de la CGT soit engagée", quand Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite, a préconisé l'interdiction des "manifestations qui constituent une menace évidente à l'ordre public".

"ATTEINTE AU DROIT CONSTITUTIONNEL DE MANIFESTER"

"Alors qu'on interdise l'Euro !", s'est emporté Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, qui ne comprend pas "qu'un gouvernement de gauche puisse interdire des manifestations organisées par des syndicats". Eric Beynel, porte-parole de Solidaires, y voit une "tentative d'essayer de diviser et d'instrumentaliser au lieu de débattre des vraies questions".



Pour le chef de file des députés PS frondeurs Christian Paul, "les casseurs ne viennent pas des syndicats mais de l'ultragauche". "Ce ne sont pas les syndicats qui sont les plus jusqu'au-boutistes, le gouvernement a une part de responsabilité dans cette tension sociale". La présidente du groupe Communiste, républicain et citoyen au Sénat, Éliane Assassi, a jugé que l'exécutif portait "atteinte au droit constitutionnel de manifester". La rue semble rester le dernier moyen de pression dont disposent les opposants pour infléchir la position du gouvernement sur un texte dont ils exigent le retrait. Les grèves, qui avaient pris ces dernières semaines le relais des manifestations dans des secteurs clés (raffineries, déchets, trains...), s'éteignent peu à peu. Mais les opposants refusent de parler d'essoufflement et comptent sur de nouveaux "temps forts", les 23 juin et 28 juin. Les modalités de ces "journées de mobilisation" restent néanmoins floues. Une intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, Fidl et UNL), qui se réunissait mercredi soir, pourrait apporter des précisions.

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