La question du jour:

Renault : l'État doit-il se mêler du salaire de Ghosn ?




Renault : l'État doit-il se mêler du salaire de Ghosn ?
Emmanuel Macron et le PDG de Renault Carlos Ghosn le 30 septembre 2014.

Orange avec AFP, publié le mercredi 04 mai 2016 à 07h00

Alors que le conseil d'administration du groupe automobile a maintenu la rémunération du PDG Carlos Ghosn malgré l'avis des actionnaires, le ministre de l'Économie a menacé de légiférer sur le salaire des grands patrons.

Un mois après la polémique sur le salaire du dirigeant de PSA Carlos Tavares, dont la rémunération avait presque doublé en un an, celui de Carlos Ghosn, PDG de Renault, fait grincer des dents.

Le conseil d'administration du groupe au losange a décidé vendredi de maintenir la rémunération de M. Ghosn pour l'année 2015, qui s'élevait à 7,251 millions, en dépit du vote consultatif des actionnaires, dont l'État qui détient 20% de l'ex-régie nationale, qui se sont prononcés contre à 54,12%. Le dirigeant du groupe automobile va également percevoir une rémunération en qualité de PDG de Nissan, ce qui devrait porter sa rémunération totale à plus de 15 millions d'euros.

Une décision qui a choqué les actionnaires, les syndicats, le président du Medef Pierre Gattaz mais également Emmanuel Macron qui a menacé ce mardi 3 mai à l'Assemblée de légiférer sur le salaire des grands patrons, ce que le gouvernement n'avait jusque-là pas fait. "Ce que nous avons fait, c'est de renvoyer à la gouvernance d'entreprise", a-t-il déclaré, ajoutant néanmoins que suite au vote de l'assemblée générale de Renault, il y avait eu un "dysfonctionnement en matière de gouvernance". "Ce que nous demandons, c'est que M. Ghosn prenne ses responsabilités dès à présent pour que sur sa rémunération de 2016, les conséquences soient tirées de ce vote", a demandé le ministre, qui exige par ailleurs que le conseil d'administration de Renault "se réunisse à nouveau". Il faut "tirer toutes les conséquences" de ce vote "dans les prochaines semaines sans quoi nous serions conduits à légiférer", a-t-il menacé.



Interrogé sur les propos du ministre, un porte-parole de Renault a souligné que le conseil d'administration avait déjà chargé "le comité des rémunérations de la mission d'examiner les évolutions utiles sur la structure de rémunération" de M. Ghosn pour les années 2016 et suivantes.

- La sensibilité des Français -

Emmanuel Macron avait déjà réagi à la forte hausse du salaire de Carlos Tavares. Dans une interview au Parisien à la fin du mois de mars, le locataire de Bercy avait estimé que le patron de PSA "(avait eu) tort de faire abstraction de la sensibilité des Français". "L'État a une doctrine qui s'applique à Carlos Tavares comme à tous les dirigeants d'entreprises dont il est actionnaire : il vote contre les niveaux de rémunération excessifs comme celui-ci" avait-il expliqué.

Le patron de PSA "devrait y réfléchir davantage", conseillait-il, tout en reconnaissant que Carlos Tavares "(était) un bon manager, en train de réussir la transition de l'entreprise". Pour cause, ce transfuge de Renault arrivé en 2014 à la tête d'une entreprise mise à genoux par la crise européenne a réussi en moins de deux ans à remettre la société à flot. À cette époque, Emmanuel Macron jugeait "que la responsabilité et l'éthique ne se règlent pas par la loi, mais par l'exemple que l'on donne". Il semblerait qu'il ait changé d'avis.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU