Alcool : Claude Evin met en garde contre l'assouplissement de sa loi

par LCP

L'ancien ministre de la Santé regrette l'assouplissement de la publicité sur l'alcool voté par les députés.
Claude Evin estime que l'amendement faisant une distinction entre publicité et information sur les boissons alcoolisées est dangereux pour la santé publique :
"Si effectivement on considère - quand on regarde la rédaction de l'amendement - que lorsque l'on parle d'oenotourisme on échappe aux dispositifs de la loi de santé publique, à ce moment là on ouvre la porte à ce que l'on présente où l'on écrive n'importe quoi dans les visuels et les articles. C'est le danger auquel on est confronté. La loi aujourd'hui est équilibrée ; elle permet la publicité informative sur le produit, y compris sur la région de production."

L'ancien ministre de la Santé repousse catégoriquement l'argument qui voudrait que l'assouplissement de la loi Evin profite en priorité aux viticulteurs :
"En l'occurrence, ce ne sont pas les viticulteurs qui sont les plus concernés par cette publicité. Ce sont, soit les bières, soit les vodkas ou whiskies, ou les métiers de la publicité eux-mêmes. Ces derniers tentent de réouvrir le champ qui avait été limité par la loi de santé publique que j'avais développée, pour pouvoir augmenter leurs parts de marchés de publicité. Le marché de la publicité en faveur de l'alcool en général est l'un des plus importants, avec celui de l'automobile ou des parfums. Regardez dans n'importe quel magazine : ce sont ces trois produits qui sont les plus représentés dans la publicité."
Claude Evin, qui a lui-même déjà été député, comprend que les parlementaires des régions viticoles défendent leurs producteurs de vin. Mais il demande un nouveau compromis entre défense des terroirs et santé publique :
"Malheureusement on est déjà revenu sur ma loi à plusieurs reprises depuis 1991. J'avais interdit l'affichage, il a été rétabli, et pas au bénéfice des petits viticulteurs : naturellement, ils ne sont pas ceux qui ont les moyens de faire de l'affichage. J'avais dû accepter l'affichage dans les zones de production lors du débat parlementaire, et j'avais vérifié quand la loi a été publiée, en visitant moi même ces zones de production, que c'était plutôt de l'affichage en faveur du whisky ou des vodkas et non pas en faveur des vins de ces zones de production.
On est dans un débat très émotionnel et subjectif. La loi a été revue à plusieurs reprises. Je pense maintenant qu'il faudrait arrêter. Il faudrait vraiment que le gouvernement prenne une initiative pour apaiser le débat, permettre qu'il y ait un dialogue. S'il y avait une possibilité de se rencontrer, de se mettre devant la réalité, de voir de quoi on parle et de trouver un compromis, cela me semblerait préférable pour tout le monde. Pour la santé publique d'une part, mais aussi pour la défense des terroirs."

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