Un an de Macron : ces villages "100% Macron" où le président déçoit

Un an de Macron : ces villages "100% Macron" où le président déçoit
Des habitants de Berd'huis (Orne) regardant l'interview d'Emmanuel Macron sur TF1 le 12 avril 2018 (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le lundi 07 mai 2018 à 12h10

Franceinfo s'est rendu dans deux villages de l'Aude qui avaient voté à "100%" pour Emmanuel Macron le 7 mai 2017. "Sur ces terres historiquement socialistes, le chef de l'État n'a pas encore marqué les esprits", explique la chaîne d'informations.

Trassanel et Villetritouls.Deux petites communes de l'Aude, où Emmanuel Macron a recueilli tous les suffrages exprimés au second tour de l'élection présidentielle.

Mais douze mois plus tard, l'action du chef de l'État ne semble plus faire l'unanimité : "Je ne sais pas ce qu'il fait pour nous, ce mec-là", lance l'un des quatre habitants de Trassanel à s'être abstenu le 7 mai 2017 (33 inscrits, 24 votes Macron ; 5 votes blanc et 4 abstentions).

"C'est tout pour le fric"

"Certes, il a abandonné le projet de Notre-Dame-des-Landes et permis aux zadistes de monter des dossiers. Mais, à part ça, c'est tout pour le fric", explique ce père de famille qui se dit proche des idées de Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon. "Quand est-ce qu'il va taper sur les évadés fiscaux, par exemple ?"



Une fonctionnaire, "plutôt de droite", explique, elle, avoir choisi d'emblée Emmanuel Macron (comme 56% des Trassanelois) pour "avoir du changement". Elle se dit aujourd'hui "déçue par les impôts en plus, comme la CSG", mais aussi par la suppression progressive de la taxe d'habitation "qu'il va bien falloir compenser quelque part".

"Emmanuel Macron est entrain de changer la société"

"Mon vote était avant tout un vote de barrage au Front national", explique de son côté Marilyne qui avait voté Benoît Hamon au premier tour. "Mes valeurs, c'est la gauche, l'égalité", précise-t-elle. Sa maire, Christiane Gros (71 ans), encartée au Parti socialiste (PS), explique pourquoi elle a choisi Emmanuel Macron aux deux tours : "Benoît Hamon était une erreur de casting", estime-t-elle. "Les gens ici, dont moi, auraient voté pour Manuel Valls. Ils se sont davantage retrouvés dans Emmanuel Macron, qui a apporté un vent de fraîcheur".

L'élue évoque également le risque de voir Marine Le Pen arriver au pouvoir : "Moi-même, j'ai eu très peur de voir Marine Le Pen à l'Élysée", explique-t-elle. "Cette crainte est toujours là d'ailleurs. Si Macron échoue, j'ai peur qu'elle en profite". Elle salue d'ailleurs la première année d'Emmanuel Macron au pouvoir : "Emmanuel Macron est entrain de changer la société, en mettant pas mal de réformes en route. Il fallait le faire. Et il a redonné du lustre à la fonction présidentielle. La France compte à nouveau dans le monde. Bref, il tient la baraque".

"On attend qu'il se penche sur la ruralité"

Cependant, l'édile "n'est pas d'accord avec tout". "La première chose dont les gens parlent, c'est la hausse de la CSG chez les retraités", explique-t-elle à franceinfo. "Alors que les retraites n'augmentent pas, on leur prend 30 ou 40 euros par mois. On touche beaucoup au porte-monnaie", ajoute-t-elle, s'inquiétant également de l'augmentation du prix du tabac, de la hausse de la taxe sur le diesel ou de la réduction de la vitesse à 80 km/h sur certaines nationales. "Ici, on a besoin de la voiture pour tout, les courses, l'école, le travail". "On attend aussi qu'il se penche sur la ruralité", poursuit-elle. "On avait bien vu pendant la campagne qu'il en parlait peu. Là, comme avec les autres présidents, on est encore les oubliés".

Même son de cloche plus au sud à Villetritouls : "On n'est pas déçus par la première année de mandat parce qu'on savait à quoi s'attendre", explique l'un des habitants de village où Emmanuel Macron avait rassemblé 24 voix (8 votes blancs, 11 abstentions). "Il sert les intérêts économiques des gens les plus aisés".

"Président des très riches, c'est un peu ça", estime de son côté l'un de ses électeurs dès le premier tour, reprenant la pique lancée par François Hollande à son successeur. "La suppression de l'ISF n'a pas envoyé un bon message. Je cherche toujours sa dimension humaniste". Et d'ajouter : "Avec sa théorie du ruissellement, on n'aura que des miettes. Et ce n'est pas avec des miettes qu'on fait vivre un pays".

L'un de ses co-administrés s'inquiète, lui, des réformes "trop rapides", "qui vont forcément mettre des gens sur le carreau". Les trois Villetritoulois estiment que le chef de l'État est "sur une autre planète" et délaisse les petits villages. "On n'a plus d'argent pour reboucher les trous des rues et ça ne va pas s'améliorer avec lui", estime un autre habitant. "On n'est pas intéressants, on représente tellement peu et on n'est pas rentables", conclut-il.

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