Violences policières : "Chaque faute" doit "faire l'objet d'une sanction", affirme Christophe Castaner

Violences policières : "Chaque faute" doit "faire l'objet d'une sanction", affirme Christophe Castaner
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner lors d'une conférence de presse, le 27 mai 2020.

, publié le mercredi 03 juin 2020 à 15h50

Le ministre de l'Intérieur s'exprimait alors que les manifestations dénonçant "les violences policières" se multiplient dans le monde après la mort de George Floyd et au lendemain d'un rassemblement interdit organisé à Paris à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, jeune homme noir mort en 2016 après son interpellation. 

Interrogé sur les violences policières, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a affirmé mercredi 3 juin au Sénat qu'il allait "faire en sorte que chaque faute, chaque excès, chaque mot, y compris des expressions racistes, fassent l'objet d'une enquête, fassent l'objet d'une décision, fassent l'objet d'une sanction".

"Je suis sur ce sujet intransigeant parce que l'exigence que nous avons vis-à-vis des policiers qui fauteraient garantit la sérénité du travail de l'ensemble de la police et de la gendarmerie, garantit la défense de cette police républicaine qui au quotidien combat le racisme, combat l'antisémitisme et s'engage pour défendre l'honneur de la République", a poursuivi le ministre, qui répondait à une question du sénateur de l'Essonne Olivier Leonhardt, lors des questions au gouvernement. 



Ces propos interviennent alors que les manifestations se multiplient aux Etats-Unis et dans d'autres pays après la mort de George Floyd, un Américain noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc aux Etats-Unis le 25 mai, relançant en France le débat sur les violences policières, et au lendemain d'un rassemblement interdit organisé à Paris à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans mort en 2016 après son interpellation. Dix-huit personnes ont été interpellées à cause d'incidents survenus en marge de cette mobilisation. 


Malgré l'interdiction préfectorale, au moins 20.000 personnes ont répondu à Paris à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré.

Un "succès" populaire inédit pour les militants et associations engagés dans la lutte contre les violences policières. Mais ceux-ci espèrent "plus" et veulent imposer durablement "les violences policières" dans le débat public alors que l'exécutif réfute l'utilisation même du vocable. En France, "on vit dans le déni. Toutes celles et ceux qui dénoncent les violences policières racistes sont jetés en pâture dans les médias. Les politiques et des ministres montent au créneau pour protéger la corporation", estime Amal Bentounsi, membre du collectif Urgence notre police assassine.

"Les Français n'osent pas se positionner sur le sujet de peur de se faire taxer d'anti-flic, d'antirépublicain, sauf qu'en France, on a des George Floyd", assure la militante. Le président de SOS Racisme Dominique Sopo dénonce "le racisme qui traverse les forces de l'ordre comme aux Etats-Unis". "On est dans une doctrine de l'interpellation et non de la protection de la population et on finit par avoir des policiers qui peuvent traiter un Egyptien de 'bicot' (lors d'une interpellation à l'Ile-Saint-Denis en avril, ndlr)".


La droite a condamné mercredi la manifestation parisienne. "Une telle manifestation, en plein état d'urgence, c'est bafouer la loi", a dénoncé le président LR du Sénat Gérard Larcher sur RTL. "On ne va pas rentrer dans un cycle de violences alors que la France achève une crise sanitaire avec plus de 28.000 morts et rentre dans une crise économique et sociale", s'est-il inquiété. "Dans un Etat de droit, la justice est rendue par les juges, ni par les réseaux sociaux, ni par la rue", a-t-il ajouté, estimant que "ce qui se passe aux États-Unis est d'une autre nature".

"C'est inadmissible parce que je vous rappelle qu'on est toujours sous le coup de l'état d'urgence sanitaire et que normalement les rassemblements de plus dix personnes sont interdits", s'est indigné le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau sur Cnews. "Ce qui est aussi inacceptable, c'est que certains du comité de soutien à la mémoire d'Adama Traoré veulent établir un lien entre ce qui s'est passé aux États-Unis et ce qui, soi-disant, se serait passé, il y a quatre ans, ici en France", a-t-il ajouté à propos des accusations de violences policières.

A l'inverse, Jean-Luc Mélenchon a jugé les images des rassemblements "impressionnantes de calme et de détermination tranquille", dans un billet sur son blog, en prenant la défense de "cette jeunesse humiliée par les contrôles incessants, l'injustice permanente et les violences policières impunies avec ostentation". "Cette détermination est un écho direct de l'encouragement venu de la révolte citoyenne aux États-Unis. C'est un signal de première importance", a estimé le chef de file des Insoumis.

"Je souhaite que si les conditions de distance physique sont respectées, qu'on puisse manifester. On ne peut pas maintenir jusqu'au 31 août l'impossibilité de manifester dans ce pays. Il y a besoin de déconfiner la démocratie", a plaidé pour sa part le premier secrétaire du PS Olivier Faure sur Franceinfo. "Il n'y a pas d'ordre sans justice. Cela suppose, dans cette affaire comme dans toutes les autres, que l'on puisse connaître la vérité", a-t-il réclamé. "Je souhaite à la fois que la justice passe et que l'on ne bascule pas dans une forme de dérive qui laisserait penser que la police en France est raciste et est de manière systémique l'otage de pensées, d'idéologies, qui seraient fascistes", a précisé le député de Seine-et-Marne.

De son côté, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a appelé à "l'apaisement". Le décès d'Adama Traoré a été "un drame" qui suscite "une émotion légitime encore très présente dans notre pays", a-t-elle déclaré à l'issue du conseil des ministres. La manifestation de mardi soir, qui a réuni 20.000 personnes, "n'avait pas été interdite pour son objet mais pour des raisons sanitaires" liées à l'épidémie de coronavirus, a souligné la porte-parole du gouvernement. Elle n'a pas fait l'objet d'une discussion en conseil des ministres, a-t-elle précisé, rappelant qu'une instruction judiciaire était en cours. "Nous faisons toute confiance à la justice pour faire tous les éclaircissements et le cas échéant un procès, s'il y a lieu d'être, sur cette affaire", a-t-elle dit.

"Cette manifestation, bien qu'interdite, s'est déroulée pour la majeure partie du temps dans le calme. En fin de manifestation il y a eu des événements qui sont évidemment condamnables et tout à fait regrettables, les forces de l'ordre sont intervenues avec mesure", a-t-elle estimé. "Il n'y a pas de violence d'Etat instituée dans notre pays. Quand il y a des incidents, quand il y a des fautes qui sont commises par des membres des forces de l'ordre, il y a des enquêtes et le cas échéant des sanctions lorsque des fautes sont avérées", a-t-elle ajouté. Entre la France et les Etats-Unis, les situations "ne sont pas tout à fait comparables, ni sur le plan de l'histoire ni sur l'organisation de la société. J'appelle à aborder ces sujets avec énormément de prudence", a-t-elle conclu.
 

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