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Denis Baupin doit-il démissionner de son mandat de député ?




Denis Baupin doit-il démissionner de son mandat de député ?
Le député écologiste, Denis Baupin, est mis en cause par des élues écologistes pour "harcèlement" ou "agression sexuelle".

Orange avec AFP, publié le mardi 10 mai 2016 à 07h00

Denis Baupin a démissionné lundi de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale après avoir été mis en cause par des élues écologistes pour "harcèlement" ou "agression sexuelle". Mais l'élu écologiste - pour qui ces accusations de "mensongères" et "diffamatoires" - reste encore député de la 10e circonscription de Paris (sud des XIIIe et XIVe arrondissements).

"Denis Baupin conteste fondamentalement l'idée de harcèlement sexuel et plus encore d'agression sexuelle, lesquels lui sont totalement étrangers", a déclaré à la mi-journée son avocat.

"Denis Baupin ne fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire, et le principe de la présomption d'innocence doit s'appliquer pleinement en sa faveur", a également souligné Me Emmanuel Pierrat précisant que son client "envisage de saisir les juridictions compétentes afin de faire valoir ses droits contre toute atteinte qui serait constatée".

"Estimant qu'il convient par-dessus tout de protéger les institutions de la République, et bien que contestant les rumeurs circulant à mon propos, je vous présente ma démission de mes fonctions de vice-président de l'Assemblée nationale, afin d'assurer au mieux ma défense", a écrit Denis Baupin dans un courrier adressé à Claude Bartolone, dont l'AFP a eu copie. Le président de l'Assemblée, qui a reçu le député écologiste "ce matin", avait lui-même demandé un peu plus tôt au député de démissionner de la vice-présidence. Il revient désormais au groupe écologiste de désigner son successeur.



"UN DEVOIR D'EXEMPLARITÉ"

Plusieurs députés écologistes ont eux demander mardi soir à Denis Baupin - qui également le mari de la ministre du Logement Emmanuelle Cosse depuis juin 2015 - de quitter le groupe à l'Assemblée nationale : "nous serons plusieurs à demander qu'il quitte le groupe", car le comportement dénoncé par des "témoignages dont la véracité ne fait aucun doute", est "contraire aux valeurs de l'écologie", liée "dès l'origine au mouvement féministe", a déclaré la députée du groupe, Eva Sas avant d'ajouter : "Thomas Thévenoud a quitté le groupe PS pour des faits qui me semblent moins graves".

Par ailleurs, l'association des Elu/es Contre les Violences faites aux Femmes, présidée par Eva Sas, a appelé Denis Baupin à démissionner de son mandat de député, car, "en tant qu'élu de la République, monsieur Baupin a un devoir d'exemplarité". L'association, qui a salué le "courage admirable" des victimes témoignant dans de tels cas et dénoncé "tous les agissements sexistes, à plus forte raison lorsqu'ils sont commis par des élus", a plaidé dans un communiqué pour modifier la législation pour prévoir l'inéligibilité automatique des élus condamnés pour violences faites aux femmes. Eva Sas compte demander cette mesure à l'occasion du débat sur le projet de loi de "modernisation de la justice du XXIe siècle", qui sera débattu l'hémicycle de l'Assemblée nationale en première lecture à partir du 17 mai.

Quant au parti Europe Ecologie-Les Verts que Denis Baupin a quitté il y a trois semaines, il a salué le "courage" des victimes qui se sont exprimées et espéré qu'il serait "contagieux". Une des femmes qui ont parlé à visage découvert, la porte-parole du parti, Sandrine Rousseau, a lancé lundi soir un "appel" à témoignages non prescrits. "S'il y a des femmes, qu'elles n'hésitent pas, on sera là en soutien, nous pour lesquelles les faits sont prescrits", a-t-elle déclaré. Pour Osez le féminisme, "penser que l'affaire Denis Baupin est isolée est une erreur: depuis plusieurs années, des hommes politiques ont été impliqués dans des affaires de violences machistes", citant notamment Georges Tron et les accusations récentes contre le ministre des Finances Michel Sapin.


Sandrine Rousseau a décrit une scène remontant à octobre 2011: Denis Baupin "m'a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m'embrasser. Je l'ai repoussé violemment". Elle précise en avoir immédiatement parlé à un membre de la direction du parti qui lui a répondu: "Ah ? Il a recommencé". Députée du Calvados, Isabelle Attard évoque du "harcèlement quasi quotidien de SMS provocateurs, salaces" entre juin 2012 à son départ d'EELV, fin 2013. Selon elle, elles étaient "plusieurs députées à recevoir le même SMS". "J'en ai parlé à des personnes qui m'étaient très proches et qui ont levé les yeux au ciel parce qu'en effet, (c')était connu déjà à l'époque, qu'il était coutumier du fait", a déclaré de son côté à l'AFP Elen Debost, membre d'EELV. Ces femmes disent avoir décidé de rompre le silence après être tombées sur la photo de plusieurs députés, dont M. Baupin, les lèvres maquillées de rouge pour protester "contre les violences faites aux femmes" le 8 mars.

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