VIDÉO. "Gilets jaunes" : le gouvernement renoncera à la hausse des taxes carburant s'il ne trouve pas les "bonnes solutions", assure Philippe

VIDÉO. "Gilets jaunes" : le gouvernement renoncera à la hausse des taxes carburant s'il ne trouve pas les "bonnes solutions", assure Philippe
Édouard Philippe le 5 décembre 2018 à l'Assemblée nationale.

Orange avec AFP, publié le mercredi 05 décembre 2018 à 16h20

Le Premier ministre s'est exprimé ce mercredi après-midi devant les députés sur la "fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat". Un discours suivi d'un débat parlementaire et d'un vote.

Après plus de deux semaines de contestations, dont une journée de mobilisation particulièrement violente à Paris samedi 1er décembre, l'exécutif a finalement lâché du lest face aux "gilets jaunes".

Édouard Philippe a annoncé mardi midi un moratoire de six mois sur la hausse de la taxe carbone, un gel des tarifs du gaz et de l'électricité cet hiver, et a renoncé à durcir le contrôle technique automobile avant l'été.

Un plan de sortie de crise défendu ce mercredi 5 décembre devant l'Assemblée nationale. À 15h, le Premier ministre a fait une déclaration "sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat" devant les députés. Une procédure prévue par la Constitution, mais assez rare, souligne l'AFP. Une intervention suivie de 3h30 d'interventions des groupes politiques, puis d'un vote.

"Ce débat est l'occasion de regarder la colère en face", a déclaré le chef du gouvernement. "Je souhaite que personne ne l'attise, chacun prendra ses responsabilités". "La colère des "gilets jaunes" s'est exprimée "sous une forme inédite" et "malgré les tentatives de récupération politique, cette colère est demeurée insaisissable et incontrôlable", a-t-il lancé.

Suspendre les taxes "non pour endormir et pour tromper, mais pour débattre"

"Fixer le cap et le tenir est une nécessité pour gouverner la France (...) mais aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la Nation, a-t-il répété. C'est pour quoi nous avons pris avec le président de la République la décision de suspendre pour six mois la mise en oeuvre des mesures fiscales". "La suspension des taxes sur les carburants n'a pas été prise pour "endormir et pour tromper, mais pour débattre (...) elle a pour but de ramener la stabilité", a-t-il expliqué.



Le chef du gouvernement a dit aux députés qu'il renoncera définitivement à la hausse des taxes carburant s'il ne trouve pas les "bonnes solutions".

Le Premier ministre a fixé les deux limites du gouvernement à ce débat : il ne doit entraîner ni "nouvelles taxes", ni "augmentation des déficits", après le moratoire de six mois sur la taxe carburants, qui entraîne deux milliards d'euros de manque à gagner pour les finances publiques. Il s'est dit ouvert à des "États généraux" sur les impôts et les dépenses publiques, "comme le réclament bon nombre de manifestants".

Un débat sur l'efficacité de l'ISF

Quant à la réforme de l'ISF, supprimé en 2017 et transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI), "nous ne craignons pas" le "débat" sur son efficacité, a affirmé Édouard Philippe, confirmant un "bilan" d'experts devant se tenir en 2019.

"Comme le Parlement l'a souhaité, un comité composé d'experts et de personnalités qualifiés, dont des parlementaires, effectuera le bilan de cette réforme. Nous ne craignons pas ce débat. Il est nécessaire. Il aura lieu", a-t-il lancé lors d'un discours souvent chahuté.

Même sans coup de pouce, le SMIC augmentera de 1,8% au 1er janvier 2019 en vertu de la hausse légale, a par ailleurs souligné l'ancien maire du Havre.



Malgré l'appel du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand au "respect" et à la "dignité" dans l'hémicycle, les députés d'opposition ont à plusieurs reprises manifesté bruyamment leur désapprobation.

Mea culpa

"Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes, citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent. Oui, je lance ici un appel à la responsabilité", a lancé Édouard Philippe.

Le Premier ministre a également esquissé un mea culpa. "S'il existe un tel niveau de colère, qui encore une fois vient de loin, c'est que nous avons beaucoup de choses à améliorer encore", a-t-il dit. "En revanche, je suis persuadé, aujourd'hui autant qu'hier, que le cap que nous avons fixé en mai 2017 est le bon", a néanmoins jugé le chef du gouvernement.

"Intraitables" face aux casseurs

Après les graves violences et saccages à Paris samedi dernier, l'inquiétude est de mise pour l'ordre public pour la quatrième grande mobilisation des "gilets jaunes" ce samedi.

"Aux factieux, aux casseurs, je veux dire : nous leur ferons face et nous serons intraitables. Je peux entendre la colère, mais je ne peux pas accepter la violence et je combattrai toujours la haine", a affirmé le Premier ministre devant les députés.



Quant au grand débat local de trois mois voulu par l'exécutif pour trouver des réponses aux doléances des "gilets jaunes", son organisation sera confiée à l'ancienne ministre des Sports et secrétaire d'État chargée de l'Écologie Chantal Jouanno, avec un "comité de garants", a-t-il annoncé. Frais bancaires, assurances, mutuelles, entretien des voitures, prime transport versée par les entreprises : le Premier ministre a suggéré les "dépenses contraintes" qui pourraient être débattues.

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