Un groupe de "marcheurs" dissidents à l'Assemblée ? "Un contresens politique", selon Sibeth Ndiaye

Un groupe de "marcheurs" dissidents à l'Assemblée ? "Un contresens politique", selon Sibeth Ndiaye
La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye le 13 mai 2020.

, publié le mercredi 13 mai 2020 à 16h20

La porte-parole du gouvernement a réagi mercredi aux rumeurs persistantes selon lesquelles un neuvième groupe politique avec des députés LREM dissidents pourrait voir le jour sous peu à l'Assemblée. Selon elle, il s'agirait d'"un contretemps" et même "un contresens politique" alors que la France est frappée de plein fouet par la crise du coronavirus. 




Les députés de La République en marche dissidents vont-ils créer un nouveau groupe politique à l'Assemblée nationale ? L'hypothèse d'un prochain 9e groupe composé de "marcheurs", d'ex-"marcheurs" et aussi d'élus attachés à l'écologie, a ressurgi la semaine dernière avec la publication d'extraits d'une profession de foi provisoire dans Les Echos. 

Depuis, une liste avec une vingtaine de noms circule pour former ce 9e groupe dénommé "Ecologie démocratie solidarité".

Y figurent des ex-"marcheurs" comme Matthieu Orphelin (proche de Nicolas Hulot), des membres du "collectif social démocrate" comme Delphine Bagarry ou Martine Wonner, des "marcheurs" de l'aile gauche tels Aurélien Taché, Guillaume Chiche ou Cédric Villani (toujours membre du groupe LREM) et quelques non-inscrits comme Delphine Batho (ex-ministre PS à l'Ecologie).  La socialiste Cécile Untermaier, donnée comme membre, a démenti. Interrogé sur Franceinfo, Aurélien Taché, a lui dit ne pas "particulièrement" souhaiter la création d'un tel groupe, ajoutant : "je verrais quand les choses se présenteront si elles se présentent".

La création d'un tel groupe serait "un contretemps, pour ne pas dire un contresens politique", a déclaré mercredi 13 mai la porte-parole du gouvernement à l'issue du Conseil des ministres. "Si tel était le cas, je ne peux que regretter que le ferment de la division soit à l'oeuvre dans une période (...) qui est absolument exceptionnelle, alors même que nous aurons des discussions à avoir à l'intérieur de la majorité évidemment sur ce que sera la fin du quinquennat (...). Il apparaît donc que c'est véritablement là un contretemps, pour ne pas dire un contresens politique", a commenté Sibeth Ndiaye.

La majorité menacée

La plupart des élus cités sont partie prenante de l'initiative de 60 parlementaires à la fibre écologique et sociale qui ont dévoilé mercredi leurs trente propositions pour "le jour d'après" la crise du coronavirus : revalorisation des salaires des soignants, plan de rénovation énergétique ou encore revenu universel. Le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre a vu dans ces propositions des "arrière-pensées politiques", "très corrélées au sujet du 9e groupe". Pour le numéro un de LREM Stanislas Guerini, les choses sont "assez actées et imminentes". 

Le nombre de neuf groupes politiques serait un record. Et le groupe majoritaire (296 membres) est menacé de perdre la majorité absolue (289 sièges) qu'il détient pour l'heure à lui seul, un symbole fort même s'il peut s'appuyer sur les 46 MoDem et la dizaine d'élus Agir. D'où une certaine agitation à tous les étages. Selon des sources parlementaires, la diffusion de la profession de foi était une fuite orchestrée pour tenter de torpiller l'initiative. L'ensemble des "marcheurs" ont été aussitôt "rappelés à l'ordre", certains ayant pu ainsi être rattrapés au vol. Gilles Le Gendre a adressé un message aux troupes, mettant en garde contre "toute tentative de division". Mardi, il a dit à la presse ses doutes sur la capacité d'un tel groupe à peser au vu des "hypothèses de chiffres qui circulent".

Certains élus pressentis ont jugé "pas opportun" un lancement en pleine crise sanitaire, comme Claire Pitollat ou Cécile Rilhac.

"La République en miettes"

La création de cette nouvelle entité, qui pourrait s'inscrire en "groupe minoritaire" (et non groupe d'opposition), était jugée "inéluctable" par certains en interne dès mars, au vu du "potentiel en nombre et en frustrations politiques". Certains élus légitimistes y voient l'occasion de se débarrasser des "passagers clandestins". Et un cadre de la majorité éreinte déjà un "groupe de bric et de broc pour essayer d'exister", niant tout "coup dur" pour Emmanuel Macron car les dissidents potentiels "ne semblent pas dans l'opposition frontale".

Pour Stanislas Guerini, c'est en outre "à contretemps" notamment politiquement, puisque la ligne qui sera portée pour la fin du quinquennat accordera "une part prédominante" aux sujets sociaux et écologiques. Gilles Le Gendre a d'ailleurs souligné mardi que le groupe majoritaire travaillait à des propositions. Evoquant "un nouveau cycle politique" post-coronavirus, il estime aussi que cela "passe probablement par des évolutions sensibles" dans l'animation de la majorité.

Manière aussi de parer aux critiques, alors qu'un député macroniste a estimé que l'initiative en gestation "soldera la mauvaise gestion politique et individuelle du groupe". En attendant, dans l'opposition, certains ne boudent pas leur plaisir, à l'instar de communistes ironiques: "après La République en marche, on a la République en miettes..."

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