Violences du 1er mai : une nouvelle vidéo contredit la défense de Benalla

Violences du 1er mai : une nouvelle vidéo contredit la défense de Benalla
Emmanuel Macron, en compagnie d'Alexandre Benalla, le 12 avril 2018 à Berd'huis, dans le nord-est de la France.

, publié le lundi 30 juillet 2018 à 23h10

Une nouvelle enquête a été ouverte lundi par le parquet de Paris pour des faits de violences, commis quelques heures avant les heurts ayant provoqué le scandale de l'affaire Benalla.

Ce sont les plaintes de deux jeunes de 23 et 24 ans, disant avoir été victimes d'une interpellation musclée au jardin des Plantes, où se trouvaient l'ex-collaborateur de l'Elysée Alexandre Benalla et l'employé du parti présidentiel LREM, Vincent Cras, qui a mené à l'ouverture de cette nouvelle enquête.

Des images de scènes confuses, tournées dans ce parc à proximité du parcours du défilé du 1er mai avaient déjà été diffusées vendredi dernier par le quotidien Libération. Ce lundi,FranceInfo et Mediapart se sont procuré une nouvelle vidéo, permettant de mieux identifier les acteurs de la scène soupçonnés d'être l'ancien chargé de mission de l'Elysée et l'employé LREM.
Sur cette vidéo, on peut voir deux hommes ressemblant fortement à Alexandre Benalla et Vincent Crase traîner un manifestant dans le Jardin des Plantes, avant les événements de la place de la Contrescarpe pour lesquels leur implication est désormais avérée.




"J'étais derrière les policiers en tant qu'observateur"

Dans une interview au Journal du Dimanche, Alexandre Benalla avait pourtant démenti toute "intervention" de sa part.

"J'étais derrière les policiers en tant qu'observateur, on peut le voir distinctement, je n'ai ni casque, ni brassard, ni radio", avait-t-il affirmé en référence aux arrestations ayant eu lieu au jardin des Plantes.

Selon l'avocat des deux plaignants, Me Grégory Saint-Michel, Vincent Crase, Alexandre Benalla et le policier qui les accompagnait ce jour-là sont néanmoins bien identifiables sur les vidéos.

Sur les circonstances de cette arrestation musclée, les deux clients de Me Grégory Saint-Michel donnent aussi plus de détails. Ils assurent avoir reçu des indications contradictoires au moment où ils tentaient de sortir du parc. Réalisant que la jeune femme filmait avec son téléphone, un des membres du trio l'aurait ceinturée et plaqué ses mains contre un arbre, a raconté à l'AFP l'avocat.

"Ils veulent des explications, j'ai de quoi leur en donner"

Cette nouvelle enquête dans une affaire déjà retentissante, a été ouverte pour "violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique", "atteinte arbitraire à la liberté individuelle", "usurpation de signes réservés à l'autorité publique", "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique", "dégradation volontaire d'un bien", en l'espèce d'une vidéo, et "introduction frauduleuse dans un système de traitement de données personnelles".

Le parquet de Paris avait auparavant ouvert une première information judiciaire pour "violences en réunion" et "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique", après les violences commises sur deux manifestants par Alexandre Benalla et son comparse Vincent Crase, place de la Contrescarpe le soir du 1er mai, alors qu'ils étaient sensés être de simples "observateurs" au sein des forces de l'ordre.

Lundi, la commission d'enquête du Sénat a affirmé qu'elle n'excluait plus d'entendre Alexandre Benalla. Philippe Bas, président LR de la commission, avait dans un premier temps exclu l'idée selon le "principe de séparation des pouvoirs"; s'inquiétant "qu'une personne auditionnée puisse être amenée à témoigner contre elle-même". Des propos nuancés après la volonté exprimée de l'intéressé d'être auditionné par la commission."Dès lors, Je m'entretiendrai de nouveau avec nos rapporteurs (...) nous verrons à la rentrée ce qu'il convient de faire", avait précisé Philippe Bas.

"Ils veulent des explications, j'ai de quoi leur en donner", affirmait par ailleurs Alexandre Benalla dans le Journal du Dimanche le week-end dernier. Trois jours plus tôt, rasé de près et dans un costume sobre, celui qui est au centre du scandale qui éclabousse l'Elysée depuis le 18 juillet s'était exprimé sur le plateau du journal de 20 heures de TF1 pour se défendre. Lors de cet interview, il avait fustigé "les médias (qui) n'ont pas diffusé les images d'avant et les images d'après". Il avait également justifié son intervention en déclarant : "Je ne considère pas avoir commis d'acte répréhensible par la loi, je considère juste avoir été confronté à des gens qui sont des casseurs, qui ont commis des actes délictueux. J'ai eu une réaction de citoyen qui a voulu aider à appréhender des gens qui sont pour moi des délinquants."

Benalla n'a bénéficié d'aucun traitement privilégié

Les sénateurs ont notamment entendu lundi Stéphane Fratacci, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, le colonel Lionel Lavergne, patron du Groupe de sécurité de la présidence de la République, le GSPR et Jean-Marie Girier, le chef de cabinet du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Si ce dernier a confirmé que le ministre de l'Intérieur avait salué Alexandre Benalla le 1er mai lors d'une visite de la salle de commandement de la préfecture de police "comme toutes les personnes présentes", il a assuré que le ministre ne connaissait "ni son nom, ni son prénom, ni ses fonctions".



Jean-Marie Girier, par ailleurs ex-directeur de campagne d'Emmanuel Macron, a assuré avoir fait la connaissance d'Alexandre Benalla "pendant la campagne électorale" mais a affirmé ne pas l'avoir recruté dans l'équipe de sécurité du candidat. "J'ai été avisé de son embauche", a-t-il souligné, assurant que s'il a eu des "contacts réguliers avec lui" dans le cadre de "réunions" ou de "déplacements", "M. Benalla n'a bénéficié d'aucun traitement privilégié par mon intermédiaire".

Mardi, Les Républicains d'un côté et les trois groupes de gauche (socialistes, communistes, Insoumis) de l'autre, porteront une motion de censure pour mettre en cause la responsabilité du gouvernement dans l'affaire Benalla. Cependant ni Les Républicains avec 103 députés, ni la gauche, avec 63, ne pourront rassembler la majorité requise de 289 voix qui ferait chuter le gouvernement.

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