Un premier procès prévu pour Benalla, dans l'affaire des passeports

Un premier procès prévu pour Benalla, dans l'affaire des passeports
Alexandre Benalla sort de détention provisoire, le 26 février 2019, à la prison de la Santé

, publié le mercredi 27 janvier 2021 à 13h03

Premier dénouement dans la tentaculaire affaire Benalla, qui a empoisonné la première partie du mandat d'Emmanuel Macron: l'ancien collaborateur de l'Elysée, connu du grand public depuis le scandale des violences du 1er mai 2018, est renvoyé devant le tribunal correctionnel dans le volet concernant ses passeports diplomatiques.

Au total, depuis qu'il a été mis en cause pour des violences commises contre des manifestants à Paris, Alexandre Benalla, aujourd'hui âgé de 30 ans, s'est retrouvé au coeur de pas moins de six enquêtes judiciaires.

Dans une ordonnance datée du 25 janvier, les juges d'instruction qui enquêtaient sur un de ces volets, celui des passeports, ont renvoyé en correctionnelle l'ex-chargé de mission de l'Elysée pour "usage public et sans droit de documents justifiant d'une qualité professionnelle" s'agissant de l'utilisation de deux passeports diplomatiques, et pour "faux et usage de faux" concernant son passeport de service, a appris l'AFP de source judiciaire.

Le procès ne devrait pas se tenir avant plusieurs mois.

- Voyages en Afrique -

L'enquête, qui avait démarré en décembre 2018, visait à éclaircir les conditions dans lesquelles Alexandre Benalla avait utilisé des passeports diplomatiques pour voyager en Afrique et en Israël, où il entamait sa reconversion en tant que consultant international en sécurité, après sa mise en examen en juillet 2018 pour les violences lors du 1er-Mai et son limogeage de l'Elysée.

Il détenait en outre un passeport de service obtenu, selon l'accusation, en produisant frauduleusement une lettre à en-tête du chef de cabinet de l'Elysée, François-Xavier Lauch, mais "dactylographiée" et non signée.

Au cours de l'enquête, trois proches collaborateurs d'Emmanuel Macron, dont M. Lauch et le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, avaient été entendus en avril 2019 par les juges d'instruction.

M. Lauch, désormais directeur de cabinet adjoint du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, avait été convoqué en tant que partie civile après avoir porté plainte contre Alexandre Benalla, dont il était à l'époque le supérieur.

"Alexandre Benalla qui avait dans un premier temps été laissé sous le statut de témoin assisté" pour les accusations de faux, "a toujours contesté les faits et leur qualification pénale", a déclaré à l'AFP son avocate, Me Jacqueline Laffont. 

"Par ailleurs il a été démontré lors de l'instruction que la pratique administrative de l'+original signé+ existait bien, et était utilisée notamment dans certains services de l'Elysée", a-t-elle ajouté au sujet de cette mention inscrite sur le document utilisé par M. Benalla et qui remplace parfois dans l'administration une véritable signature.

-Cinq autres enquêtes-

Cet ancien membre du premier cercle du président Macron, qui a depuis son départ de l'Elysée créé une société spécialisée "dans les domaines de l'intelligence économique, de l'influence, du management des risques, de la gestion de crise et du cyber & tech", attend encore que la justice décide de son sort dans cinq autres procédures.

Il est d'abord mis en examen, avec son ami Vincent Crase, dans l'affaire initiale, où leur sont reprochées, notamment, des violences contre des manifestants le 1er mai 2018 place de la Contrescarpe à Paris ainsi qu'au Jardin des plantes.

En octobre 2020, les juges d'instruction ont annoncé avoir terminé leurs investigations dans ce volet. Il revient désormais au parquet de Paris de rendre prochainement ses réquisitions, avant la décision finale des magistrats sur la tenue d'un procès.

Une autre enquête pour des soupçons de dissimulation de preuves a été confiée à des juges d'instruction, concernant cette fois la disparition du coffre-fort de son domicile et du contenu d'un autre à l'Elysée, au début du scandale.

Deux autres procédures menées par le parquet de Paris le visent pour des soupçons de "faux témoignage" devant le Sénat et pour "manquement aux obligations déclaratives à la HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie publique)". Le parquet a indiqué qu'il suspendait sa décision sur le "faux témoignage", le temps que les autres procédures concernées se terminent.

Le parquet national financier examine enfin, de son côté, des soupçons de "corruption" autour d'un contrat de sécurité signé entre un oligarque russe et la société de M. Crase, avec la possible collaboration de M. Benalla.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.