La question du jour :

Faut-il réduire le temps de travail en France ?




Faut-il réduire le temps de travail en France ?
Et si les Français passaient aux 32 heures pour réduire le chômage ?

, publié le mercredi 11 mai 2016 à 07h00

"Travailler moins pour travailler tous et mieux". C'est le slogan lancé par 150 personnalités du monde politique, syndical, mais également par des économistes dans un appel publié le 3 mai dans le magazine "Alternatives économiques".

Selon eux, réduire le temps de travail - en passant par exemple aux 32 heures - permettrait de créer des millions d'emplois. Le gouvernement de Manuel Valls et les candidats à la primaire de la droite veulent eux "déverrouiller" les 35 heures. Alain Juppé souhaite lui faire des 39 heures la référence.

"La France compte actuellement 6,5 millions d'inscrits à Pôle emploi, 2,8 millions de plus qu'en 2008. Le chômage de masse mine depuis longtemps déjà la société hexagonale, mais ce fléau a pris une ampleur sans précédent ces dernières années. Il y a urgence à réagir", écrivent les signataires dans cet appel intitulé "Ensemble, remettons la réduction du temps de travail au cœur du débat public". Parmi eux figurent les syndicalistes Philippe Martinez (CGT) et Bernadette Groison (FSU), mais aussi les députés PS Benoît Hamon, Christian Paul ou encore Laurent Grandguillaume. L'ancien Premier ministre Michel Rocard, les écologistes Cécile Duflot, Dominique Voynet et Yves Cochet, le leader du PCF Pierre Laurent, le président de l'Unef William Martinet, la féministe Caroline De Haas, ou encore les économistes Jacques Freyssinet et Éric Heyer ont également signé.

L'idée n'est pas nouvelle mais sa mise en œuvre est régulièrement demandée par la CGT depuis octobre 2015. Son secrétaire général, Philippe Martinez, assure même que la semaine de 32 heures permettrait de créer 4,5 millions d'emplois. Pour lui, "si on travaille moins tous, on va libérer du temps pour ceux qui n'ont pas de travail". Le financement viendrait d'une partie des dividendes versés aux actionnaires, entre autres. "Si on veut éviter la paupérisation des travailleurs tout en faisant reculer rapidement le chômage, il faut 'travailler moins pour travailler tous et mieux'", est-il écrit dans la tribune.

"EFFET POSITIF DES 35 HEURES"

Selon eux, même si l'activité reprend, "les perspectives de croissance sont limitées et le resteront" et "la révolution numérique et la robotisation pourraient bien, elles aussi, menacer de nombreux emplois". "Il n'y a donc quasiment aucune chance que l'évolution spontanée de l'économie permette de faire reculer le chômage à un rythme suffisant pour éviter les risques d'explosion auxquels la société française est confrontée aujourd'hui", affirment-ils.

"Au tournant des années 2000, le passage aux 35 heures hebdomadaires avait eu un effet très positif sur l'emploi et l'activité, malgré certaines difficultés dans sa mise en œuvre, notamment en matière d'intensification du travail. "Il faut d'urgence reprendre ce chemin, même s'il faut probablement s'y prendre autrement, et notamment ne plus raisonner seulement sur le temps de travail hebdomadaire", ajoutent-ils. Selon un rapport parlementaire remis par la députée socialiste Barbara Romagnan en 2014, les lois sur les 35 heures ont été "efficaces" contre le chômage et "moins coûteuses" que les autres politiques de l'emploi. L'Insee chiffre, elle, à 350.000 les créations d'emplois liées aux 35 heures.

Pour les chantres des 32 heures comme l'économiste et homme politique Pierre Larrouturou, les créations d'emplois génèreraient autant de cotisations supplémentaires pour les retraites, l'Assurance maladie et des économies en termes d'assurance chômage. L'économiste Philippe Waechter (Natixis) estime lui que réduire le temps de travail "suggère que l'économie est incapable de créer les emplois nécessaires pour éventuellement tendre vers le plein emploi". "Cela suggère un revenu plus faible pour chaque salarié. Cela n'est pas dans le projet qui suggère certainement que les 32 heures seront payées au prix de 35 heures. Si c'est le cas, cela déforme la structure de coût des entreprises au détriment de la profitabilité des entreprises".

QU'A APPORTÉ LA LOI ROBIEN ?

En 1996, une loi votée sur proposition de Gilles de Robien, alors député UDF, encourageait financièrement les entreprises à réduire les horaires, en testant par exemple la semaine de quatre jours, sur la base du volontariat. Ces accords ont pris fin avec la mise en place des 35 heures. Une étude du ministère du Travail de 2000 indique qu'en deux ans d'application de la loi Robien, 3.000 conventions ont été signées, réduisant le temps de travail de 280.000 salariés et prévoyant 33.000 créations ou maintiens de l'emploi. Près de 400 entreprises sont passées alors aux 32 heures ou 32,5 heures avec ces accords, dont Fleury Michon ou Mamie Nova.

A noter que les 35 heures sont loin d'être appliquées par tous les Français : si l'on regarde seulement les salariés à temps plein, un Français travaille en moyenne 40,5 heures par semaine selon Eurostat (un chiffre en dessous de la moyenne de l'UE, 41,5h). Ce chiffre passe à 37,2 heures par semaine tous employés compris (temps partiels, etc.). Enfin toujours selon Eurostat, si l'on prend en compte le nombre de jours de congés, la France affiche un total d'heures travaillées par an très bas comparé aux autres pays du monde (1473 heures). Seuls les travailleurs allemands (1371), norvégiens (1427), néerlandais (1425) et danois (1346) travaillent moins sur l'année.

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