Urgences pédiatriques : "Il n'y a pas de tri", assure la ministre Brigitte Bourguignon

Urgences pédiatriques : "Il n'y a pas de tri", assure la ministre Brigitte Bourguignon
Brigitte Bourguignon à Paris, le 7 octobre 2021.

publié le vendredi 29 octobre 2021 à 09h38

Un collectif de médecins a alerté jeudi sur un "tri" qui serait effectué dans les services pédiatriques en France, et qui entraînerait une "perte de chances" pour les enfants.

Il y a bien des "tensions", mais pas de "tri" dans les services d'urgence pédiatriques, a assuré jeudi 28 octobre au Sénat la ministre déléguée à l'Autonomie, Brigitte Bourguignon. Elle répondait à une sénatrice relayant une alerte du Collectif Inter-Hôpitaux.

"Sur la pédiatrie, c'est sûr, il y a des tensions, nous n'en disconvenons pas", a reconnu la ministre, au banc du gouvernement pour l'examen du projet de loi sur la vigilance sanitaire. "Mais il n'y a pas de tri, notamment dans les urgences", a-t-elle affirmé, ajoutant qu'"il est hors de question de ne pas prendre un enfant en urgence vitale".

Dans une intervention, la sénatrice LR Sylviane Noël a rapporté avoir été alertée par un représentant du collectif "sur la situation catastrophique des services de pédiatrie dans notre pays où les enfants en urgence vitale ne peuvent plus être soignés en raison du manque d'effectifs".


"On parle aujourd'hui de tri et de perte de chances dans ces services de pédiatrie", a affirmé la sénatrice de la Haute-Savoie. "En ce mois d'octobre, nous n'avons pas pu accueillir cinq enfants en situation d'urgence vitale", avait déclaré jeudi matin lors d'une conférence de presse Oanez Ackermann, du service d'hépatologie pédiatrique du Centre hospitalier universitaire Bicêtre (AP-HP) dont 10 lits sur 24 sont aujourd'hui fermés.

"C'est du tri", avait affirmé Véronique Hentgen, pédiatre au Centre hospitalier de Versailles, évoquant le report d'une chirurgie pour une infection ganglionnaire, la non hospitalisation d'un enfant nécessitant un électroencéphalogramme pendant 24 heures, d'un autre souffrant de douleurs articulaires ou encore l'impossibilité de poser des pompes à insuline "car il n'y a plus de place d'hospitalisation".

Lisa Ouss, pédopsychiatre à l'hôpital Necker-Enfants Malades, a fait état de "conditions inéthiques, suscitant une charge mentale, une responsabilité terrible, qui ne suscitent pas de vocations et contribuent à éloigner de l'hôpital de jeunes praticiens". Laurent Rubinstein, infirmiers urgences et réanimation, dit arriver à l'hôpital "la boule au ventre car nous ne savons pas si nous sommes en nombre suffisant".

"À terme, on constate une perte de chance pour l'enfant qui a besoin de soins, pour les parents confrontés à la maladie chronique, et un épuisement des soignants", a indiqué Isabelle Desguerre, cheffe de service neuropédiatrie au CHU-Necker Enfants-Malades.

"Nous sommes donc aujourd'hui à la croisée de deux chemins: soit le politique décide d'abandonner l'hôpital public, soit il prend enfin le problème à bras le corps et engage une réforme de fond (financement, recrutement, gouvernance) qui garantira un accès aux soins pour tous de qualité", a jugé Véronique Hentgen.

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