La Birmanie se mure dans le silence, un an après le coup d'État

par LeHuffPost

Les rues des grandes villes de Birmanie sont restées vides et ont fait silence ce mardi 1er février, un défi à la junte pour marquer le premier anniversaire du coup d’État qui a plongé le pays dans la violence, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Rangoun, la capitale économique, était déserte et de nombreux magasins ont gardé porte close. L’appel à la grève silencieuse, lancé par les opposants au régime, a été très suivi à travers toute la Birmanie, de l’État Shan (Est) à l’État Kachin (Nord) en passant par Mandalay (centre). “Le silence est le cri le plus fort que nous pouvons lancer contre les soldats et leur sanglante répression”, a écrit une opposante sur Twitter. Les photos de Birmans restés chez eux et saluant à trois doigts en signe de résistance ont afflué sur les réseaux sociaux.

Les autorités menacent

Des applaudissements soutenus ont ensuite retenti dans plusieurs quartiers de Rangoun et de Mandalay, deuxième ville du pays. Les autorités ont averti que de telles actions pourraient être qualifiées de haute trahison, un crime passible de longues années de détention.

Depuis le coup d’Etat contre Aung San Suu Kyi, plus de 1500 civils ont été tués, près de 12000 arrêtés, d’après une ONG locale qui recense des cas de viols, de torture et d’exécutions extrajudiciaires. 

Face à cette spirale de violence, la communauté internationale a accru lundi la pression sur les généraux. L’ONU a fait savoir qu’elle enquête sur des crimes contre l’humanité. “La justice internationale a la mémoire très longue”, a averti Nicholas Koumjian, à la tête du Mécanisme onusien d’enquête indépendant pour la Birmanie. Créé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en septembre 2018, ce groupe monte des dossiers en vue de procédures pénales.

“Pas oublié”

“Tant que le régime privera le peuple de Birmanie de sa voix démocratique, nous le ferons payer aux militaires et à leurs partisans”, a mis en garde le président américain Joe Biden. “Je dis au peuple birman: nous n’avons pas oublié votre combat”. Londres “défendra toujours le droit à la liberté (...) Nous ferons rendre des comptes à ce régime brutal et oppressif”, a promis de son côté la ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss.

Depuis le putsch qui a mis fin à une décennie de transition démocratique, Aung San Suu Kyi, 76 ans, est assignée à résidence dans un endroit tenu secret. La prix Nobel de la paix est visée par une multitude de chefs d’accusation (violation d’une loi sur les secrets d’État datant de l’époque coloniale, fraude électorale, sédition, incitation aux troubles publics, corruption...). Lundi, elle a été de nouveau inculpée, accusée cette fois d’avoir fait pression sur la commission électorale lors des législatives de 2020 remportées massivement par son parti. Déjà condamnée à six ans de prison, elle risque des décennies de prison au terme de son procès.

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